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Zochtchenko – Un incident au sein d’une administration (01)

La bureaucratien illustrateur inconnu Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
Un incident au sein d’une administration
Интере́сное происше́ствие в канцеля́рииExtrait du Livre bleu ciel (Голуба́я кни́га)
(1935)La nouvelle est adaptée d’un premier récit, publié en 1927, sous le titre ‘Paperasserie’ (Волокита),
Premier épisode - Первый эпизод
Недáвно оди́н уважáемый товáрищ, Кулькóв Фёдор Алексéевич, изобрёл спóсоб прóтив бюрократи́зма. Вот госудáрственная башкá-то!
А спóсоб до тогó действи́тельный, до тогó дешёвый, что нáдо бы патéнт взять, да, к глубóкому сожалéнию, Фёдор Алексéевич Кулькóв в тюрьмé сиди́т за свой óпыт. Нет прорóка в отéчестве своём.
А прóтив бюрократи́зма Фёдор Кулькóв такóй óстрый спóсоб приду́мал.
Кулькóв, ви́дите ли, в однý канцеля́рию ходи́л óчень чáсто. По однóму своéму дéлу. И не то он мéсяц тудá ходи́л, не то два. Ежеднéвно. И всё никаки́х результáтов. То есть не обращáют на негó внимáния бюрокрáты, хоть плачь. Не оты́скивают ему́ егó делá. То в рáзные этажи́ посылáют. То зáвтраками кóрмят. То прóсто в отвéт гру́бо сморкáются.
С однóй стороны́, э́то бы́ло дáже удиви́тельно наблюдáть к нему́ такóе бюрократи́ческое отношéние. Поскóльку канцеля́рия сейчáс у нас нахóдится на большóй высотé.
А с другóй стороны́, бы́ло отчáсти поня́тно. Они́ о́сенью переезжáли в другóе помещéние, и э́то кулькóвское дéло кудá-то засýнули. И́ли они́ егó потеря́ли. Они́, во вся́ком слýчае, не могли́ егó срáзу найти́. И вдобáвок, навéрно, искáли без осóбой охóты.
И вот, есте́ственно, тяну́ли. Хоте́ли, мо́жет, на сро́ках отыгра́ться. Там, ду́мают, оты́щут в дальне́йшем. Ли́бо, ду́мают, посети́тель захвора́ет и помрёт. И тогда́ всё само́ собо́й вста́нет на ме́сто. Не на́до бу́дет иска́ть. Ли́бо ещё чего́-нибудь бу́дет.
Мо́жет быть, они́ так поду́мали и ста́ли тяну́ть с ним каните́ль. И вдоба́вок ему́ об э́тих подро́бностях ничего́ не говори́ли. Стесня́лись э́то ему́ в глаза́ сказа́ть.
И он, как дура́к, знай себе́ хо́дит в э́ту канцеля́рию.
И там, есте́ственно, он всех возненави́дел.
Он пря́мо не мог ви́деть уже́ э́тих канцеля́рских рабо́тников, кото́рые сиде́ли за свои́ми столáми и что́-то такóе де́лали.
Он приходи́л в у́жас от них. Но крепи́лся.
И то́лько говори́л с ни́ми немно́го бо́лее визгли́во, чем полага́ется. Но всё-таки сде́рживался.
Одна́жды он пришёл туда́ и ду́мает:
Е́сли сего́дня де́ло не ко́нчу, то, я так ду́маю, они́ меня́ ещё свы́ше ме́сяца затаска́ют.
И с э́тими мы́слями он спра́шивает кого́-то там:
Ну, как? Тот говори́т:
Ещё, говори́т, не проясни́лось.
Наш Кулько́в в смяще́нии чувств выбега́ет от э́того рабо́тника, чтоб скоре́й вы́йти на у́лицу отдыша́ться.
И вдруг на пути́, в одно́й ко́мнате, ви́дит таку́ю возмути́тельную карти́ну.

illustration Dimitri Oboznenko (Д. Обозненко) Récemment, un camarade respecté, Fiodor Alekséévicth Koulkov, a inventé une méthode contre le bureaucratisme. Quel brillant esprit, ce type !
Et la méthode est si pertinente, si bon marché, qu'il serait nécessaire de lui délivrer un brevet. Mais malheureusement, Fiodor Alekséévitch Koulkov dort depuis en prison pour cette expérimentation. Nul n’est prophète en son pays.
Et pourtant la méthode imaginée par Fiodor Koulkov contre la bureaucratie est pour de bon vraiment sophistiquée !
Koulkov, voyez-vous, se rendait très souvent au sein d’une de ces administrations. Afin de suivre une de ses propres affaires. Et il y a passé bien un mois ou deux. Tous les jours qu’il s’y rendait. Et à chaque fois sans résultat aucun. Pour le dire, les bureaucrates ne lui prêtaient aucune attention, même s’il avait pleuré devant eux. Ils ne s’y retrouvaient pas dans son affaire. Ou on le renvoyait vers d’autres services. Ou bien on lui disait de repasser. Ou simplement, en guise de réponse, on se mouchait devant lui de façon grossière.
D’un côté, c’est quand même bien surprenant d’observer une telle attitude de la part de ces bureaucrates. Le fait est que nos administrations sont désormais vraiment à la hauteur.
D’un autre côté, c’est en partie compréhensible. À l'automne dernier, le service avait emménagé dans de nouveaux locaux et le dossier Koulkov devait se trouver enfoui quelque part. Ou alors l’avait-on perdu. De toute façon, impossible de mettre la main dessus. Ajoutons qu’ils le cherchaient probablement sans grande motivation.
Et donc, naturellement, ils ont laissé traîné l’affaire. Pensant peut-être retrouver sa trace tôt ou tard. Se disant qu'ils mettraient bien la main dessus. Ou bien ils se sont dit que l’infortuné tomberait malade et en mourrait. Et puis que tout rentrerait dans l’ordre tout seul. Inutile donc de chercher. Ou d’autres choses comme ça...
Peut-être est-ce ainsi qu’ils ont pensé et ils ont commencé à le faire lanterner. Et en plus de ça, ils ne lui ont donné aucune explication. Gênés qu’ils étaient de lui dire tout ça en face.
Et lui, comme un imbécile, tu vois, il s’y rend tous les jours dans cette administration.
Et là, naturellement, il commence à en vouloir à tout le monde.
Il ne peut simplement plus voir en peinture tous ces fonctionnaires assis sur leur ronds-de-cuir qui n’en font qu’à leur tête.
Il arrive à en avoir horreur. Mais il se retient.
Juste a-t-il un peu haussé le ton, plus qu'il n'aurait dû. Mais quand même il ronge son frein.
Un jour, il se rend là-bas et se dit : « Si je ne règle pas mon affaire aujourd’hui, je pense qu’ils vont me faire poireauter plus d’un mois encore. »
Et il arrive avec ces pensées. Là, il apostrophe un bonhomme : - Eh bien, et alors ?
- Toujours pas réglé, qu’on lui répond.
Notre Koulkov, submergé de confusion, tourne le dos et sort d’un pas rapide afin de retrouver ses esprits.
Et soudain, passant devant un bureau, il découvre un spectacle carrément scandaleux...
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Zochtchenko – La galoche (03)

La galoche La galoche - Гало́ша
Episode trois - Третий эпизод
На другóй день пошёл к председáтелю нáшего дóма.
Давáй, говорю́, бумáгу. Галóша ги́бнет.
А вéрно, говори́т, потеря́л? И́ли закру́чиваешь? Мóжет, хóчешь схвати́ть ли́шний предмéт ширпотрéба?
Ей-бóгу, говорю́, потеря́л.
Он говори́т:
Конéчно, на словá я не могу́ положи́ться. Вот éсли б ты мне удостоверéние достáл с трамвáйного пáрка, что галóшу потеря́л, тогдá бы я тебé вы́дал бумáгу. А так не могу́.
Я говорю́:
Так они́ же меня́ к вам посылáют.
Он говори́т:
Тогдá, говори́т, напиши́ мне в крáйнем слу́чае заявлéние.
Я говорю́:
А что там написáть?
Он говори́т:
Пиши́: сегó числа́ пропáла галóша. И так далéе. Даю́, де́скать, расписку́ о невы́езде впредь до выяснéния.
Написáл заявлéние. На другóй день фóрменное удостоверéние получи́л.
Пошёл с э́тим удостоверéнием в кáмеру. И там мне, предстáвьте себé, без хлопóт и без волоки́ты выдавáют мою́ галóшу.
Тóлько когдá надéл галóшу на́ ногу, почу́вствовал пóлное умилéние. Вот, ду́маю, лю́ди рабóтают! В какóм-нибудь другóм мéсте разве́ стáли бы вози́ться с моéй галóшей стóлько врéмени? Да вы́кинули бы её с трамвáя тóлько и делóв. А тут недéлю не хлопотáл, выдавáют обрáтно. Однó досáдно, за э́ту недéлю во врéмя хлопóт пéрвую галóшу потеря́л. Всё врéмя носи́л её под мы́шкой в пакéте и не пóмню, в какóм мéсте её остáвил. Глáвное, что не в трамвáе. Э́то ги́блое дéло, что не в трамвáе. Ну, где её искáть?
Но затó другáя галóша у меня́. Я её на комóд постáвил. Другóй раз стáнет ску́чно, взглянéшь на галóшу, и как-то легкó и безоби́дно на душé станови́тся. Вот, ду́маю, слáвно канцеля́рия рабóтает. (...)
Сохраню́ э́ту га́лошу на памя́ть. Пуща́й пото́мки любу́ются.

Le lendemain, je me rends chez le responsable de notre immeuble.
- Fais-moi une attestation, dis-je. Ma galoche se morfond.
- Est-il bien vrai, qu'il me répond, que tu l’as perdue cette galoche ? ou cherches-tu à m’emberlificoter ? Peut-être que tu veux récupérer de la marchandise à l’œil ?
- Par Dieu ! que je m’exclame, pour de bon que je l'ai perdue !
Il dit : - Evidemment, je ne peux me fier à ta parole. Maintenant, si tu m’amènes un certificat du dépôt de tram attestant que tu l’as bel et bien perdue cette galoche, alors tu auras le papier de ma part. Mais sans ça je ne peux rien faire.
Moi : - Mais c’est justement eux qui m'envoient !
Lui : - Alors, dit-il, écris-moi une déclaration sur l’honneur.
Moi : - Que dois-je écrire ?
Lui : - Écris : ‘A telle date ma galoche a disparu’. Et ainsi de suite. Et ajoute : ‘Je promets de ne pas quitter la ville avant la conclusion de l’enquête’...
J'ai rédigé cette déclaration sur l’honneur. Le lendemain, je reçois l’attestation officielle.
Je me rends avec au bureau des objets trouvés. Et là, imaginez-vous, sans tracas et autres formalités administratives on me rend ma galoche.
Ce n'est que lorsque je l’ai eu rechaussée que je me suis senti submergé de tendresse. « Voilà des gens qui font bien leur boulot ! » que je me suis dit. Si elle avait atterri à un autre endroit, auraient-ils consacré tant de temps à s’en préoccuper ? Sûrement, ils l'auraient balancée du tram, juste comme ça, voilà l’affaire. Et là, en me démenant moins d’une semaine, on me l’a rendue.
Une chose embêtante pourtant : cette semaine, alors que je m’échinais à la chercher, j'ai perdu ma première galoche, l’autre. Je l’emmenais tout le temps avec moi, sous le bras, dans un sac, et je ne me rappelle plus où j’ai pu la laisser. Sûr et certain que c’est pas dans le tram. Et c'est fichtrement dommage que ce ne fût pas précisément dans le tram. Eh bien, où la chercher à présent ?
Mais il me reste la seconde. Une pièce unique. Je l'ai posée sur la commode. Parfois, pris d’ennui, je la regarde et, d’une certaine manière, mon âme se sent légère et conciliante. Et je me dis que notre Administration fonctionne du tonnerre.
Je conserverai cette galoche en souvenir. Pour que nos descendants puissent un jour l’admirer.¹
1- Cette dernière phrase (absente de la version sonore) conclut la version de la nouvelle parue initialement en 1926 sous le titre ‘La galoche’ (Галоша).
Sources en russe :
zosshenko.ru. (1935) - zoschenko.ru (1926) -
Zochtchenko – La galoche (02)

Galoches en caoutchouc, publicité soviétique Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
La galoche - Гало́ша
Episode deux - Второй эпизод
На другóй день поéхал в кáмеру.
Нéльзя ли, говорю́, брáтцы, галóшу заполучи́ть обрáтно? В трамвáе сня́ли.
Мóжно, говоря́т. Какáя галóша?
Галóша, говорю́, обыкновéнная какáя. Размéр двенáдцатый нóмер.
У нас, говоря́т, двенáдцатого нóмера, мóжет, двенáдцать ты́сяч. Расскажи́ примéты.
Примéты, говорю́, обыкновéнно каки́е: зáдник, конéчно, обтрёпан, вну́три бáйки нéту, сноси́лась бáйка.
У нас, говоря́т, двенáдцатого нóмера мóжет бóльше ты́щи. Нет ли специáльных при́знаков?
Специáльные, говорю́, при́знаки имéются. Носóк, врóде бы, на́чисто отóрван, éле дéржится. И каблукá, говорю́, почти́ нéту. Сноси́лся каблу́к. А бокá, говорю́, ещё ничегó, покá что, удержáлись. Галóша, говорю́, конéчно, не нóвенькая, но дорогá как пáмять о потрáченных деньгáх.
Посиди́, говоря́т, тут. Сейчáс посмóтрим.
Вдруг вынóсят мою́ галóшу.
То есть ужáсно обра́довался. Пря́мо умили́лся.
Вот, ду́маю, слáвно аппарáт рабóтает. И каки́е, ду́маю, идéйные лю́ди, скóлько хлопóт на себя́ при́няли из-за однóй галóши.
Я им говорю́:
Спаси́бо, говорю́, друзья́, по гроб жи́зни. Давáйте поскорéй её сюдá. Сейчáс я надéну. Благодарю́ вас.
Нéту, говоря́т, уважáемый товáрищ, не мóжем дать. Мы, говоря́т, не знáем, мóжет, э́то не вы потеря́ли.
Да я же, говорю́, потеря́л. Что вы, объéлись?
Они говоря́т:
Вéрим и вполне́ сочу́вствуем, и óчень вероя́тно, что э́то вы потеря́ли и́менно э́ту галóшу. Но отдáть не мóжем. Принеси́ удостоверéние, что ты действи́тельно потеря́л галóшу. Пуща́й домоуправлéние завéрит э́тот факт, и тогдá без изли́шней волоки́ты мы тебé вы́дадим то, что закóнно потеря́л.
Брáтцы, говорю́, святы́е товáрищи, да в дóме не знáют про э́тот факт. Мóжет, они́ не даду́т такóй бумáги.
Даду́т, говоря́т, э́то и́хнее дéло дать. На что они́ у вас существу́ют?
Поглядéл я ещё раз на галóшу и вы́шел.

Le lendemain, je me rends aux objets trouvés.
- Est-il possible, dis-je, frères, de récupérer ma galoche ? On me l’a prise dans le tram.
- Possible, qu’on me répond. Quelle galoche ?
- Une galoche, dis-je, bien ordinaire. Pointure douze.
- Ici, qu’on me dit, des galoches de pointure douze, on en a peut-être douze mille. Décrivez-nous l’objet...
- Elle a des marques bien habituelles, dis-je : l’arrière, bien sûr, est effiloché, et elle n’a pas de semelle intérieure – elle est tout usée.
- Nous avons ici, qu’on me répond, peut-être plus d'un millier de galoches de cet acabit. A-t-elle des signes particuliers ?
Moi : - Elle a des signes particuliers évidemment. Sa pointe paraît complètement arrachée et tient à peine. Et, j’insiste, elle n’a presque plus de talon. Tout usé qu’il est. Mais ses bords, dis-je, tiennent toujours bon ; jusqu’à présent, ils ont résisté. Cette galoche, ajouté-je, bien sûr, n’est pas toute neuve, mais elle m’est chère comme le souvenir de l'argent laissé en route.
- Asseyez-vous ici, qu’ils me disent. Nous allons voir ça tout de suite.
Et voilà que soudain, ils ressortent ma galoche.
Pour le dire franco, j’en ai été terriblement heureux. Vraiment touché.
Et je pense « Leur service fonctionne du tonnerre... » Et je pense encore : « Tous des gens motivés ; combien de tintouin - et tout ça pour une simple galoche... »
Je les félicite : - Merci éternellement mes amis, dis-je. Je vais me l’enfiler illico. Merci, merci, merci...
- Que nenni, qu’ils me répondent, cher camarade, nous ne pouvons vous la remettre. Ils ajoutent : peut-être que ce n’est pas vous qui l’avez perdue.
- Mais que si, dis-je : je l'ai bel et bien perdue. Vous déraillez ou quoi ?
Ils rétorquent : - Nous vous croyons et sympathisons pleinement, et il est très probable que vous ayez perdu précisément cette galoche-ci. Mais nous ne pouvons la rendre. Fournis-nous d’abord la preuve que tu l’as vraiment perdue.
...Que votre gérant d’immeuble te fasse un certificat, et puis, sans autres formalités administratives, nous te rendrons ce que tu auras légalement perdu.
- Frères, dis-je, mes très chers camarades, mais dans mon immeuble, ils ne savent rien de l’histoire. Peut-être qu'ils ne me feront pas un tel papier.
- Ils vous le feront, me rassurent-ils, c’est leur affaire après tout. Sinon à quoi est-ce qu’ils servent ?
Je regarde à nouveau ma galoche et je sors…
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Zochtchenko – La galoche (01)

Mikhaïl Zochtchenko : la galoche Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
La galoche - Гало́ша
(Расска́з: про гало́шу: Ме́лкий слу́чай из ли́чной жи́зни)Extrait du Livre bleu ciel (Голуба́я кни́га)
(1935)Les Russes port(ai)ent généralement des surbottes, des ‘caoutchoucs’, sur leur chaussures, leur permettant ainsi de sortir par les rues et les chemins détrempés sous la pluie, la neige et dans la boue.
Premier épisode - Первый эпизод
Конéчно, потеря́ть галóшу в трамвáе нетру́дно. Осóбенно éсли сбóку поднапру́т, да сзáди какóй-нибудь архáровец на зáдник насту́пит, вот вам и нет галóши.
Галóшу потеря́ть пря́мо пустяки́.
С меня́ галóшу сня́ли в два счёта. Мóжно сказáть, áхнуть не успéл.
В трамвáй вошёл, óбе галóши стоя́ли на мéсте, как сейчáс пóмню. Ещё рукóй потрóгал, когдá влезáл, тут ли? А вы́шел из трамвáя гляжу́: однá галóша здесь, как ми́ленькая, а другóй не́ту. Сапóг здесь. И носóк, гляжу́, здесь. И подштáнники на мéсте. А однóй галóши не́ту.
А за трамвáем, конéчно, не побежи́шь.
Снял галóшу, котóрая остáлась, заверну́л в газéту и пошёл так. Пóсле рабóты, ду́маю, пущу́сь на рóзыски. Не пропадáть же товáру. Гдé-нибудь да раскопáю.
Пóсле рабóты пошёл искáть. Пéрвым дéлом посовéтовался с одни́м знакóмым вагоновожáтым.
Тот пря́мо вот как меня́ обнадёжил.
Скажи́, говори́т, спаси́бо, что в трамвáе потеря́л. Э́то тебé óчень попёрло, что ты и́менно в трамвáе потеря́л.
В другóм общéственном мéсте не ручáюсь, а в трамвáе потеря́ть святóе дéло. Такáя у нас существу́ет кáмера для поте́рянных вещéй. Приходи́ и бери́. Святóе дéло!
Ну, говорю́, спаси́бо. Пря́мо горá с плеч. Глáвное, галóша почти́ что нóвенькая. Всегó трéтий сезóн ношу́.

Bien sûr, il n’est pas difficile de perdre une galoche dans un tram. Surtout si on vous presse d’un côté et que quelque petit voyou¹ vous écrase le talon, par derrière. Et voilà : envolée la galoche.
Perdre une galoche est une vétille. Ils l’ont prise, ma galoche, en un rien de temps. Sans avoir eu le temps de dire ouf ! qu’on aurait dit.
Je suis monté dans le tram, et je portais mes deux galoches bien comme il faut, je m'en souviens parfaitement. Je les ai même tripotées de la main, « Sont-elles bien là ? » Et voulant descendre du tram, je vois qu’une galoche est là, bien gentille, mais que l'autre a disparu.
Ma botte, elle est bien là. Et la chaussette aussi, je la vois : à sa place. Et mon caleçon, bien sur moi. Mais il me manque ma seconde galoche.
Mais bien sûr, inutile de vouloir courir après le tram…
J’ai saisi la galoche qui me restait, l’ai enveloppée dans un journal et j’ai marché comme ça. Après le travail, je me dis que j'irai à sa recherche. « Faut pas laisser se perdre la marchandise, que je pense ». Je la débusquerai bien quelque part.
Après le boulot, je me suis mis à sa recherche. Tout d’abord, j’ai questionné un traminot de mes connaissances.
Voici exactement comment il m'a rassuré : - Eh bien, me dit-il, Dieu merci que tu l’aies perdue dans le tram. C’est vraiment ta veine que tu l’aies précisément égarée dans un tram.
...Je ne te garantirai rien de tel dans un autre lieu public, mais dans un tramway, voilà ta veine... Nous avons un local spécialement affecté aux objets trouvés. T’arrives et tu récupères. Voilà tout !
- Eh bien, que je lui réponds, grand merci. Tu m’enlèves un poids des épaules. Surtout qu’elle est presque neuve cette galoche. C’est à peine si c’est la troisième saison que je l’étrenne...
1- M. Zochtchenko emploie ici le terme 'arkharovets' (aрхаровец). Dans le langage moderne, ce mot signifie « bagarreur », « espiègle ». D'où vient-il ? Pour le savoir, il faudra remonter dans l’histoire. Fin XVIIIe – début XIXe siècles. Il y avait à Moscou un chef de la police nommé Arkharov (Архаров), et ses subordonnés étaient appelés les arkharovetses. Soit la police de Moscou était mal dirigée à cette époque, soit elle était confondue avec ceux qu'elle était censée rappeler à l'ordre, mais depuis lors, le mot a pris racine dans la langue russe au sens de « personne dissolue et imprudente ». Source (en russe) : krylov.academic.ru.
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M. Zochtchenko – Bonne fête ! (02)

Paysanne au foulard, Philippe Maliavine (Филипп Малявин), 1926 Мне, городско́му челове́ку, ужа́сно как ста́ло нело́вко е́хать в теле́ге, тем бо́лее что имени́нница кры́ла тепе́рь всё гро́мче и гро́мче и меня́, и мои́х родны́х, и своего́ полупочте́нного супру́га.
Я пода́л мужику́ рубль, спры́гнул с теле́ги и сказа́л:
– Пуща́й ба́ба ся́дет. Я пройду́сь.
Мужи́к взял рубль и, не снима́я с головы́ ша́пки, засу́нул его́ куда́-то под во́лосы.
Одна́ко свою́ имени́нницу он не стал ждать. Он сно́ва зацо́кал языко́м и дви́нул да́льше.
Я му́жественно шага́л ря́дом, держа́сь за теле́гу руко́й, пото́м спроси́л:
– Ну, что ж не сажа́ешь-то?
Мужи́к тяжело́ вздохну́л:
– Доро́га дю́же тяжёлая. Не мо́жно сажа́ть сейча́с… Да ничего́ ей, ба́бе-то. Она́ у меня́ – дья́вол, двужи́льная.
Я сно́ва на ходу́ влез в теле́гу и дое́хал до са́мой дере́вни, стара́ясь тепе́рь не гляде́ть ни на моего́ изво́зчика, ни на имени́нницу.
По доро́ге мужи́к сказа́л:
– Я, ви́дишь ли, со́бственно, ло́шадь жале́ю. Тем бо́лее мы не в колхо́зе. А мы – единоли́чники. А то я ба́бу обяза́тельно бы посади́л. На казённую ло́шадь. А э́ту я берегу́. Тем бо́лее ба́ба у меня́ мо́жет ходи́ть ско́лько уго́дно. По са́мым худы́м доро́гам.
Я говорю́ мужику́:
– Всё-таки она́ имени́нница. На́до бы́ло бы её ува́жить.
– До́ма я её непреме́нно ува́жу, – сказа́л мужи́к. – Но тут доро́га тяжёлая, и ты ещё влез.
Че́рез полчаса́ мы прие́хали. Мужи́к сказа́л:
– Доро́га дю́же тяжёлая, вот что я скажу́. За таку́ю доро́гу на́до троя́к брать с вас, городски́х. Ка́жется, ви́дел, – я ба́бу не посади́л – до чего́ тяжёлый путь.
Я говорю́:
– Проти́в це́ны не спо́рю.
И стал с ним распла́чиваться.
А когда́ расплати́лся, вдруг подошла́ имени́нница. Пот кати́л с неё гра́дом. Она́ одёрнула свои́ ю́бки и, не гля́дя на супру́га, сказа́ла:
– Выгружа́ть, что ли?
– Коне́чно, выгружа́ть, – сказа́л мужи́к, – не до ле́ту лежа́ть това́ру.
Имени́нница подошла́ к теле́ге и ста́ла выгружа́ть поку́пки, унося́ их в дом.
Я подари́л имени́ннице пять целко́вых и с расстро́енной душо́й пошёл по свои́м дела́м.
А когда́ возвраща́лся обра́тно в го́род, то ду́мал о дереве́нской жи́зни. И о таки́х нра́вах, кото́рые да́же и не запи́саны в литерату́ре.
Вот, дороги́е друзья́, како́го со́рта быва́ют неуда́чи. Хорошо́, что они́ сменя́ются уда́чами.
И как э́то, пра́вда, хорошо́ и вполне́ уда́чно, что тепе́решняя переме́на в дере́вне как раз уда́рила по таки́м мужья́м, у кото́рых таки́е имени́нницы. (…)

Moi, venant de la ville, je me sens terriblement gêné d’être assis là, dans cette charrette, d'autant plus que la bonne femme (dont c’est en ce jour la fête) hausse de plus en plus le ton, gueulant contre moi, toute ma famille et son peu vénérable époux réunis.
A celui-ci je tends un rouble et je saute de la charrette tout en disant : - Laisse-la donc s'asseoir à ma place. Ça me fera une promenade.
Le paysan prend le rouble et, sans même retirer sa chapka, le glisse quelque part dans sa tignasse.
Cependant, claquant à nouveau sa langue, sans attendre sa moitié (dont c’est la fête), voilà qu’il poursuit son chemin.
Avec courage, je marche à ses côtés, m’agrippant au véhicule d’une main. Enfin je lui demande : - Eh bien, pourquoi ne la laisses-tu pas monter ?
Le paysan pousse un profond soupir : - La route est fort difficile. Impossible qu’elle monte ici... Mais c’est pas grave pour elle. C’est une diablesse, la bonne femme, elle est increvable !
Alors je remonte dans la charrette, essayant jusqu’au village de ne regarder ni du côté de mon cocher ni vers son épouse dont c’est la fête.
En chemin, l'homme me dit : - Vois-tu, j’ai pitié de mon cheval. De plus, nous on n’est pas du kolkhoze¹. On est des paysans indépendants². Si ça avait été un cheval de l’Etat, ma bonne femme je l’aurais bien définitivement laissée monter. Mais faut que je prenne soin de l’animal. De plus, ma femme, elle, peut marcher à souhait. Et sur des chemins bien pires.
Je dis au bonhomme : - C’est son jour de fête pourtant. Tu pourrais avoir un peu de considération pour elle.
- A la maison, sans problème elle aura toute ma considération. Mais ici la route est difficile et toi aussi t’es un poids...
Une demi-heure plus tard, nous voilà à destination. Le paysan m’interpelle : - La route est diablement difficile, c'est ce que je vous dirais. A vous les gens de la ville, pour une telle route, on devrait vous faire payer trois roubles. T’as bien vu que ma bonne femme je l’ai pas laissée s’asseoir tant le chemin est rude.
Moi : – Je n’ai rien contre à payer ce qui faut.
Et je paie.
Et quand j'ai payé, la commère soudain arrive. Tout en sueur. Elle redresse ses jupes et, sans même regarder son mari, lui demande : - Faut décharger, ou quoi ?
- Bien sûr, faut décharger, lui répond son bonhomme, les marchandises, elles vont pas traîner ici jusqu’à l'été...
La femme s’approche de la charrette et commence à déballer les achats et à les porter à l’intérieur.
A elle, je lui ai donné cinq roubles et, l'âme bouleversée, je suis parti m’occuper de mes affaires.
Et, revenu en ville, j'ai repensé à la vie dans ces villages et à ces mœurs que la littérature n’a même pas consignées.
Voilà, chers amis, le genre d’échecs qu’on y croise. Et ce sera bien qu’à tant d’infortunes succèdent de meilleurs jours.
Et comme il est bon et bienvenu que les changements actuels dans les campagnes touchent aussi de tels maris qui ont de telles épouses, à qui on souhaite bonne fête...
1- Kolkhoze (колхоз) : Exploitation agricole collective, dans l'ex-URSS.
2- La collectivisation des terres agricoles fut officialisée en URSS par un décret du 6 janvier 1930, entraînant la disparition de la paysannerie privée. -
M. Zochtchenko – Bonne fête ! (01)

Mikhaïl Zochtchenko, Bonne fête ! Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
Bonne fête !
Расска́з об имени́нницеExtrait du Livre bleu ciel (Голуба́я кни́га)
(1935)Premier épisode - Первый эпизод
Одна́жды я пое́хал в дере́вню Борки́. Мне туда́ на́до бы́ло по де́лу.
От ста́нции до э́той дере́вни бы́ло не так мно́го. Мо́жет быть, киломе́тра три. Но пешко́м я идти́ не рискну́л. Весе́няя грязь буква́льно доходи́ла до коле́на.
Во́зле само́й ста́нции, у кооперати́ва, стоя́ла крестья́нская подво́да. Немолодо́й мужи́к в зимне́й ша́пке вози́лся о́коло ло́шади.
– А что, дя́дя, – спроси́л я, – не подвезёшь ли меня́ до Боро́к?
– Подвезти́ мо́жно, – сказа́л мужи́к, – то́лько да́ром мне нет расчёту тебя́ подвози́ть. Рубли́шко на́до мне с тебя́ взять, ми́лый челове́к. Дю́же доро́га тру́дная. Воды́ мно́го.
Я сел в теле́гу, и мы тро́нулись.
Доро́га, действи́тельно, бы́ла а́ховая. Каза́лось, доро́га была́ в своё вре́мя специáльно устро́ена с тем то́нким расчётом, что́бы вся весе́няя дрянь со всех окре́стных поле́й стека́ла и́менно сюда́. Жи́дкая грязь покрыва́ла почти́ по́лное колесо́.
– Грязь-то кака́я, – сказа́л я.
– Воды́, коне́чно, мно́го, – равноду́шно отве́тил мужи́к.
Он сиде́л на передке́, све́сив вниз но́ги, и непреста́нно цо́кал на ло́шадь языко́м.
Ме́жду про́чим, цо́кал он языко́м абсолю́тно всю доро́гу. И то́лько когда́ перестава́л цо́кать хоть на мину́ту, ло́шадь поводи́ла наза́д уша́ми и доброду́шно остана́вливалась.
Мы отъе́хали шаго́в сто, как вдруг позади́ нас, у кооперати́ва, разда́лся исто́шный ба́бий крик.
И кака́я-то ба́ба в се́ром платке́, си́льно разма́хивая рука́ми и руга́ясь на чём свет стои́т, торопли́во шла за теле́гой, с трудо́м передвига́я но́ги в жи́дкой грязи́.
– Ты что ж э́то, бродя́га! – крича́ла ба́ба, доходя́ в не́которых слова́х до по́лного ви́згу. – Ты кого́ ж посади́л-то, чёрт рва́ный? Обормо́т, го́ре твоё лу́ковое!
Мой мужи́к огляну́лся наза́д и усмехну́лся в бородёнку.
– Ах, парази́т-ба́ба, – сказа́л он с улы́бкой, – кро́ет-то как!
– А чего́ она́? – спроси́л я.
– А пёс её зна́ет, – сказа́л мужи́к, сморка́ясь. – Не ина́че, как то́же в телегу́ ла́дит. Неохо́та ей, должно́ ста́ться, по грязи́ хлю́пать.
– Так пуща́й ся́дет, – сказа́л я.
– Трои́х не мо́жно увезти́, – отве́тил мужи́к, – дю́же доро́га тру́дная.
Ба́ба, подобра́в ю́бки чуть ли не до живота́, нажима́ла всё бы́стрее, одна́ко по тако́й грязи́ догна́ть нас бы́ло труднова́то.
– А ты что, с ней уговори́лся, что ли? – спроси́л я.
– Заче́м уговори́лся? – отве́тил мужи́к. – Жена́ э́то мне. Что мне с ней зря́ угова́риваться?
– Да что́ ты?! Жена́? – удиви́лся я. – За́чем же ты её взял-то?
– Да увяза́лась ба́ба. Имени́нница она́, ви́дишь, у меня́ сего́дня. За поку́пками мы вы́ехали. В кооперати́в… Э́вон, гляди́, как нажима́ет. Ай, ей-бо́гу, смехота́…

Un jour, je me suis rendu au village de Borki¹. Je devais y aller pour affaires.
Il n'y avait pas beaucoup entre la gare et le village. Peut-être trois kilomètres. Mais je n’osais pas faire la route à pied. La boue printanière me montait littéralement jusqu’aux genoux.
Près de la gare elle-même, devant la coopérative, se trouvait un paysan avec sa charrette. Le bonhomme, plus très jeune, une chapka sur le crâne, s’occupait près de son cheval.
- Dis-moi, tonton², lui ai-je demandé, pourrais-tu me conduire jusqu’à Borki ?
- Т’y conduire je peux, m’a-t-il répondu, mais pas pour rien. Un p’tit rouble que ça t’ coûtera, mon brave. La route est fort difficile. Gorgée d’eau.
Je monte dans sa charrette et nous voilà partis.
La route était vraiment terrible. Il semblait qu’ à l’époque on l’avait spécialement tracée en ayant subtilement calculé que tous les immondices printaniers de tous les champs environnants afflueraient ici. Une boue visqueuse recouvrait presque entièrement les roues.
- Quelle boue, dis-je.
- Y a beaucoup d'eau, c’est sûr, me répond le paysan avec indifférence.
Assis devant, les jambes pendantes, il faisait claquer sans cesse sa langue à l’adresse du cheval.
D’ailleurs, il a claqué sa langue tout le trajet durant. Et ce n'est que lorsqu'un court instant il cessait de la claquer que le cheval d’un coup retroussait ses oreilles et gentiment s’arrêtait.
Nous n’avions pas fait cent pas quand, soudain, derrière nous, depuis la coopérative, on entend le cri déchirant d’une femme.
C’était une bonne femme portant un foulard gris qui agitait follement les bras et jurait à pleins poumons. Tentant de rattraper la charrette, elle avançait péniblement dans la boue visqueuse.
- Qu'est-ce tu fais, clochard ! et d'ajouter jusqu’à en glapir : qui t’as encore fait monter, espèce de diable décrépit ? Crétin que tu es, oiseau de malheur !
Notre paysan se retourne et sourit dans sa fine barbe : - Ah, quel parasite cette bonne femme, dit-il en souriant, et qu’est-ce qu’elle gueule !
- Qu’est-ce qu’il lui arrive ? demandé-je.
- Dieu sait ce qu’elle a, dit le paysan en se mouchant. Pas moyen de moyenner : va falloir aussi la faire monter. Elle n’a pas envie de patauger dans la boue.
- Alors laisse-la donc qu’elle s’assoie, dis-je.
- A trois c’est pas possible, la route est trop dure.
La bonne femme, ayant retroussé ses jupes presque jusqu'au ventre, accélère le pas, mais dans une telle boue il lui est bien difficile de nous rattraper.
- Vous vous étiez entendus, ou quoi ? insisté-je.
- Nous être entendus sur quoi ? me répond le paysan. C'est ma femme. Pourquoi diable devrais-je tenter de m’entendre avec elle ?
- Qu’est-ce que tu dis là ?! Ta femme ? dis-je tout surpris. Pourquoi l'as-tu prise avec toi ?
- C’est elle qui s’est accrochée. C'est sa fête aujourd'hui, tu vois. Nous sommes allés faire des emplettes. À la coopérative... Et voilà... Regarde donc comme elle appuie sur le champignon. Ah, bon sang, c’est à mourir de rire…
1- Borki (Борки) : village située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Moscou.
2- Tonton (дядя) est un terme largement employé en Russie, avec ou sans connotation familiale, par les enfants et les adultes envers un homme plus âgé. -
M. Zochtchenko – Les souffrances du jeune Werther (03)

L'agent de police Les Souffrances du jeune Werther
Страда́ния молодо́го Ве́ртераTroisième épisode - Третий эпизод
Я иду́ со свои́м велосипéдом, покáчиваюсь. У меня́ шуми́т в головé, и в глазáх мелькáют круги́ и тóчки. Я бреду́ с разворóченной душóй.
Я по дорóге сгорячá произношу́ нелéпую фрáзу: Бóже мой. Я масси́рую себé ру́ки и говорю́ в прострáнство: Фу!
Я выхожу́ на нáбережную и снóва сажу́сь на свою́ маши́ну, говоря́:
Ну, лáдно, чегó там. Поду́маешь нашёлся фон-барóн, ру́ки ему́ не верти́.
Я ти́хо éду по нáбережной. Я позабывáю грубовáтую сцéну. Мне рису́ются прелéстные сцéнки из недалёкого бу́дущего.
Вот я, предполо́жим, éду на велосипéде с колёсьями, похóжими друг на дру́га, как две кáпли воды́.
Вот я сворáчиваю на э́ту злосчáстную аллéйку. Чéй-то смех раздаётся. Я ви́жу стóрож идёт в мя́гкой шля́пе. В рукáх у него́ цветóчек незабу́дка и́ли там осéнний тюльпáн. Он верти́т цветóчком и, смея́сь, говори́т:
Ну, кудá ты заéхал, дружóчек? Чегó э́то ты сду́ру не тудá су́нулся? Э́кий ты, ми́лочка, ротозéй. А ну, валя́й обрáтно, а то я тебя́ оштрафу́ю, не дам цветкá.
Тут, ти́хо смея́сь, он подаёт мне незабу́дку. И мы, полюбовáвшись друг дру́гом, расстаёмся.
Э́та ти́хая сцéнка услаждáет моё страдáние. Я бóдро éду на велосипéде. Я верчу́ ногáми. Я говорю́ себé: Ничегó. Душá не разорвётся. Я мóлод. Я соглáсен скóлько угóдно ждать.
Снóва рáдость и любóвь к лю́дям заполня́ют моё сéрдце. Снóва им хóчется сказáть что-нибудь хорóшее и́ли кри́кнуть: Товáрищи, мы стрóим нóвую жизнь, мы победи́ли, мы перешагну́ли чéрез громáдные тру́дности, давáйте всё-таки уважáть друг дру́га.
С перепóлненным сéрдцем я верну́лся домóй и записа́л э́ту сцéнку, котóрую вы сейчáс читáете.
Э́то случи́лось в прóшлом году́, и с тех пóр подóбных происшéствий с нáми ужé не́ было, из чегó мы заключáем, что подóбное боевóе настроéние среди́ слу́жащих по охрáне зелёных насаждéний идёт на у́быль. И э́то óчень хорóшо. А то э́то сли́шком неприя́тная неуда́ча, с котóрой слéдует боро́ться со всей энéргией. (...)

Je marche tout titubant, poussant mon vélo. Ma tête bourdonne. J’ai des cercles et des points qui clignotent dans mes yeux. J'erre l’âme en peine.
En chemin, je prononce imprudemment une phrase absurde : - Mon Dieu ! Je me masse les poignets et soupire aux quatre vents : - Pouh !
Je débouche sur le quai et remonte sur ma selle, me disant : « Bon, d'accord, peu importe. Dis-toi que t’es pas un néo-baron, et qu’à toi on peut bien te tordre les bras... »
M’apaisant, je roule le long de la berge. J'oublie ce pénible épisode. Je me représente les belles scènes à venir, dans un futur pas si lointain.
Voilà, j’imagine que je conduis un vélo dont les roues comme deux gouttes d’eau font la paire.
Ainsi, je m'engage dans cette malencontreuse petite allée. J’entends un rire. Je vois le gardien qui s’avance, un chapeau de ville sur la tête. Dans ses mains, un myosotis ou une tulipe d'automne. Il fait tournoyer la fleur et me dit tout en riant :
- Eh bien, où t’es-tu fourvoyé, mon ami ? Pourquoi t’es-tu bêtement engagé au mauvais endroit ? Petit polisson, mon tout doux. Allons, allons, fais demi-tour, sinon je devrais te coller une amende et tu n’auras pas la fleur.
Et là, riant doucement, il me tend un myosotis. Et après nous être l’un l’autre amoureusement reluqués, nos chemins se séparent.
Cette douce image soulage ma souffrance. Je pédale d'un bon pas. Je fais tourner mes mollets. Je me dis : « Tout ça n’est rien. Mon âme ne se brisera pas. Je suis jeune. C’est d’accord : j’attendrai tout le temps qu’il faudra. »
Encore une fois, la joie et l'amour pour les gens emplissent mon cœur. Encore une fois, je désire leur dire quelque chose de bien ou leur crier : « Camarades, nous construisons une nouvelle vie, nous avons vaincu, nous avons surmonté d'énormes difficultés. A jamais, respectons-nous les uns les autres... »
Le cœur débordant de joie, je suis rentré chez moi et j’ai rédigé cette saynète que vous lisez actuellement.
Cela s'est produit l'année dernière, et depuis lors, aucun incident de ce type ne s'est produit par chez nous, ce qui nous permet de conclure que parmi les employés aux espaces verts de tels va-t-en-guerre sont en déclin. Et c'est très bien. Sinon, ce serait là un échec trop désagréable, qu'il nous faudrait alors combattre de toutes nos forces.
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M. Zochtchenko – Les souffrances du jeune Werther (02)

« Ils poursuivent quelqu'un, me dis-je », illustration Sergueï Lemekhov (Сергей Лемехов ) Les Souffrances du jeune Werther
Страда́ния молодо́го Ве́ртераDeuxième épisode - Второй эпизод
Лёшка, кричи́т кто-то, забегáй, свóлочь, слéва. Не выпущáй егó из ви́ду!
Ви́жу слéва бежи́т парни́шка. Он мáшет пáлкой и грози́т кулакóм. Но я ещё не ви́жу, к кому́ отно́сятся егó угрóзы.
Я обора́чиваюсь назáд. Седовáтый почтéнный стóрож бежи́т по дорóге и орёт что есть мóчи.
Хватáй егó, брáтцы, держи́! Лёшка, не выпущáй из ви́ду!
Лёшка прице́ливется в меня́, и пáлка егó ударя́ет в колесо́ велосипéда.
Тогдá я начинáю понимáть, что дéло касáется меня́. Я соска́киваю с велосипéда и стою́ в ожидáнии.
Вот подбегáет стóрож. Хрип раздаётся из егó груди́. Дыхáнье с шу́мом вырыва́ется нару́жу.
Держи́те егó! кричи́т он.
Человéк дéсять доброхóтов подбегáют ко мне и начинáют хватáть меня́ за́ руки. Я говорю́:
Брáтцы, да что вы, обалдéли! Чегó вы с умá спя́тили совмéстно с э́тим постарéвшим болвáном?
Стóрож говори́т:
Как я тебé áхну по зубáм, бу́дешь оскорбля́ть при исполне́нии служéбных обя́занностей… Держи́те егó крéпче… Не выпущáйте егó, су́ку.
Собирáется толпá. Кто-то спрáшивает:
А что он сдéлал?
Стóрож говори́т:
Мне пятьдеся́т три гóда, он, су́ка, пря́мо загнáл меня́. Он éдет не по той дорóге… Он éдет по дорóжке, по котóрой на велосипéдах проéзду нет… И виси́т, мéжду прóчим, вы́веска. А он, как ненормáльный, éдет… Я ему́ свищу́. А он ногáми кружи́т. Не понимáет, ви́дите ли. Как бýдто он с луны́ свали́лся… Хорошó, мой помо́щник успéл останови́ть егó.
Лёшка проти́скивается сквозь толпу́, впивáется своéй клешнёй в мою́ ру́ку и говори́т:
Я ему́, гадю́ке, хотéл ру́ку переби́ть, чтоб он не мог éхать.
Брáтцы, говорю́ я, я не знал, что здесь нельзя́ éхать. Я не хотéл удира́ть.
Стóрож, задыхáясь, восклица́ет:
Он не хотéл удира́ть! Вы ви́дели нáглые рéчи. Веди́те егó в мили́цию. Держи́те егó крéпче. Таки́е у меня́ завсегдá убегáют.
Я говорю́:
Брáтцы, я штраф заплачу́. Я не отка́зываюсь. Не верти́те мне ру́ки.
Ктó-то говори́т:
Пу́щай предъяви́т докумéнты, и возьми́те с него́ штраф. Чегó егó зря волочи́ть в мили́цию? Прови́нность у него́, в сýщности, не так кру́пная.
Стóрожу и нéскольким добровóльцам охóта волочи́ть меня́ в мили́цию, но под давлéнием остальнóй пу́блики стóрож, стрáшно руга́ясь, берёт с меня́ штраф и с ви́димым сожалéнием отпуска́ет меня́ восвоя́си.

- ...Liochka¹, crie quelqu'un, cours donc mon salaud ! à gauche ! Ne l’perds pas d’vue !
J’aperçois un jeune type qui surgit sur la gauche. Il agite son bâton et montre le poing. Mais je ne vois toujours pas à qui s’adressent ses menaces.
Je me retourne. Derrière moi, un gardien grisonnant, d’un âge respectable, galope le long de la rue criant à pleins poumons.
- Attrapez-le, mes frères, arrêtez-le ! Liochka, ne l’perds pas d’vue !
Liochka me vise de son bâton et heurte la roue de ma bécane.
Alors je commence à comprendre que cela me concerne. Je saute de mon engin et j’attends là.
Le gardien accourt. Une respiration sifflante sort de sa poitrine. Il halète bruyamment.
- Tenez-le ! crie-t-il.
Une dizaine de bons samaritains se précipitent sur moi et commencent à me saisir par les bras.
Moi : - Frères, vous perdez la boule ! Avec cette vieille andouille vous déraillez ou quoi ?
Le gardien : - Tu vas te prendre un coup dans les dents d'insulter ainsi un agent dans l'exercice de ses fonctions... Tenez-le fort... Ne le laissez pas s’échapper, ce fils de pute.
La foule se rassemble. Quelqu'un demande : - Qu'a-t-il donc fait ?
Le gardien : - J'ai cinquante-trois piges, et cette petite salope veut m’achever. Il circule sur une voie interdite aux vélos... Voyez d'ailleurs, y’a un panneau accroché là-bas. Et il roule comme un fou... Je le siffle. Et voilà qu’il pédale encore plus vite ! Il est à la masse ce type ! Tombé de la lune... Une chance que mon collègue ait réussi à le coincer.
Liochka, son collègue, fend la foule, et m’enserre le bras de sa puissante griffe, ajoutant : - L’envie me démange de lui briser un membre, à cette vipère, pour qu’il ne puisse pas se tailler.
- Frères, dis-je, je ne savais pas qu’il était interdit de circuler à vélo ici. Je ne voulais pas m'enfuir.
Le gardien, essoufflé, s'écrie : - Et voilà, Monsieur ne voulait pas s'enfuir ! Vous entendez , quelle impudence ! Qu’on l’embarque au poste. Tenez-le bien. Ce genre de gars essaie toujours de prendre la malle.
Je dis : - Frères, l'amende je la paierai, je vous jure. Mais arrêtez donc de me tordre les poignets !
Quelqu'un réagit : - Qu’il vous montre ses papiers et qu’il règle la contravention. Pourquoi vouloir le traîner au commissariat ? Le crime, en somme, n’est pas si grave.
Le gardien et plusieurs types bien intentionnés veulent m'embarquer au poste, mais sous la pression du reste de la foule, jurant grossièrement, il encaisse l’amende et visiblement plein de regret me relâche dans la nature.
1- Liochka : diminutif d’Alexeï (Алексей).
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M. Zochtchenko – Les souffrances du jeune Werther (01)

Les souffrances du jeune Werther, illustration du roman de Goethe, Tony Johannot, 1845 Mikhaïl Zochtchenko - Михаил Зощенко
Les Souffrances du jeune Werther*
Страда́ния молодо́го Ве́ртераExtrait du Livre bleu ciel (Голуба́я кни́га)
(1935)* ‘Les Souffrances du jeune Werther’ (Die Leiden des jungen Werthers), 1774/1787, est initialement le titre du premier roman - considéré comme le précurseur du romantisme allemand - de Johann Wolfgang von Goethe. Goethe y dépeint les déconvenues d'un jeune homme amoureux, Werther. Le roman s'achève sur le suicide du jeune homme. (Lire en allemand)
Premier épisode - Первый эпизод
Я éхал однáжды на велосипéде.
У меня́ довóльно хорóший велосипéд. Англи́йская мáрка Б.С.А.
Прили́чный велосипéд, на котóром я иногдá соверша́ю прогу́лки для успокое́ния нéрвов и для душéвного равновéсия.
Óчень хорóшая, слáвная совремéнная маши́на. Жáлко тóлько колёсья не все. То есть колёсья все, но тóлько они́ сбóрные. Однó англи́йское Три ружья́, а другóе немéцкое Дукс. И руль украи́нский. Но всё-таки éхать мóжно. В суху́ю погóду.
Конéчно, откровéнно говоря́, éхать сплошнóе мучéнье, но для душéвной бóдрости и когдá жизнь не осóбенно дорогá я выезжа́ю.
И вот, стáло быть, éду однáжды на велосипéде.
Каменноострóвский проспéкт. Бульвáр. Свора́чиваю на бокову́ю аллéю вдоль бульвáра и éду себé.
Осéнняя прирóда разворáчивается передо мно́й. Пожелтéвшая трáвка. Гря́дка с увя́дшими цветóчками. Жёлтые ли́стья на дорóге. Чухóнское¹ нéбо нáдо мной.
Пти́чки щебéчут. Ворóна клюёт му́сор. Сéренькая собáчка лáет у ворóт.
Я гляжу́ на э́ту осéннюю карти́нку, и вдруг сéрдце у меня́ смягчáется, и мне неохóта ду́мать о плохóм. Рису́ется замечáтельная жизнь. Ми́лые, понимáющие лю́ди. Уважéние к ли́чности. И мя́гкость нрáвов. И любóвь к бли́зким. И отсýтствие брáни и гру́бости.
И вдруг от таки́х мы́слей мне захоте́лось всех обня́ть, захоте́лось сказáть что́-нибудь хорóшее. Захоте́лось кри́кнуть: Брáтцы, глáвные тру́дности позади́. Скóро мы заживём, как фон-барóны.
Но вдруг раздаётся вдалекé свистóк.
Кто-нибудь проштра́фился, говорю́ я сам себé, кто-нибудь, навéрное, не так ýлицу перешёл. В дальнéйшем, вероя́тно, э́того не бу́дет. Не бу́дем так чáсто слы́шать э́тих рéзких свисткóв, напоминáющих о простýпках, штрáфах и правонарушéниях.
Снóва недалекó от меня́ раздаётся тревóжный свистóк и каки́е-то óкрики и гру́бая брáнь.
Так гру́бо, вероя́тно, и крича́ть не бу́дут. Ну, крича́ть-то, мóжет быть, бу́дут, но не бу́дет э́той тяжёлой, оскорби́тельной брáни.
Кто-то, слы́шу, бежи́т позади́ меня́. И кричи́т оси́пшим гóлосом:
Ты чего́ ж э́то, су́ка, удира́ешь, чёрт твою́ двáдцать!
Останови́сь сию́ минýту.
За кем-то гóнятся, говорю́ я сам себé и ти́хо, но бóдро éду.
1 - Чухóнский : устар. относящийся к чухонцам, дореволюционное название финнов и эстонцев, населявших окрестности Петербурга.

Un jour, je faisais du vélo.
J'ai un assez bon vélo. De la marque anglaise BSA.
Un vélo comme il faut, que j'utilise parfois pour me balader afin de me calmer les nerfs et avoir l'esprit tranquille.
Une très bel et bon engin moderne. Dommage qu’il manque les roues. Je veux dire : il a toutes ses roues, mais elles ne sont pas d’origine. L’une est une Three Guns anglaise et l’autre une Dux importée d’Allemagne. Quant au guidon, il est ukrainien. Mais par temps sec l’engin peut rouler.
Bien sûr, à vrai dire, rouler sur cette bécane est un supplice complet, mais pour la vigueur mentale et quand ma vie ne m’est pas particulièrement chère, je sors pédaler.
Et donc, un jour, je sors faire du vélo.
Je prends la perspective Kamennoostrovsky¹. Puis je bifurque et longe une allée latérale et me laisse ainsi emporter.
Une Nature automnale s’offre à moi. Herbe jaunie. Parterre de fleurs fanées. Feuilles jaunes jonchant la chaussée. Et, au-dessus de moi, un ciel de Finlande.
Les oiseaux gazouillent. Un corbeau picore un tas d’ordures. Un chien gris aboie près d’un portail.
Je regarde ce tableau automnal et tout à coup mon cœur s’adoucit et je veux chasser toutes mauvaises pensées. Une vie merveilleuse se dessine devant moi. De braves gens, gentils et compréhensifs. Du respect envers chacun. Des mœurs pleines de douceur. De l'amour pour nos proches. Et plus d’abus ni d’impolitesse.
Et soudain, à cause de toutes ces pensées, j'ai envie de serrer tout le monde dans mes bras, j'ai envie de dire quelque chose de bien. J’ai envie de crier : - Frères, les principales difficultés sont derrière nous. Bientôt, nous vivrons comme des néo-barons².
Mais soudain, un coup de sifflet retentit au loin.
« Quelqu’un a commis quelque infraction, me dis-je, quelqu’un a probablement traversé hors des clous. Cela n’arrivera probablement plus à l’avenir. Bientôt nous n’entendrons plus aussi souvent ces sifflements stridents qui n’évoquent à nos oreilles que délits, amendes et infractions... »
De nouveau, non loin de moi, un coup de sifflet et puis des cris et des mots grossiers.
« On ne criera même plus probablement aussi grossièrement. Bon, peut-être qu’on criera toujours, mais plus de telles offensantes ni graves injures... »
J'entends courir derrière moi. Et quelqu'un qui crie d'une voix rauque : - Pourquoi tu t'enfuis, petite salope, putain d’tes morts ! Arrête-toi tout d’suite…
« Ils poursuivent quelqu'un, me dis-je » et je continue tranquillement et gaiement à pédaler.
1- La perspective Kamennoostrovsky est la plus longue avenue de Saint-Pétersbourg.
2- ‘Von Baron’ (фон-барон) : Zochtchenko emploie ici ce terme ironique – savant mélange d’allemand et de français - qu’on pourrait traduire par ‘parvenu’. -
M. Zochtchenko – Des bains et des gens (03)

La perquisition, illustrateur inconnu Des bains et des gens - Ба́ня и лю́ди
Troisième épisode - Третий эпизод
Бáнщик говори́т:
Хорошó, я опя́ть дам свои́ запасны́е штаны́. Но вообщé нáдо бу́дет сшить, наконéц, казённые. У нас чáсто ворую́т, и в э́тот мéсяц у меня́ пря́мо сноси́ли мои́ штаны́. То оди́н возьмёт, то другóй. А э́то мои́ сóбственные.
Вот бáнщик даёт нáшему тéхнику си́тцевые штаны́, а оди́н из мóющихся даёт ку́ртку и шлёпанцы. И вскóре наш друг, с трудóм сде́рживая рыдáния, облачáется в э́тот музéйный наря́д. И в такóм нелéпом ви́де он выхóдит из бáни, мáло чегó понимáя.
Вдруг пóсле егó ухóда ктó-то кричи́т:
Гляди́те, вон ещё чья́-то ли́шняя жилéтка валя́ется и оди́н носóк.
Тогдá все обступáют э́ти нáйденные предмéты. Оди́н говори́т:
Вероя́тно, э́то вор оброни́л. Погляди́те хороше́нько жилéтку, нет ли там в кармáнах чегó. Мнóгие в жилéтках докумéнты дéржат.
Вывора́чивают кармáны и вдруг там нахóдят удостоверéние. Э́то прóпуск на и́мя Селифáнова, слу́жащего в центрáльной поши́вочной мастерскóй.
Тут всем стано́вится я́сно, что воровски́е следы́ ужé нáйдены.
Тогдá заве́дующая бóйко звони́т в мили́цию, и чéрез два часá у э́того Селифáнова устра́ивается óбыск.
Селифáнов стрáшно удивля́ется и говори́т:
Чегó вы, обалдéли, господá? У меня́ у самогó сегóдня в э́той бáне вéщи укрáли. И я дáже дéлал об э́том заявлéние. А что касáется э́той моéй жилéтки, то её, навéрно, вор оброни́л.
Тут пе́ред Селифáновым все извиня́ются и говоря́т ему́: э́то недоразумéние.
Но вдруг заве́дующий поши́вочной мастерскóй, где слу́жит э́тот Селифáнов, говори́т:
Да, я увéрен, что вы сáми в бáне пострадáли. Но скажи́те, откýда у вас э́тот кусóк дрáпа, что лежи́т в сундукé? Э́тот драп из нáшей мастерскóй. Егó у нас не хвата́ет. И вы егó, навéрно, взя́ли. Хорошó, что я из любопы́тства пришёл вмéсте с óбыском.
Селифáнов начинáет лепета́ть рáзные словá, и вскóре он признаётся в крáже э́того дрáпа.
Тут егó момента́льно арестóвывают. И на э́том закáнчивается бáнная истóрия, и начинáются ужé други́е делá...
Вот, напримéр, поря́дочная неуда́ча, с котóрой мы однáжды столкну́лись в городскóм учреждéнии по охрáне бульвáров и зелёных насаждéний.
Вот что там со мной произошлó.

Le garçon de bain dit : - D'accord, je vais lui refiler mon pantalon de rechange. Mais d’une manière générale, il faudra un jour que l’Administration nous en couse des neufs. Il y a souvent de la fauche ici et, ce mois-ci, le mien tombe en lambeaux. Prêté à l’un d’abord, puis à un autre. Mais ce futal c’est le mien, après tout !
Voici que le gars refile à notre technicien un pantalon de toile, et un des clients une veste et une paire de savates. Et bien vite notre ami, retenant à peine ses larmes, enfile cet accoutrement comme tout droit sorti d’un musée. Et sous cet absurde déguisement, il quitte l’établissement, sans rien comprendre.
Soudain, après son départ, quelqu'un s’écrie : - Regardez, il y a encore un gilet qui traîne et là aussi une chaussette.
Alors tout le monde se rassemble autour de ces trouvailles.
L'un dit : - Le voleur les aura probablement laissées tomber. Regardez bien dans les poches du gilet. Souvent les gens y laissent leurs papiers...
Ils vident les poches et soudain y découvrent une pièce d'identité. Il s'agit d'un document au nom de Sélifanov, employé à l'atelier central de couture.
Il devient alors évident pour tous qu’on tient là la piste du voleur, enfin démasqué.
La gérante appelle alors illico la police et, deux heures plus tard, une perquisition a lieu au domicile de ce Sélifanov.
Le bonhomme est terriblement surpris et déclare : - Vous perdez la tête, messieurs ? On m'a justement volé mes affaires dans ces bains aujourd'hui. J'ai même fait une déclaration à ce sujet. Quant à mon gilet, le voleur a dû probablement le laisser tomber.
Alors, tout le monde s'excuse auprès de Sélifanov et reconnaît le malentendu.
Mais soudain, le chef de l'atelier de couture où travaille le bonhomme s’exclame : - Oui, j’imagine ce que vous avez pu endurer là-bas. Mais dites-moi donc, où avez-vous déniché cette draperie posée dans cette malle ? Une pièce portée manquante à l’atelier. Probablement, c’est vous qui l’avez dérobée. Ça tombe bien que, par curiosité, je me sois joint à l’enquête.
Sélifanov commence à balbutier et finit bientôt par avouer son forfait : cette draperie, c’est lui qui l’avait effectivement volée.
Et voilà qu’immédiatement on l’arrête…
Et c’est ainsi que se termine notre histoire à propos des bains publics et que d’autres commencent.
Voici par exemple un échec incommensurable auquel nous avons été autrefois confrontés au service municipal de protection des espaces verts et des boulevards et ce qui nous est arrivé...