Valse de guerre – Le petit foulard bleu

Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Le petit foulard bleu - Anna Danilova
Le petit foulard bleu Création d'Anna Danilova (Анна Данилова)

 Le petit foulard bleu

Синий платочек


Musique de Eji Petersbourgski (Ежи Петербургский) 1940

Paroles initiales de Iakov Galitski (Яков Галицки)
1942
adaptées par Mixhaï Maximov (Михай Максимов)

'Et souvent au combat
Ton image m'accompagne...'

Interprétée par Alice Kojikina (Алиса Кожикина)

n.b. Il existe plusieurs adaptations du texte initial dont les paroles diffèrent légèrement.

Синенький скромный платочек
Падал с опущенных плеч.
Ты говорила, что не забудешь
Ласковых, радостных встреч.

Порой ночной
Мы распрощались с тобой...
Нет прежних ночек.
Где ты платочек,
Милый, желанный, родной?

Помню, как в памятный вечер
Падал платочек твой с плеч,
Как провожала и обещала
Синий платочек сберечь.

И пусть со мной
Нет сегодня любимой, родной, -
Знаю: с любовью
Ты к изголовью
Прячешь платок дорогой.

Письма твои получая,
Слышу я голос родной.
И между строчек синий платочек
Снова встаёт предо мной.

И часто в бой
Провожает меня облик твой,
Чувствую: рядом
С любящим взглядом
Ты постоянно со мной.

Сколько заветных платочков
Носим в шинелях с собой!
Нежные речи, девичьи плечи
Помним в страде боевой.

За них, родных,
Желанных, любимых таких,
Строчит пулемётчик
За синий платочек,
Что был на плечах дорогих!

Ton modeste petit foulard bleu
Tombait de tes épaules.
Tu me disais que tu n'oublierais pas
Nos rendez-vous affectueux et pleins de joie.

Parfois la nuit venue
Nous nous disions au revoir...
Ces nuits n’existent plus.
Où es-tu petit foulard,
Si chéri, si désiré, tant aimé ?

Je me souviens comment lors de cette soirée inoubliable,
Ton foulard bleu tomba de tes épaules,
Comment tu me promis de le garder auprès de toi
Quand tu m’accompagnas à mon départ.

Et même si tu es loin aujourd’hui,
Ma bien-aimée, ma très chère,
Je sais qu’avec amour,
Auprès de toi,
Tu gardes ce foulard tant aimé.

En recevant tes lettres,
j'entends ta voix aimée.
Et entre tes lignes, je vois ton foulard bleu
De nouveau devant mes yeux.

Et souvent au combat
Ton image m'accompagne.
Je sens, que toute proche,
Avec un regard amoureux,
Tu es toujours près de moi.

Combien de ces petits foulards chéris
Nous gardons dans nos cœurs !
Dans les combats, nous souvenant
Des tendres mots dits tout contre l’épaule.

Pour elles que nous aimons tant
Que tant nous désirons,
Le tirailleur mitraille,
Pour défendre ce foulard bleu
Qu’elles portent sur leurs chères épaules.

La version initiale, écrite par Iakov Galitski (Яков Галицки) devint immédiatement populaire. Peu après, Mixhaï Maximov (Михай Максимов), alors soldat de 22 ans dans l’Armée rouge, adapta le texte pour lui donner un tour plus ‘martial’. Le texte ainsi modifié fut publié dans le journal de division de première ligne "Pour la patrie !", le 8 juin 1942. Il était signé du "Lieutenant M. Maximov".

Voici cette version chantée, à l’époque, par Claudia Chouljenko (Клавдия Шульженко) – l’enregistrement gratte un peu...

Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Claudia Chouljenko

Et les modifications et ajouts apportés au texte original...

Помню, как в памятный вечер
Падал платочек твой с плеч,
Как провожала и обещала
Синий платочек сберечь.

И пусть со мной
Нет сегодня любимой, родной,
Знаю, с любовью ты к изголовью
Прячешь платок дорогой.

(…)

Кончится время лихое,
С радостной вестью приду,
Снова дорогу,
К милой порогу
Я без ошибки найду...

И вновь весной
Под знакомой ветвистой сосной.
Милые встречи,
Нежные речи,
Нам возвратятся с тобой.

Je me souviens comment lors de cette soirée inoubliable,
Ton foulard bleu tomba de tes épaules,
Comment tu me promis de le garder auprès de toi
Quand tu m’accompagnas à mon départ.

Et même si tu es loin aujourd’hui,
Ma bien-aimée, ma très chère,
Je sais qu’avec amour, auprès de toi,
Tu gardes ce foulard tant aimé.

(…)

Les temps tourmentés finiront bien,
Je reviendrai porteur de bonnes nouvelles,
De nouveau la route,
Et au bout le doux seuil
Que je saurai retrouver sans me tromper...

Et à nouveau au printemps
Sous les branches d’un grand pin
Les tendres rendez-vous,
Les doux mots d’amour,
Pour nous reviendront.

Je passe ici sous silence les autres versions que l’on peut trouver. C’est incroyable comment les Russes ‘s’amusent’ à modifier les textes des chansons au gré des circonstances ! La rançon du succès, je suppose...

Sources (en russe) :
Histoire d’une chanson : Le petit foulard bleu ;
Wikipédia 'Le petit foulard bleu' : Lire.

Le 22 juin, à 4 heures précises - Interprète inconnu

Le 22 juin, à 4 heures précises

Двадцать второго июня, ровно в 4 часа


Musique de Eji Petersbourgski (Ежи Петербургский) 1940

Paroles Boris Kovyniev (Борис Ковынев) 1941

'La guerre venait de commencer...'

Двадцать второго июня,
Ровно в четыре часа
Киев бомбили, нам объявили
Что началася война.

Война началась на рассвете
Чтоб больше народу убить.
Спали родители, спали их дети
Когда стали Киев бомбить.

Врагов шли большие лавины,
Их не было сил удержать,
Как в земли вступили родной Украины
То стали людей убивать.

За землю родной Батькивщины
Поднялся украинский народ.
На бой уходили все - все мужчины,
Сжигая свой дом и завод.

Рвалися снаряды и мины,
Танки гремели бронёй,
Ястребы красны в небе кружили,
Мчались на запад стрелой.

Началася зимняя стужа
Были враги близ Москвы,
Пушки палили, мины рвалися
Немцев терзая в куски.

Кончился бой за столицу
Бросились немцы бежать
Бросили танки, бросили мины,
Несколько тысяч солдат.

Помните Гансы и Фрицы
Скоро настанет тот час
Мы вам начешем вшивый затылок,
Будете помнить вы нас.

Le 22 juin,
A quatre heures précises du matin,
Kiev fut bombardée. Ils annoncèrent
Que la guerre venait de commencer.

La guerre commença à l'aube
Pour que plus de gens soient tués.
Les parents dormaient, leurs enfants dormaient
Quand ils commencèrent à bombarder Kiev.

Les ennemis arrivaient en grosses avalanches,
Personne n'avait assez de force pour les arrêter,
Alors qu’ils pénétraient sur la terre d’Ukraine ;
Et là ils commencèrent leurs massacres.

Le peuple ukrainien s'est levé pour protéger
Sa patrie, sa Batkivschina¹ natale .
Tous les hommes sont allés au combat,
Brûlant leur maison et leur usine².

Les obus et les mines explosaient,
Les chars grondaient sous leur armure,
Les faucons rouges³ tournoyaient dans le ciel,
Se précipitant vers l'ouest comme des flèches.

Un froid de canard s’abattit.
Les ennemis étaient aux portes de Moscou,
Les canons tiraient, les mines déchiquetaient
Les Allemands, les mettant en pièces.

La bataille pour la capitale prit fin.
Les Allemands se précipitèrent dans la fuite,
Abandonnant leurs chars, leurs mines
Laissant derrière eux des milliers de soldats.

Souvenez-vous - Hans et Fritz !
L'heure viendra bientôt
Quand nous traînerons vos têtes putrides :
C’est ainsi que vous vous souviendrez de nous...

1- Batkivschina : la terre natale, en ukrainien (Батькiвщина).
2- ‘Politique de la terre brûlée’ que Napoléon a expérimenté en son temps (cf. L’incendie de Moscou par les Russes en 1812 face aux armées de Napoléon).
3- Il est question ici des avions de chasse soviétiques (‘rouges’) par opposition aux avions allemands (‘noirs’).

Une n-ième version… qui fut, en réalité, la première !

Le compositeur de la partition musicale, Eji Petersbourgski (Ежи Петербургский), n’était pas ‘exactement’ russe, mais biélorusse. C’est donc à Minsk, en Biélorussie soviétique, qu’il écrivit la partition en 1940, et c’est aussi là qu’aux premiers jours de l’invasion allemande – l’opération Barbarossa – le poète Boris Kovynev (Борис Ковынев) rédigea les premières paroles sur cette valse.

Elles relatent le premier jour de la guerre. Et bien que cette version soit considérée comme la toute première chanson de guerre durant le conflit qui opposa l’URSS à l’Allemagne nazie (‘la Grande guerre patriotique’ 1941-1945), elle demeura ‘laissée de côté’, comme oubliée : son texte fut jugé trop ‘populaire’, voire vulgaire. Son auteur, d’ailleurs, mourut dans la misère, sans jamais être reconnu de son vivant.

"Quelle chanson horrible ! Terrible dans tous les sens du terme...", lit-on en commentaire sur le Net !

Petites nouvelles russes - Valse de guerre - 22 juin
22 juin - Jour de souvenir et de chagrin

Une version 'pop-rock'...

Voici enfin une dernière version, pop-rock, et donc bien plus récente, interprétée par Garik Soukatchiov (Гарик Сукачёв), à partir des vers de Boris Kovynev (Борис Ковынев)… Comme une ‘réhabilitation’ posthume de l’auteur des paroles originales, en quelque sorte !

Interprétée par Garik Soukatchiov (Гарик Сукачёв) 2001

Двадцать второго июня,
Ровно в четыре часа,
Киев бомбили, нам объявили,
Что началася война.

Кончилось мирное время,
Нам распрощаться пора,
Я уезжаю, но обещаю
Верным вам быть навсегда.

И ты смотри,
С чувством моим не шути,
Выйди, подруга, к поезду друга,
Друга на фронт проводи.

Дрогнут колеса вагона,
Поезд помчится стрелой,
Ты мне с перрона — я с эшелона
Грустно помашешь рукой.

Пройдут года,
И снова я встречу тебя,
Ты улыбнёшься,
К сердцу прижмёшься,
Вновь поцелуешь меня.

Скромненький синий платочек,
Падал с опущенных плеч.
Ты провожала, но обещала
Синий платочек сберечь.

C’est le 22 juin,
A quatre heures précises du matin,
Que Kiev fut bombardée. Ils annoncèrent
Que la guerre venait de commencer.

Le temps de la paix est terminé,
C’est le moment de nous séparer.
Je partirai, mais je promets
De vous rester fidèle à jamais.

Et toi, fais attention,
Et ne plaisante pas avec mes sentiments,
Ma belle, accompagne ton ami jusqu’au train !
Accompagne cet ami qui va rejoindre le front.

Les roues du wagon trembleront,
Le train filera comme une flèche,
Tu seras sur le quai et moi sur les marches
On se fera tristement un signe de la main.

Les années passeront,
Et je te reverrai à nouveau.
Tu souriras,
Je te serrerai sur mon cœur
Et à nouveau tu m’embrasseras.

Ton modeste petit foulard bleu
Tombait sur le bas de tes épaules.
Quand tu m’a accompagné à mon départ
Tu m’as promis de le garder près de toi.

Petites nouvelles russes - Valse de guerre - le 22 juin 1941

En 1992, sort le film éponyme 'Le 22 juin, à 4 heures précises' - Visionnez  le film sur Youbube - (Двадцать второго июня, ровно в 4 часа), réalisé par Boris Galkine (Борис Галкин). L'histoire d'un capitaine de l'Armée rouge, en permission, qui tente de rejoindre sa famille à Léningrad, et qui n'y arrivera que le 22 juin 1941, à exactement quatre heures du matin...

Sources (en russe) :
-  Histoire d'une chanson : Le 22 juin, à 4 heures précises ;
Histoire d'un poète et de sa chanson (1) : Boris Kovynev 1 ;
- Histoire d'un poète et de sa chanson (2) : Boris Kovynev 2

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