M. Zochtchenko – Proches parents

petites-nouvelles-russes : Tramway
Tramway - Трамвай

Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
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Il ne faut pas avoir de proches parents
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 Не надо иметь родственников

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(1924)
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Traduction : Michel Davidenkoff
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in 'Contes De La Vie De Tous Les Jours', Noir sur blanc, 1987

Два дня Тимофей Васильевич разыскивал своего племянника, Серегу Власова. А на третий день, перед самым отъездом, нашел. В трамвае встретил. Сел Тимофей Васильевич в трамвай, вынул гривенник, хотел подать кондуктору, только глядит — что такое? Личность кондуктора будто очень знакомая. Посмотрел Тимофей Васильевич — да! Так и есть — Серега Власов собственной персоной в трамвайных кондукторах.

— Ну! — закричал Тимофей Васильевич. — Серега! Ты ли это, друг ситный? Кондуктор сконфузился, поправил, без всякой видимой нужды, катушки с билетиками и сказал: — Сейчас, дядя... билеты додам только.

— Ладно! Можно, — радостно сказал дядя. — Я обожду.

Тимофей Васильевич засмеялся и стал объяснять пассажирам: — Это он мне родной родственник, Серега Власов, Брата Петра сын... Я его семь лет не видел... сукинова сына...

Тимофей Васильевич с радостью посмотрел на племянника и закричал ему: — А я тебя, Серега, друг ситный, два дня ищу. По городу роюсь. А ты вон где! Кондуктором. А я и по адресу ходил. На Разночинную улицу. Нету, отвечают, Мол, выбыл с адреса. Куда, отвечаю, выбыл, ответьте, говорю, мне. Я его родной родственник. Не знаем, говорят... А ты вон где — кондуктором, что ли?
— Кондуктором,— тихо ответил племянник.

Пассажиры стали с любопытством рассматривать родственника. Дядя счастливо смеялся и с любовью смотрел на племянника, а племянник явно конфузился и, чувствуя себя при исполнении служебных обязанностей, не знал, что ему говорить и как вести себя с дядей.

— Так, — снова сказал дядя, — кондуктором, значит. На трамвайной Линии?
— Кондуктором...

— Скажи какой случай! А я, Серега, друг ситный, сел в трамвай, гляжу — что такое? Обличность будто у кондуктора чересчур знакомая. А это ты. Ах, твою семь-восемь!.. Ну, я же рад... Ну, я же доволен...

Кондуктор потоптался на месте и вдруг сказал: — Платить, дядя, нужно. Билет взять... Далеко ли вам? Дядя счастливо засмеялся и хлопнул по кондукторской сумке.

— Заплатил бы! Ей-богу! Сядь я на другой номер или, может быть, вагон пропусти — и баста— заплатил бы. Плакали бы мои денежки. Ах, твою семь-восемь!.. А я еду, Серега, друг ситный, до вокзалу.

— Две станции, — уныло сказал кондуктор, глядя в сторону.

— Нет, ты это что? — удивился Тимофей Васильевич. — Ты это чего, ты правду?
— Платить, дядя, надо, — тихо сказал кондуктор. — Две станции... Потому как нельзя дарма, без билетов, ехать...

Тимофей Васильевич обиженно сжал губы и сурово посмотрел на племянника.

— Ты это что же — с родного дядю? Дядю грабишь?

Кондуктор тоскливо посмотрел в окно.

— Мародерствуешь, — сердито сказал дядя. — Я тебя, сукинова сына, семь лет не видел, а ты чего? Деньги требоваешь за проезд. С родного дядю? Ты не махай на меня руками. Хотя ты мне и родной родственник, но я твоих рук не испужался. Не махай, не делай ветру перед пассажирами.

Тимофей Васильевич повертел гривенник в руке и сунул его в карман.

— Что же это, братцы, такое? — обратился Тимофей Васильевич к публике.— С родного дядю требует. Две, говорит, станции... А?
— Платить надо, — чуть не плача сказал племянник. — Вы, товарищ дядя, не сердитесь. Потому как не мой здесь трамвай. А государственный трамвай. Народный.
— Народный, — сказал дядя, — меня это не касается. Мог бы ты, сукин сын, родного дядю уважить. Мол, спрячьте, дядя, ваш трудовой гривенник. Езжайте на здоровье. И не развалится от того трамвай. Я в поезде давеча ехал... Не родной кондуктор, а и тот говорит: пожалуйста, говорит, Тимофей Васильевич, что за счеты... Так садитесь... И довез... не родной... Только земляк знакомый. А ты это что — родного дядю... Не будет тебе денег.

Кондуктор вытер лоб рукавом и вдруг позвонил.

— Сойдите, товарищ дядя, — официально сказал племянник.

Видя, что дело принимает серьезный оборот, Тимофей Васильевич всплеснул руками, снова вынул гривенник, потом опять спрятал.

— Нет, — сказал он, — не могу! Не могу тебе, сопляку, заплатить. Лучше пущай сойду.

Тимофей Васильевич торжественно и возмущенно встал и направился к выходу. Потом обернулся.

— Дядю, дядю... родного дядю гонишь, — с яростью сказал Тимофей Васильевич.— Да я тебя, сопляка... Я тебя, сукинова сына... Я тебя расстрелять за это могу. У меня много концов...

Тимофей Васильевич уничтожающе посмотрел на племянника и сошел с трамвая.

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Pendant deux jours, Timofeï Vassiliévitch avait cherché son neveu, Serioga Vlassov. Le troisième, juste avant de partir il le trouva. Il le rencontra dans un tram.

Timofeï Vassiliévitch s'était installé dans le tram, avait sorti la pièce qu'il voulait donner au receveur, mais qu'est-ce qu’il voit ? La personne du receveur lui paraît bien familière. Timofeï Vassiliévitch regarde à nouveau — mais oui ! Serioga Vlassov lui-même en personne, travaille comme receveur de tram.

— Eh bien ! s'écria Timoféï Vassiliévitch, Serioga ! mon grand, c'est toi, ami de mon cœur !

Le receveur se troubla, tripota les rouleaux de billets sans nécessité apparente et dit : - Un instant ! mon oncle, je finis la distribution des billets.
- Tu peux, d'accord ! dit joyeusement l'oncle. J'attendrai.

Timofeï Vassiliévitch éclata de rire et se mit à donner explications aux voyageurs : - C'est un proche parent de sang, Serioga Vlassov. Le fils de mon frère Piotr... Sept ans que je ne l'ai pas vu... Le fils de pute...

Timofeï Vassiliévitch coula un regard joyeux vers son neveu et lui cria : — Et moi, je te cherche depuis deux jours, ami de mon cœur, j'ai retourné toute la ville. Et voilà où tu es ! Comme receveur. Ceci dit, je suis aussi allé à ton adresse. Rue Raznotchinnaïa. Il est pas là, me dit-on. Ben, il est parti. Où qu'il est parti , répondez-moi, je dis. Je suis un proche parent de sang. On sait pas, disent-ils. Et voilà où tu es. Comme receveur, c'est ça ?

— Comme receveur, répondit doucement son neveu.

Les voyageurs se mirent à examiner le proche parent avec curiosité. L'oncle riait de bonheur et dévisageait amoureusement son neveu, mais le neveu était manifestement gêné et, se sentant dans l'exercice de ses fonctions, ne savait pas quoi dire ni comment se conduire vis-à-vis de son oncle.

— Bon, dit l'oncle à nouveau, donc, comme receveur. Sur une ligne de tram ?
— Comme receveur…
— Mais quel hasard ! Et moi, Serioga, ami de mon cœur, j'ai pris le tram, je regarde, et que vois-je ? Ça alors ! La tête du receveur m'a l'air extrêmement connue. Eh bien, c'était toi. Merde alors ! Oh, que je suis curieux... Oh, que je suis content…

Le receveur fit quelques pas sur place et dit tout à coup : — Mon oncle, il faut payer ! Prendre un ticket... vous allez loin ?

L'oncle éclata d'un rire heureux et tapota la sacoche du receveur.

— J'aurais bien payé, pardi ! Si j'avais pris une autre ligne ou laissé passer une rame, c'est tout, j'aurais payé. Ils auraient pleuré, mes sous. Ah misère ! Ben, Serioga, ami de mon cœur, je descends à la gare.
— Deux arrêts, dit le receveur avec lassitude, en regardant de côté.
- Non, mais, qu'est-ce qui te prend ? s'étonna Timoféï Vassiliévitch. Comment ça, tu es sérieux ?
- Il faut payer, mon oncle, dit le receveur doucement, deux arrêts... Puisqu'il est interdit de voyager à l’œil, sans ticket…

Timoféï Vassiliévitch, l'air offensé, pinça les lèvres et dévisagea son neveu avec sévérité.

— Ca alors, tu me demandes ça à moi, ton oncle germain ? Tu dévalises ton oncle ?

Le receveur jeta un regard ennuyé par la vitre.

—Tu maraudes, dit l'oncle, furieux. Salaud, je ne t'ai pas vu depuis sept ans, et qu'est-ce que tu me fais ! Tu demandes de l’argent pour le trajet ! A ton oncle germain ! N'agite pas tes mains devant moi ! Même si tu es un proche parent de sang, je n'ai quand même pas peur de toi. T'agite pas, fais pas de courant d'air devant les voyageurs !

Vassiliévitch fit tournoyer la pièce dans la main et la glissa dans la poche.

— Alors. les enfants, c'est quoi ça ? s'adresse Timoféï Vassiliévitch au public. Il demande ça à son oncle germain. Deux arrêts qu'il dit... Hein ?

— Il faut payer, dit le neveu, proche des larmes. Camarade oncle, ne vous échauffez pas ! Puisque c'est pas mon tram ici. C'est un tram de l'Etat. Du peuple.
— Du peuple ! dit l'oncle, j'en ai rien à foutre. Tu pourrais quand même respecter ton oncle germain, fils de pute. En disant : cachez-le, votre sou de travailleur. Faites un tour à votre santé. Le tram va pas s'écrouler pour autant.
L’autre jour j'étais dans un train... Le contrôleur n'était pas de ma famille, mais même lui m'a dit : je vous en prie, Timoféï Vassiliévitch, on va pas faire des comptes - asseyez-vous donc ! Et il m'a conduit à destination. Il n'était pas de ma famille. Juste un ami du pays. Et toi alors… à ton oncle germain... tu n'auras pas l'argent !

Le receveur s'essuya le front avec la manche et sonna tout à coup.

— Descendez, camarade oncle ! dit le neveu sur un ton officiel.

Voyant que l'incident tournait au vinaigre, Timoféï Vassiliévitch leva les bras au ciel, sortit de nouveau sa pièce et l'enfouit de nouveau.

— Non, dit-il, je ne peux pas. Je ne peux pas te payer, morveux. Je préfère encore descendre.

Timoféï Vassiliévitch se leva, solennel et indigné, et se dirigea vers la sortie.

Puis il se retourna : — Ton oncle... tu chasses ton oncle germain, dit Timoféï Vassiliévitch, furieux. Mais moi, je te... morveux, je te... je peux te faire fusiller pour ça. J'ai le bras long...

Timoféï Vassiliévitch jeta un regard foudroyant sur son neveu et descendit du tram.

Un commentaire

  • Pollet Bernard

    Je souhaitais dire mon enthousiasme à la lecture de ces contes, si singuliers , si drôles, à l’observation si affutée sur la société soviétique de l’époque, et adresser mes félicitations et remerciements au traducteur qui, grâce à ces contes, m’a permis de découvrir et un auteur dont je n’avais jamais entendu parlé, et un aspect inédit de la littérature russe.

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