• Ilya Varchavsky – Les vieux (01)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - Les vieux - Le centre de recherche
    Le centre de recherche informatique

    Илья Варшавский - Ilya Varchavsky
    ­
    Старики́ (1966) Les vieux

    Пе́рвый эпизо́д - Premier épisode

    Сема́ко сложи́л бума́ги в па́пку.

    — Всё? — спроси́л Го́ликов.

    — Ещё оди́н вопро́с, Никола́й Петро́вич. Зада́ние Комите́та по астрона́втике в э́том ме́сяце мы не вы́тянем.

    — Почему́?

    — Не успе́ем.

    — Ну́жно успе́ть. План до́лжен быть вы́полнен любо́й цено́й. В кра́йнем слу́чае, я вам подки́ну одного́ программи́ста.

    — Де́ло не в программи́сте. Я давно́ проси́л вас дать ещё одну́ маши́ну.

    — А я давно́ вас проси́л вы́бросить «Смерч». Ведь э́та ру́хлядь чи́слится у нас на бала́нсе. Пойми́те, что там ма́ло разбираю́тся в то́нкостях. Есть маши́на — и ла́дно. Мне уже́ второ́й раз среза́ют зая́вки. «Смерч»! То́же назва́ние приду́мали!

    — Вы забыва́ете, что…

    — Ничего́ я не забыва́ю, — переби́л Го́ликов. Все э́ти дура́цкие попы́тки модели́ровать мозг в счётных маши́нах давно́ ко́нчились прова́лом. У нас Вычисли́тельный центр, а не музе́й. Приезжа́ют коми́ссии, иностра́нные делега́ции. Про́сто со́вестно води́ть их в ва́шу лаборато́рию. Ника́к не могу́ поня́ть, что вы нашли́ в э́том «Сме́рче»?!

    Сема́ко замя́лся.

    — Ви́дите ли, Никола́й Петро́вич, я рабо́таю на «Сме́рче» уже́ три́дцать лет. Когда́-то э́то была́ са́мая соверше́нная из на́ших маши́н. Мо́жет быть, э́то сентимента́льно, глу́по, но у меня́ про́сто не поднима́ется рука́…

    — Чепуха́! Всё име́ет коне́ц. Нас с ва́ми, уважа́емый Ю́рий Алекса́ндрович, то́же когда́-нибу́дь отпра́вят на сва́лку. Ничего́ не поде́лаешь, такова́ жизнь!

    — Ну, вам-то ещё об э́том ра́но…

    — Да нет, — смути́лся Го́ликов — Вы меня́ непра́вильно по́няли. Де́ло ведь не в во́зрасте. На пятнадца́ть лет ра́ньше и́ли по́зже — ра́зница не велика́. Всё равно́ коне́ц оди́н. Но ведь мы с ва́ми — лю́ди, так сказа́ть, хо́мо са́пиенс, а э́тот, извини́те за выраже́ние, драндуле́т — про́сто неуда́чная попы́тка модели́рования.

    — И всё же…

    — И всё же вы́бросьте eё к чертя́м и в сле́дующем кварта́ле я вам обеща́ю маши́ну са́мой после́дней моде́ли. Поду́майте над э́тим.

    — Хорошо́, поду́маю.

    — А план ну́жно вы́полнить во что бы то ни ста́ло.

    — Постара́юсь.

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    Youri Semako glissa les feuillets dans son dossier.

    - C’est tout ? demanda Nicolaï Petrovitch Golikov.

    — Encore une chose, Nicolaï Petrovitch. Ce mois-ci, nous ne tiendrons pas les délais que le Comité exige de nous.

    - Pourquoi ?

    - Impossible que nous y arrivions.

    - Il le faut pourtant. Ce qui a été planifié doit être réalisé à tout prix. En dernier recours, je vous mettrai à disposition un informaticien-programmeur.

    - Il ne s'agit pas d’un programmeur. Je vous demande depuis longtemps une machine de plus.

    - Et moi je vous ai demandé de nous débarrasser d’abord de ‘Tornado’. Nous traînons depuis trop de temps cette antiquité sur notre bilan. Comprenez qu’au Comité ils ne peuvent guère comprendre ces subtilités. ‘C’est une machine que vous demandez – eh bien, vous en avez une de machine !’. C'est la deuxième fois qu’ils refusent ma requête... 'Tornado' !... Et en plus... quelle idée de lui avoir donné ce nom !

    - Vous oubliez que...

    - Je n'oublie rien, interrompit Golikov. Toutes vos tentatives insensées de développer une intelligence artificielle sur des machines à calculer n’ont été que des échecs. Nous sommes un centre de recherche informatique, pas un musée. Il y a des commissions, des délégations étrangères qui défilent ici ! C'est juste que c’est embarrassant de leur faire visiter votre laboratoire. Je ne comprends tout simplement pas ce que vous lui trouvez à ce 'Tornado' ?!

    Youri Semako hésita.

    - Voyez-vous, Nikolaï Petrovich, je travaille avec ‘Tornado’ depuis trente ans. C’était à l’époque la plus parfaite de nos machines. Peut-être que c'est sentimental, stupide, mais je ne peux tout simplement pas le laisser tomber maintenant.

    - Bêtise ! Tout a une fin. Vous et moi, mon cher Youri, serons également un jour mis au rebut. Il n'y a rien à faire, c'est la vie !

    - Allons, pour vous, c'est encore un peu tôt...

    - Non, je veux dire…, Golikov prit un air gêné. Vous m'avez mal compris. Ce n'est pas une question d'âge. Maintenant ou dans quinze ans, la différence n'est pas si grande : la fin est toujours la même. Mais vous et moi sommes humains, des homo sapiens, je veux dire. Et votre…, pardonnez l'expression, votre vieux tacot n'est qu'une vaine tentative de modélisation d’intelligence artificielle qui a échoué.

    - Et pourtant…

    - Et pourtant, et pourtant… Jetez au diable cette vieille machine, et le trimestre prochain, je vous le promets, nous vous installerons un calculateur dernier modèle. Pensez-y, mon vieux.

    - D'accord, je vais y réfléchir.

    - Et n’oubliez pas : ce qui est planifié doit être réalisé, un point c’est tout.

    - Je m'y emploierai...

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (06)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - Le fantôme
    Le fantôme

    ­При́зраки - Les fantômes

    Шесто́й эпизо́д - Episode six

    — Почему́ вы пошли́ на шоссе́?

    — Мне хоте́лось темноты́. Смотре́ть на звёзды в не́бе.

    — Заче́м вы слома́ли автома́т?

    — Мне тру́дно об э́том вам говори́ть. Вы ведь то́же… маши́на?

    — Вы хоти́те говори́ть с живы́м врачо́м?

    — Да… пожалу́й, э́то бы́ло бы лу́чше.

    — До тех пор пока́ не бу́дет поста́влен диа́гноз, э́то невозмо́жно. Ита́к, почему́ вы слома́ли автома́т?

    — Я не люблю́ автома́ты… мне ка́жется, что зави́симость от них унижа́ет моё досто́инство.

    — Поня́тно. Пое́дете в больни́цу.

    — Не хочу́.

    — Почему́?

    — Там то́же автома́ты и э́ти… при́зраки.

    — Кого́ вы име́ете в виду́?

    — Ну… изображе́ния.

    — Мы помести́м вас в отделе́ние скры́того обслу́живания.

    — Всё равно́… я не могу́ без неё.

    — Без изображе́ния?

    — Да.

    — Но ведь оно́ — то́же часть автома́та.

    — Я зна́ю.

    — Хорошо́. Отправля́йтесь домо́й. Неско́лько дней за ва́ми бу́дут наблю́дать, а пото́м определя́т лече́ние. Я вам вызыва́ю автомоби́ль.

    — Не нужно́. Я пойду́ пешко́м, то́лько…

    — Догова́ривайте. У вас есть жела́ние, кото́рое вы бои́тесь вы́сказать?

    — Да.

    — Говори́те.

    — Что́бы меня́ оста́вили в поко́е. Пусть лу́чше всё продолжа́ется, как есть. Ведь я… то́же… автома́т, то́лько бо́лее высо́кого кла́сса, о́пытный образе́ц, изгото́вленный фи́рмой Дже́нерал Био́ник.

    - Pourquoi avez-vous pénétré sur la voie rapide ? insista l’image en blouse blanche.

    - Je cherchais un coin d’obscurité. Je désirais contempler les étoiles dans le ciel.

    - Pourquoi ensuite avoir détérioré le distributeur ?

    - Il m'est difficile de vous en parler. Vous… vous êtes vous aussi une… machine ?

    - Voulez-vous parler à un réel médecin, directement à un humain ?

    - Oui, s’il vous plaît… peut-être que ça ira mieux.

    - Tant que le diagnostic n'est pas posé, c'est impossible à savoir. Alors répondez d’abord à ma question : pourquoi avez-vous détérioré le distributeur ?

    - Je n'aime pas les automates... il me semble que dépendre d’eux est une humiliation faite à ma personne.

    - J’ai compris... Je vais vous conduire à l'hôpital.

    - Non, ça je ne veux pas.

    - Pourquoi ?

    - Là-bas aussi c’est rempli de machines, et tous ces... ces fantômes.

    - De qui parlez-vous ?

    - Eh bien… toutes ces images...

    - Nous allons vous transférer dans un service où vous serez à l’isolement.

    - Ça m’est égal… je ne peux pas vivre sans elle...

    - Sans son image ?

    - Oui.

    - Mais elle aussi fait partie de la machine.

    - Je sais.

    - Bien. Rentrez chez vous. Vous resterez sous observation quelques jours afin que l’on décide de votre traitement. Je vais appeler un véhicule pour vous reconduire.

    - Ce n'est pas nécessaire. Je préfère marcher, mais…

    - Parlez donc ! Avez-vous un désir que vous craignez d'exprimer ?

    - Oui.

    - Dites !

    - Je désirerais qu’on me laisse tranquille. Que tout continue comme d’habitude. Après tout, je... moi aussi... je ne suis qu’une machine, un automate, seulement d'un modèle plus évolué : un prototype fabriqué par General Bionic.

    Quand la réalité rattrape la science-fiction :

    Présenté pour la première fois au Salon de la Tech de Las Vegas, Ameca est le robot humanoïde le plus réaliste au monde. Il est capable de reproduire les expressions du visage humain, d'avoir une gestuelle et de tenir une conversation. C’est une avancée révolutionnaire en matière d'intelligence artificielle (IA) : Ameca (ou ses successeurs) pourrait d’ici quelques années, cohabiter avec les humains...

    Ameca, le robot humanoïde le plus réaliste au monde (2022)

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (05)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - Le psychiatre robot
    Le psychiatre robot

    ­При́зраки - Les fantômes

    Пя́тый эпизо́д - Episode cinq

    [— Кто вы тако́й? - повтори́л челове́к в бе́лом хала́те.]

    — Сальвато́р.

    — Э́то мне ничего́ не говори́т. Ваш и́ндекс?

    — Икс эм два́дцать шесть со́рок во́семь дробь три́ста во́семьдесят два.

    — Сейча́с прове́рю. Поэ́т?

    — Да.

    — Сто со́рок втора́я у́лица, дом две́сти пятьдеся́т два, кварти́ра семьсо́т три?

    — Да.

    — Вы на приёме у психиа́тра. Постара́йтесь отвеча́ть на все вопро́сы. Почему́ вы не спи́те?

    — Я не могу́. У меня́ бессо́нница.

    — Давно́?

    — Давно́.

    — Ско́лько ноче́й?

    — Н-н-не по́мню.

    — Вас что-нибу́дь му́чит?

    — Да.

    — Что?

    — Я… влюблён…

    — Она́ не отвеча́ет вам вза́имностью?

    — Она́… не мо́жет… э́то… изображе́ние.

    — Како́е изображен́ие?

    — То, что у меня́ до́ма, на пу́льте обслу́живания.

    — Сейча́с, мину́тку! Так! Биоскульпто́р Кова́льский, втора́я пре́мия Акаде́мии иску́сств, оригина́л неизве́стен. Вы понима́ете, что нельзя́ люби́ть изображе́ние, у кото́рого да́же нет оригина́ла?

    — Понима́ю.

    — И что же?

    — Люблю́.

    — Вы жена́ты?

    — Нет.

    — Почему́? Каки́е-нибу́дь отклоне́ния от но́рмы?

    — Нет… наве́рно… про́сто… я её люблю́.

    — Я дам указа́ние ста́нции обслу́живания смени́ть вам изображе́ние.

    — Пожа́луйста, то́лько не э́то!

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    - Comment vous nommez-vous ? répéta l’homme en blouse blanche…

    Salvatore.

    - Ça ne me dit rien. Quel est votre matricule ?

    — X-M vingt-six quarante-huit, unité trois cent quatre-vingt-deux.

    - Je vais vérifier ça... ...Poète ?

    - Oui.

    - Cent quarante-deuxième rue, immeuble deux cent cinquante-deux, appartement sept cent trois ?

    - Oui.

    - Vous êtes là face à un psychiatre : veuillez répondre à toutes mes questions. Pourquoi ne dormez-vous pas ?

    - Je… je ne peux pas. Je souffre d’insomnie.

    - Depuis longtemps ?

    - Oui, ça fait pas mal de temps.

    - Depuis combien de nuits ?

    - Je ne m'en souviens pas.

    - Quelque chose vous perturbe ?

    - Oui.

    - Quoi ?

    - Je suis amoureux…

    - Et elle ne vous aime pas en retour ?

    - Elle... elle ne peut pas... c'est... une image."

    - Une image ? quelle image ?

    - Celle qui s’affiche chez moi, sur l’écran de service.

    - Attendez une minute … ...Voilà, j’ai trouvé ! Une création du biosculpteur Kovalsky, deuxième prix de l'Académie des Arts. La femme qui lui a servi de modèle est inconnue. ...Comprenez-vous que vous ne pouvez pas aimer une image qui n'a même pas d'original ?

    - Oui, je comprends.

    - Et quoi alors ?

    - Je l’aime…

    - Êtes-vous marié ?

    - Non.

    - Pourquoi ? Seriez-vous quelque peu 'différent' ? Quelque ‘écart’ par rapport à la norme ?

    - Non... je suppose... c'est juste... que je l'aime…

    - Je vais donner l’ordre à l’équipe de maintenance de vous changer l’image.

    - S'il vous plaît, ne faites pas ça !

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (04)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - Le cuisinier
    'Bon appétit !'

    ­При́зраки - Les fantômes

    Четвёртый эпизо́д - Episode quatre

    В каби́не автома́та его́ встре́тило знако́мое изображе́ние толстяка́ в бе́лом по́варском колпаке́.

    — Могу́ предложи́ть то́лько омле́т, ко́фе и я́блочный пиро́г. За́втраки отпуска́ются с семи́ часо́в.

    Он протяну́л ру́ку к пу́льту, и вдруг ему́ расхоте́лось есть. Сейча́с он нажмёт кно́пку, и повтори́тся то, что бы́ло уже́ ты́сячи раз.

    Снача́ла в автома́те что-то щёлкнет, зате́м закру́тятся многочи́сленные колёса, и на лотке́ поя́вится зака́занная пи́ща. По́сле э́того после́дует неизме́нное «прия́тного аппети́та», изображе́ние исче́знет, и он в одино́честве бу́дет есть.

    — Хорошо́. Я возьму́ ко́фе.

    Вме́сто того́ что́бы нажа́ть кно́пку, он отогну́л щито́к лотка́ и взял дымя́щуюся ча́шку.

    Сигна́л неиспра́вности. Автома́т отключи́лся от сети́.

    Внеза́пно каби́на освети́лась фиоле́товым све́том Слу́жбы наблюде́ния. Тепе́рь пе́ред ним бы́ло стро́гое лицо́ челове́ка в бе́лом хала́те.

    — Кто вы тако́й?

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    Dans le kiosque, il fut accueilli par l'image familière d'un homme joufflu coiffé d'une toque blanche.

    - Je ne peux vous proposer que des œufs brouillés, du café et de la tarte aux pommes. Les petits déjeuners complets ne sont servis qu’à partir de sept heures.

    Il tendit la main vers le bouton de commande, mais soudain l’envie de manger lui passa. Il savait que lorsqu’il appuierait sur le bouton, tout ce qui s’était déjà produit mille fois se répéterait. D'abord, un déclic, puis de nombreux rouages se mettraient à tourner et sa commande arriverait sur un plateau. Et après cela, un invariable "bon appétit" suivrait. Enfin l'image de l’homme joufflu disparaîtrait et il mangerait tout seul.

    - Bien, dit-il, je vais juste prendre un café.

    Mais au lieu d'appuyer sur le bouton, d’un geste brusque, il força le rabat du distributeur et prit la tasse fumante.

    Un signal d’erreur clignota. La machine se déconnecta du réseau.

    Soudain, le kiosque se trouva illuminé par un rayon de lumière violette. Bientôt, apparut le visage sévère d'un homme en blouse blanche du Service de surveillance et de contrôle.

    - Qui êtes-vous, comment vous nommez-vous ?

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (03)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - L'agent robot
    L'agent robot de sécurité routière

    ­При́зраки - Les fantômes

    Тре́тий эпизо́д - Episode trois

    Он стоя́л у решётки, отделя́вшей тротуа́р от автостра́ды, прижа́в ладо́ни к лицу́, вдыха́я го́рький, те́рпкий за́пах духо́в. Ма́ленький острово́к све́та опоя́сывал ме́сто, где он находи́лся.

    По автостра́де мча́лись автомоби́ли, тёмные и стреми́тельные. Он сде́лал неско́лько шаго́в вдоль решётки. Пятно́ све́та дви́галось за ним. Он сно́ва попыта́лся уйти́, и сно́ва оно́ его́ насти́гло. Он побежа́л. Пятно́ дви́галось вме́сте с ним. Ему́ каза́лось, что попади́ он туда́, в темноту́, и весь э́тот бред, не даю́щий спать по ноча́м, ко́нчится сам собо́й.

    Перебро́сив но́ги че́рез решётку, он спры́гнул на шоссе́.

    Вой сире́ны. Скре́жет тормозо́в. Огро́мный транспара́нт освети́л ночно́е не́бо: «Внима́ние! Челове́к на доро́ге!» Исполи́нское изображе́ние лица́ с гне́вно сжа́тыми губа́ми стреми́тельно надвига́лось на одино́кую фигу́рку в комбинезо́не.

    — Неме́дленно наза́д!

    — Хорошо́.

    Тепе́рь, кро́ме фонаре́й, загора́вшихся при его́ приближе́нии, ка́ждые сто ме́тров вспы́хивали и га́сли фиоле́товые сигна́лы Слу́жбы наблюде́ния.

    У перекрёстка в решётке был прохо́д. Он нево́льно отпря́нул наза́д, когда́ пе́ред его́ лицо́м захло́пнулась две́рца.

    — Автомоби́ль зака́зан. Жди́те здесь.

    — Не ну́жно. Мне… не́куда е́хать.

    — Зака́з отменён. Вы́йдите из по́ля зре́ния фотоэлеме́нта.

    То́лько сейча́с он вспо́мнил, что два дня ничего́ не ел.

    petites-nouvelles-russes - logo robot

    Il se tenait debout devant le grillage qui le séparait de la voie rapide. Pressant la paume de sa main contre son visage, il respira l'odeur amère et piquante du parfum. Autour de lui, il y avait comme un petit îlot de lumière.

    De l’autre côté, le flot des voitures courait sur la chaussée, sombres et rapides. Longeant le grillage, il fit quelques pas. La tache de lumière qui le ceinturait le suivit. Il tenta de s’en éloigner, mais de nouveau le halo le rattrapa. Alors il se mit à courir. Le halo se déplaça avec lui. Il lui semblait que s'il pouvait atteindre l'obscurité, le délire qui l’assaillait et l’empêchait de dormir la nuit disparaîtrait de lui-même.

    Enjambant la grille, il sauta et se retrouva sur la bande d'arrêt d'urgence longeant la chaussée.

    Il y eut un hurlement de sirène, le crissement de freins. Un immense panneau illuminant la nuit annonça : « Attention ! Piéton sur la route ! ». Une gigantesque image, celle d'un visage aux lèvres serrées de colère, s'approcha rapidement de sa silhouette solitaire.

    - Faites immédiatement demi-tour !

    - Bien, bien…, répondit-il.

    Désormais, en plus des lampadaires qui s'allumaient à chacun de ses pas, les gyrophares violets du service de surveillance autoroutière clignotaient tous les cent mètres.

    A un croisement, dans le grillage, il trouva un passage. Il eut involontairement un mouvement de recul quand une portière claqua devant son visage.

    Véhicule réservé. Patientez un instant.

    - Ce n'est pas nécessaire. Je… je n’ai nulle part où aller...

    - Commande annulée. Veuillez vous éloigner du champ de ma cellule photo-électrique.

    C'est seulement alors qu’il se rappela qu'il n'avait rien mangé depuis deux jours.

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (02)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - L'homme amoureux
    L'homme amoureux d'une machine

    ­При́зраки - Les fantômes

    Второ́й эпизо́д - Episode deux

    [— Я вас люблю́!]

    — Я не поняла́, что вы лю́бите. Заказны́е блю́да — с семи́ часо́в утра́. Но́чью я вам могу́ предложи́ть то́лько то, что есть в програ́мме.

    — Я вас люблю́!

    Он шагну́л вперёд, но вме́сто бе́лой поло́ски шеи с кашта́новыми завитка́ми воло́с его́ гу́бы встре́тила пустота́, напоённая горькова́тым за́пахом духо́в.

    На пу́льте вспыхну́л кра́сный сигна́л. Методи́чно пощёлкивая, автома́т отсчи́тывал секу́нды.

    — Время́ истекло́! Повтори́те вы́зов че́рез пять мину́т.

    Изображе́ние исче́зло. Он ещё раз вдохну́л за́пах её духо́в и на́чал одева́ться.

    Он шёл ми́мо зда́ний с тёмными о́кнами по бесконе́чному пусты́нному тротуа́ру. Загора́ющиеся при его́ приближе́нии свети́льники сейча́с же га́сли, как то́лько он проходи́л ми́мо. Небольшо́е, я́рко освещённое простра́нство впереди́, и да́льше — таи́нственный полумра́к.

    Он подошёл к тёмной витри́не магази́на, вспы́хнувшей я́рким пятно́м, когда́ его́ фигу́ра пересекла́ инфракра́сный луч, па́дающий на фо́тоэлеме́нт.

    — Вам что-нибу́дь ну́жно?

    — Нет… то есть… вообще́ нужно́.

    — Заходи́те!

    Он подня́лся во второ́й эта́ж. Изображе́ние белоку́рой продавщи́цы приве́тливо ему́ улыбну́лось.

    — Вам ну́жен пода́рок?

    — Да.

    — Же́нщине?

    — Да.

    — Украше́ния ? Цветы́?

    — Нет. Духи́…

    — Каки́е духи́ она́ лю́бит?

    — Не зна́ю… Забы́л назва́ние.

    — Не беда́, найдём по катало́гу. Сади́тесь, пожа́луйста!

    Он никогда́ не подозрева́л, что на све́те существу́ет тако́е разнообра́зие за́пахов. И всё не те, что нужно.

    — Подобра́ли?

    — Нет.

    — Сейча́с я сменю́ плёнку.

    Опя́ть не то. От пря́ных арома́тов слегка́ кружи́тся голова́.

    — Вот э́ти.

    — У ва́шей да́мы отли́́чный вкус. Это фрагме́нты вступле́ния к двена́дцатой симфо́нии за́пахов. Оди́н флако́н?

    — Да.

    Ле́нта конве́йера вы́несла из мра́ка шкату́лку и останови́лась. Он откры́л про́бку и вы́лил на ладо́нь неско́лько ка́пель янта́рной жи́дкости.

    — Спаси́бо! До свида́ния!

    — Вы забы́ли взять флако́н.

    — Не ну́жно, я переду́мал.

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    - Je vous aime !...

    - Je n'ai pas compris ce que vous aimez. Les repas personnalisés ne sont servis qu’à partir de sept heures du matin. De nuit, je ne puis vous proposer que ce qui est au programme.

    - Je vous aime ! répéta-t-il.

    Il s'avança, mais au lieu de boucles de cheveux bruns sur une nuque blanche, ses lèvres ne rencontrèrent que le vide ; un vide où flottait la légère amertume d’un parfum.

    Une lumière rouge clignota sur la télécommande de l’appareil. La machine égraina méthodiquement les secondes.

    - Le temps imparti est écoulé ! Tentez une nouvelle connexion dans cinq minutes.

    L'image avait disparu. Il renifla une fois de plus la fragrance du parfum et commença à s'habiller.

    ***

    Il marchait, suivant des bâtiments aux fenêtres sombres, le long d’un interminable trottoir désert. Les lampes qui s'allumaient à son approche s'éteignaient aussitôt après son passage dessinant un petit halo de lumière qui s’ouvrait devant lui et qui, au-delà, se perdait dans une mystérieuse pénombre.

    Il fit quelques pas vers la vitrine obscure d’un magasin qui s'illumina vivement lorsque sa silhouette croisa le faisceau infrarouge de la cellule photoélectrique.

    - Désirez-vous quelque chose ?

    - Non... c'est-à-dire... enfin, oui...

    - Entrez, je vous en prie !

    Il monta au premier étage. L'image de la vendeuse blonde lui fit un sourire amical.

    - Est-ce pour un cadeau ?

    - Oui.

    - Pour une dame, je suppose ?

    - Oui, c’est ça.

    - Un bijou ? des fleurs ?

    - Non, plutôt un parfum…

    - Quel parfum aime-t-elle ?

    — Je ne sais pas… J'ai oublié le nom.

    - Ce n’est pas grave, on le trouvera dans le catalogue. Asseyez-vous, je vous en prie...

    Il ne soupçonnait pas qu'il y ait eu au monde une telle variété de senteurs. Pourtant il ne put retrouver le parfum qu’il cherchait.

    - Vous avez trouvé ?

    - Non.

    — Je vais vous proposer une autre gamme.

    Toujours pas le parfum qu’il recherchait. Tous ces arômes épicés lui donnaient le vertige.

    - Voilà : c’est celui-là !

    - Votre dame a un goût excellent. Il s’agit de ‘Fragments d’introduction à la douzième symphonie des senteurs’. Un flacon ?

    - Oui, s’il vous plaît.

    Sur un tapis roulant, une boîte sortit d’une obscure réserve et s'arrêta devant lui. Il ouvrit le bouchon et versa quelques gouttes ambrées dans sa paume.

    - Merci ! déclara-t-il, au revoir !

    — Attendez, vous oubliez votre flacon.

    - Non merci, j'ai changé d'avis...

  • Ilya Varchavsky – Les fantômes (01)

    Petites nouvelles russes - Ilya Varchavsky - Les fantômes
    Les fantômes

    Илья Варшавский - Ilya Varchavsky
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    При́зраки (1964) Les fantômes

    Enregistrements audio version française : Bruno et Roselyne Marmottant, Bernard Pollet.
    Version russe : Alexandre Dounine (Александр Дунин).

    Пе́рвый эпизо́д - Premier épisode

    Придя́ домо́й, он снял о́бувь, костю́м, бельё и бро́сил их в я́щик утилиза́тора.

    Э́та процеду́ра ка́ждый раз вызыва́ла у него́ неприя́тное чу́вство. Стра́нная привя́занность к веща́м. Осо́бенно жаль ему́ бы́ло расстава́ться с о́бувью. Он страда́л плоскосто́пием, и да́же ортопеди́ческие боти́нки станови́лись удо́бными то́лько к ве́черу, когда́ их ну́жно бы́ло выбра́сывать. Одна́ко пункт пе́рвый санита́рных пра́вил предпи́сывал ежедне́вную сме́ну оде́жды.

    Приня́в душ, он облачи́лся в све́жую пижа́му. Ста́рая, вме́сте с купа́льной простынёй, то́же отпра́вилась в утилиза́тор.

    Не́сколько мину́т он в нереши́тельности стоя́л перед устано́вкой иску́сственного кли́мата. Зате́м, поста́вив рычажо́к про́тив на́дписи «Бе́рег мо́ря», лёг в посте́ль.

    Ему́ смерте́льно хоте́лось спать, но он знал, что э́та ночь, как и предыду́щие, пройдёт без сна. Сто́ило ему́ закры́ть глаза́, как всё, что он пыта́лся подави́ть в себе́ днём, опя́ть овладева́ло его́ по́мыслами.

    Очеви́дно, он всё-таки усну́л, потому́ что когда́ сно́ва откры́л глаза́, стре́лка на светя́щемся цифербла́те пока́зывала три часа́.

    Бо́льше ждать он не мог. С тяжело́ бью́щимся се́рдцем он подошёл к пу́льту и нажа́л кно́пку вы́зова.

    Возни́кшее в фока́льном объёме изображе́ние де́вушки улыбну́лось ему,́ как ста́рому знако́мому.

    — Слу́шаю!

    — Оде́жду на сего́дня! — ска́зал он хри́плым го́лосом.

    — Микрокли́мат но́мер два́дцать шесть. Оде́жда во́семь и́ли двена́дцать.

    — Нельзя́ ли что́-нибудь поле́гче?

    — Рабо́чую оде́жду?

    — Да.

    — В кото́ром часу́ вы выхо́дите из до́ма?

    — Сейча́с.

    — Я вам дам комбинезо́н и сви́тер. На у́лице ещё прохла́дно. В де́сять часо́в смо́жете сви́тер бро́сить в ближа́йший утилиза́тор.

    — Хорошо́.

    Он откры́л две́рцу конте́йнера и взял паке́т с оде́ждой.

    — Что вы хоти́те на за́втрак?

    «Сейча́с, — поду́мал он, — и́менно сейча́с!».

    — Почему́ вы молчи́те?

    — Я вас люблю́.

    petites-nouvelles-russes - logo robot

    Arrivé à la maison, il enleva ses chaussures, ses vêtements et sous-vêtements et jeta le tout dans le broyeur.

    Cette procédure lui causait à chaque fois la sensation désagréable d’un bien étrange attachement aux choses. Il était surtout désolé de se séparer de ses chaussures. Il avait les pieds plats et même les chaussures orthopédiques ne lui devenaient confortables que le soir, lorsqu'il devait alors les jeter. Cependant, le premier paragraphe du règlement sanitaire prescrivait le changement quotidien de vêtements, chaussures comprises.

    Après avoir pris une douche, il enfila un pyjama neuf. L'ancien, ainsi que la serviette de bain, avaient pris le chemin de la déchetterie.

    Pendant plusieurs minutes, il hésita devant le boîtier de la climatisation. Puis, après avoir tourné le bouton sur "Brise de mer", il se mit au lit.

    Il mourait d'envie de dormir, mais il savait que cette nuit, comme les précédentes, se passerait sans sommeil. Dès qu'il fermerait les yeux, tout ce qu'il tentait de réprimer en lui durant la journée reprendrait possession de lui et de ses pensées.

    Manifestement, il s’était endormi, car lorsqu'il rouvrit les yeux, l'aiguille du cadran lumineux indiquait trois heures du matin.

    Il ne pouvait plus attendre. Le cœur battant, il se dirigea vers la console et appuya sur la touche d'appel.

    L'image d’une jeune fille apparut dans le foyer de l’écran 3D et lui sourit, comme à une vieille connaissance.

    - Je suis à votre écoute...

    - Préparez mes vêtements pour la journée ! dit-il d'une voix rauque.

    - Microclimat prévu : numéro vingt-six. Vêtements préconisés : huit ou douze.

    - N’avez-vous pas quelque chose de plus léger ?

    - Des vêtements de travail ?

    - Oui, c’est ça.

    - A quelle heure quitterez-vous la maison ?

    - Maintenant.

    - Je vous propose alors une salopette et un pull. Dehors, il fait encore frais. A dix heures, vous pourrez jeter le pull dans le broyeur le plus proche.

    - Bien.

    Il ouvrit le sas du conteneur et en sortit le paquet qui contenait ses nouveaux vêtements.

    - Que désirez-vous pour le petit-déjeuner ?

    « Maintenant, pensa-t-il, c’est maintenant ou jamais !... »

    - Pourquoi restez-vous silencieux ?

    - Je vous aime...

  • Ilya Varchavsky – Conflit (02)

    Petites nouvelles russes - Cybèle - robot peintre
    Le petit robot peintre

    Конфли́кт - Conflit

    Второ́й эпизо́д - Second épisode

    Через де́сять мину́т Лаф вошёл в ку́хню.

    — Чем вы за́няты, Кибе́лла?

    Кибе́лла не спеша́ вы́нула плёнку микрофи́льма из кассе́ты в висо́чной ча́сти че́репа.

    — Прораба́тываю фильм о флама́ндской жи́вописи. За́втра у меня́ выходно́й день, и я хочу́ навести́ть своего́ пото́мка. Воспита́тели говоря́т, что у него́ незауря́дные спосо́бности к рисова́нию. Бою́сь, что в интерна́те он не мо́жет получи́ть доста́точное худо́жественное образова́ние. Прихо́дится по выходны́м дням занима́ться э́тим само́й.

    — Что у вас сего́дня произошло́ с Ма́ртой?

    — Ничего́ осо́бенного. У́тром я убира́ла стол и случа́йно взгляну́ла на оди́н из листо́в её диссерта́ции. Мне бро́силось в глаза́, что в вы́воде фо́рмулы ко́да нуклеи́новых кисло́т есть две суще́ственные оши́бки. Бы́ло бы глу́по, е́сли бы я не сообщи́ла об э́том Ма́рте. Я ей про́сто хоте́ла помо́чь.

    — И что же?

    — Ма́рта распла́калась и сказа́ла, что она́ — живо́й челове́к, а не автома́т и что выслу́шивать постоя́нные поуче́ния от маши́ны ей так же проти́вно, как целова́ться с холоди́льником.

    — И вы, коне́чно, ей отве́тили?

    — Я сказа́ла, что е́сли бы она́ могл́а удовлетворя́ть свой инсти́нкт продолже́ния ро́да при по́мощи холоди́льника, то, наве́рное, не ви́дела бы ничего́ зазо́рного в том, чтобы целова́ться с ним.

    — Так, я́сно. Э́то вы всё-таки зря сказа́ли про инсти́нкт.

    — Я не име́ла в виду́ ничего́ плохо́го. Мне про́сто хоте́лось объясни́ть, что всё это о́чень относи́тельно.

    — Постара́йтесь быть с Ма́ртой поделика́тнее. Она́ о́чень не́рвная.

    — Слу́шаюсь, хозя́ин.

    Лаф помо́рщился и пошёл в спа́льню. Ма́рта спала́, уткну́в лицо́ в поду́шку. Во сне она́ всхли́пывала.

    Стара́ясь не разбуди́ть жену́, он на цы́почках отошёл от крова́ти и лёг на дива́н. У него́ бы́ло о́чень ме́рзко на душе́.

    А в э́то вре́мя на ку́хне друго́е существо́ ду́мало о том, что постоя́нное обще́ние с людьми́ стано́вится уже́ невыноси́мым, что нельзя́ же тре́бовать ве́чной благода́рности свои́м созда́телям от маши́н, ста́вших значи́тельно у́мнее челове́ка, и что е́сли бы не любо́вь к ма́ленькому кибернёнышу, кото́рому бу́дет о́чень одино́ко на све́те, она́ бы сейча́с с удово́льствием бро́силась вниз голово́й из окна́ двадца́того этажа́.

    Petites nouvelles russes - Cybèle - Robot bout'd'chou

    Dix minutes plus tard, Laf entra dans la cuisine.

    Que faites-vous donc, Cybèle ?

    Cybèle lentement retirait un microfilm du boîtier situé sur le lobe temporal de son crâne.

    J’étudie un film traitant de la peinture flamande. Demain, c’est mon jour de congé et je vais rendre visite à mon tout petit. Ses éducateurs disent qu'il a un don exceptionnel pour le dessin. Je crains que l'internat ne puisse lui offrir une éducation artistique suffisante. J’y pallie moi-même durant le week-end.

    - Que s’est-il passé avec Martha aujourd'hui ?

    - Rien de spécial. Ce matin, alors que je débarrassais la table, j'ai accidentellement jeté un coup d’œil sur un de ses brouillons de thèse et j'ai été frappée par le fait qu'il y avait deux erreurs importantes dans l’exposé de la formule du code de l’acide nucléique. Cela aurait été bête de ne pas le lui dire. Je voulais juste l'aider.

    - Et quoi ?

    - Elle a éclaté en sanglots et a dit qu'elle était une personne, un être vivant, et pas un automate, et qu'écouter les rodomontades constantes d’une machine était pour elle aussi répugnant que d'embrasser un réfrigérateur.

    - Et vous, bien sûr, vous lui avez répondu...

    -Je lui ai dit que si elle avait pu satisfaire son instinct de procréation avec un frigidaire, alors elle n’aurait probablement rien vu de honteux à l'embrasser.

    — Oui, c’est clair... C’était bien inutile de votre part de parler d’instinct.

    - Je ne voulais rien dire de mal. Je voulais juste lui expliquer que tout est très relatif.

    — Essayez à l’avenir d'être plus délicate avec Martha. Elle est très nerveuse en ce moment.

    - Bien, maître, j’obéirai.

    Laf fit une grimace et rejoignit la chambre. Martha dormait déjà, le visage enfoui dans l'oreiller. Il l’entendait sangloter dans son sommeil.

    Tentant de ne pas la réveiller, il s'éloigna du lit sur la pointe des pieds et s'allongea sur le canapé, le cœur terriblement maussade.

    Pendant ce temps, dans la cuisine, une autre créature se disait qu’être en contact constant avec les humains lui devenait insupportable ; que bien que ceux-ci fussent leurs créateurs, il était impossible qu’ils exigent une gratitude éternelle de la part de machines devenues depuis beaucoup plus intelligentes qu’eux ; et que, s'il n'y avait eu l’amour d'un petit cyber-bout-de-chou - qui risquerait de demeurer bien seul au monde sans elle -, en cet instant, elle se jetterait volontiers, tête la première, par la fenêtre du vingtième étage.

    Quand la réalité rattrape la science-fiction :

    Un robot humanoïde peint des portraits grâce à l'intelligence artificielle...

    Conçu en 2019, "Ai-Da" est considéré par ses créateurs comme le "premier artiste robot humanoïde ultra-réaliste au monde". Dans ses yeux, des lentilles de caméra prennent une photo du sujet lequel est ensuite stocké et utilisé comme référence pour la peinture qu'ensuite il/elle exécute...

    Ai-Da, le robot qui promet de faire concurrence à Léonard de Vinci (2019)

  • Ilya Varchavsky – Conflit (01)

    Petites nouvelles russes - Cybèle
    Cybèle

    Илья Варшавский - Ilya Varchavsky
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    Конфли́кт (1964) Conflit

    (Enregistrements audio version française : Bruno et Roselyne Marmottant
    Version russe : Oleg Lobanov (Олег Лобанов)  - voix féminines réalisée par Intelligence Artificielle)

    Стани́славу Ле́му в па́мять о на́шем спо́ре, кото́рый никогда́ не бу́дет решён.

    A Stanislav Lem*, en souvenir de notre différend qui ne sera jamais résolu.

    Пе́рвый эпизо́д - Premier épisode

    — Мы, ка́жется, пла́кали? Почему́? Что-нибу́дь случи́лось?

    Ма́рта сняла́ ру́ку му́жа со своего́ подборо́дка и ни́зко опусти́ла го́лову.

    — Ничего́ не случи́лось. Про́сто взгрустну́лось.

    — Э́рик?

    — При чём тут Э́рик? Идеа́льный ребёнок. Досто́йный плод маши́нного воспита́ния. Име́я таку́ю ня́ньку, Э́рик никогда́ не доста́вит огорче́ния свои́м роди́телям.

    — Он уже́ спит?

    — Слу́шает, как всегда́, перед сном ска́зки. Де́сять мину́т наза́д я там была́. Сиди́т в крова́ти с раскрасне́вшимся лицо́м и смо́трит влюблнёными глаза́ми на свою́ Кибе́ллу. Меня́ снача́ла и не заме́тил, а когда́ я подошла́, что́бы его́ поцелова́ть, замаха́л обе́ими ручо́нками: подожди́, мол, когда́ ко́нчится ска́зка. Коне́чно, мать — не электро́нная маши́на, мо́жет и подожда́ть.

    — А Кибе́лла?

    — Очарова́тельная, у́мная, бесстра́стная Кибе́лла, как всегда́, оказа́лась на высоте́: «Вы должны́, Э́рик, поцелова́ть на́ ночь свою́ мать, с кото́рой вы свя́заны кро́вными у́зами. Вспо́мните, что я вам расска́зывала про деле́ние хромосо́м».

    — За что ты так не лю́бишь Кибе́ллу?

    Из глаз Ма́рты покати́лись слёзы.

    — Я не могу́ бо́льше, Лаф, пойми́ э́то! Не могу́ постоя́нно ощуща́ть превосхо́дство э́той рассуди́тельной маши́ны. Не прохо́дит дня, что́бы она́ не дала́ мне почу́вствовать мою́ неполноце́нность по сравне́нию с ней. Сде́лай что-нибу́дь, умоля́ю тебя́! Заче́м э́тим прокля́тым маши́нам тако́й высо́кий интелле́кт?! Ра́зве без э́того они́ не смогли́ бы выполня́ть свою́ рабо́ту? Кому́ э́то ну́жно?

    — Так получа́ется само́ собо́й. Таковы́ зако́ны самоорганиза́ции. Тут уж всё идёт без на́шего уча́стия: и индивидуа́льные черты́, и, к сожале́нию, да́же гениа́льность. Хо́чешь, я попрошу́ замени́ть Кибе́ллу други́м автома́том?

    — Невозмо́жно. Э́рик в ней души́ не ча́ет. Лу́чше сде́лай с ней что-нибу́дь, что́бы она́ хоть чу́точку поглупе́ла. Пра́во, мне тогда́ бу́дет гора́здо ле́гче.

    — Э́то бы́ло бы преступле́нием. Ты ведь зна́ешь, что зако́н прира́внивает мы́слящих автома́тов к лю́дям.

    — Тогда́ хоть возде́йствуй на неё. Сего́дня она́ мне говори́ла ужа́сные ве́щи, а я да́же не могла́ сообрази́ть, что ей отве́тить. Я не могу́, не могу́ бо́льше терпе́ть э́то униже́ние!

    — Ти́ше, она́ идёт. Держи́ себя́ при ней в рука́х.

    — Здра́вствуйте, хозя́ин.

    — Почему́ вы так говори́те, Кибе́лла? Вам должно́ быть прекра́сно изве́стно, что обраще́ние «хозя́ин» отменено́ для маши́н высо́кого кла́сса.

    — Я ду́мала, что э́то бу́дет прия́тно Ма́рте. Она́ всегда́ с таки́м удово́льствием подчёркивает ра́зницу между́ венцо́м творе́ния приро́ды и маши́ной, со́зданной людьми́.

    Ма́рта прижа́ла плато́к к глаза́м и вы́бежала из ко́мнаты.

    — Я могу́ быть свобо́дна? — спроси́ла Кибе́лла.

    — Да, иди́те.

    petites-nouvelles-russes - logo robot

    - Allons bon ! voilà qu’on pleure ? Pourquoi ? Que s’est-il passé ?

    Martha retira la main de son mari posée sur son menton et baissa la tête.

    - Rien... Je suis un peu triste.

    - A cause d’Eric ?

    - Qu’est-ce qu’Eric a à voir ici ? Rien, c’est un enfant parfait. Le digne rejeton d’une éducation donnée par une machine. C’est vrai qu’avec une telle nounou, Eric ne décevra jamais ses parents…

    - Est-ce qu’il dort déjà ?

    - Il écoute comme toujours avant de s’endormir ses contes de fées. J'y suis passée il y a dix minutes. Il était assis dans son lit et de son visage poupon il regardait avec des yeux tendres sa Cybèle. Au début, il ne m'a même pas remarquée, mais quand je me suis approchée pour l'embrasser, il a agité ses deux petites mains comme pour dire : « attends qu’elle termine l’histoire. » Bien sûr, sa mère, elle, n'est pas une machine, elle, elle peut attendre….

    - Et Cybèle ?

    - Cybèle ? comme toujours : charmante, intelligente, impassible, au top quoi ! : « Eric, vous devez embrasser votre maman le soir. N’oubliez pas que vous êtes liés par les liens du sang. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit à propos de la division des chromosomes... »

    - Pourquoi détestes-tu autant Cybèle ? 

    Des larmes montèrent aux yeux de Martha.

    - Je n'en peux plus, Laf, est-ce que tu peux comprendre ça ! Je ne supporte plus de constamment sentir la supériorité de cette machine si judicieuse. Pas un jour ne passe sans qu'elle ne me fasse sentir mon infériorité. Fais quelque chose, je t’en supplie ! Pourquoi ces maudits automates ont-ils besoin d’avoir une intelligence aussi développée ? ! Ne pourraient-ils pas s’acquitter de leur travail sans cela ? A qui cela sert-il ?

    - C’est un processus naturel : les lois de l'auto-organisation. Cela ne dépend pas de nous : que ce soit pour les traits de chaque individu et, même malheureusement, en ce qui concerne le génie. Veux-tu que je demande qu’on nous remplace Cybèle par un autre modèle ?

    - Impossible. Eric n'a d'âme que pour elle. Tu ferais mieux de faire quelque chose pour la rendre un petit peu plus idiote. Ce serait beaucoup plus facile pour moi !

    - Ce serait là un grave délit. Tu sais bien que la loi assimile les automates pensants à des personnes.

    - Alors, au moins, influence-la. Aujourd'hui, elle m'a dit des choses terribles et je ne savais même pas quoi lui répondre. Je n’en peux plus, je ne peux plus supporter ces humiliations !

    - ...Chut, elle arrive. Reprends-toi !

    - Bonjour maître…

    - Pourquoi dites-vous cela, Cybèle ? Vous savez pourtant que le qualificatif de "maître" a été aboli pour les robots haut de gamme.

    - J'ai pensé que vous appeler ainsi ferait plaisir à Martha. Toujours, elle se plaît à souligner la différence qu’il y a entre les humains, couronnement de la Nature, purs joyaux de l’évolution, et les machines qu’ils ont créées…

    Marta pressa son mouchoir sur ses yeux et sortit de la pièce, presque en s’enfuyant.

    Puis-je disposer ? interrogea Cybèle.

    - Oui, vous pouvez y aller.

    * Stanislas Lem (en polonais : Stanisław Lem) (1921- 1966) fut un philosophe, futurologue et écrivain de science-fiction polonais qui, entre autre, dès le début des années 60 anticipa la création de la réalité virtuelle et de l'intelligence artificielle. Pour en savoir plus : Stanislas Lem, sa biographie.
  • Ilya Varchavsky – Robi (07)

    Petites nouvelles russes - Robi - Robi joue aux échecs
    Robi joue aux échecs

    Ро́би - Robi

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    Седьмо́й эпизо́д - Episode sept

    Три неде́ли я прожи́л у своего́ прия́теля и верну́́лся домо́й то́лько по́сле прие́зда жены́.

    К тому́ вре́мени у меня́́ уже́ немно́го отросли́ во́лосы.

    ...Сейча́с Ро́би по́лностью осво́ился в н́ашей кварти́ре. Все вечера́ он торчи́т перед телеви́зором. Остально́е вре́мя он самовлюблённо копа́ется в сво́ей схе́ме, гро́мко насви́стывая при э́том како́й-то моти́вчик. К сожале́нию, констру́ктор не снабди́л его́ музыка́льным слу́хом.

    Бою́сь, что стремле́ние к са́моусове́ршенствованию принима́ет у Ро́би уро́дливые фо́рмы. Рабо́ты по хозя́йству он выполня́ет о́чень неохо́тно и кра́йне небре́жно. Ко всему́, что не име́ет отноше́ния к его́ осо́бе, он отно́сится с я́вным пренебреже́нием и разгова́ривает со все́ми покрови́тельственным то́ном.

    Жена́ пыта́лась приспосо́бить его́ для перево́дов с иностра́нных языко́в. Он с удиви́тельной лёгко́стью зазубри́л фра́нко-ру́сский слова́рь и тепе́рь с упое́нием поглоща́ет у́йму бульва́рной литерату́ры. Когда́ его́ про́сят перевести́ прочи́танное, он небре́жно отвеча́ет:

    - Ничего́ интере́сного. Прочтёте са́ми.

    Я вы́учил его́ игра́ть в ша́хматы. Внача́ле всё шло гла́дко, но пото́м, по-ви́димому, логи́ческий ана́лиз показа́л ему́, что нече́стная игра́ явля́ется наибо́лее ве́рным спо́собом вы́игрыша.

    Он по́льзуется ка́ждым удо́бным слу́чаем, что́бы незаме́тно переста́вить мои́ фигу́ры на доске́.

    Одна́жды в середи́не па́ртии я обнару́жил, что мой коро́ль исче́з.

    - Куда́ вы де́ли моего́ короля́, Ро́би?

    - На тре́тьем ходу́ вы получи́ли мат, и я его́ снял, - наха́льно заяви́л он.

    - Но э́то теорети́чески невозмо́жно. В тече́ние пе́рвых трёх ходо́в нельзя́ дать мат. Поста́вьте моего́ короля́ на ме́сто.

    - Вам ещё ну́жно поучи́ться игра́ть, - сказа́л он, сма́хивая фигу́ры с доски́.

    В после́днее вре́мя у него́ появи́лся интере́с к стиха́м. К сожале́нию, интере́с э́тот односторо́нний. Он гото́в часа́ми изуча́ть кла́ссиков, чтобы́ отыска́ть плоху́ю ри́фму и́ли непра́вильный оборо́т ре́чи. Е́сли э́то ему́ уда́ётся, то вся кварти́ра содрога́ется от оглуши́тельного хо́хота́́.

    Хара́ктер его́ по́ртится с ка́ждым днём.

    То́лько элемента́рная поря́дочность уде́рживает меня́ от того́, чтобы́ подари́ть его́ кому́-нибу́дь.

    Кро́ме того́, мне не хо́чется огорча́ть тёщу. Они́ с Ро́би чу́вствуют глубо́кую симпа́тию друг к дру́гу.

    Petites nouvelles russes - Robby the Robot
    Forbidden Planet (1956) - Robby the Robot

    Pendant trois semaines, je vécus chez un ami, n’osant rentrer qu'après le retour de ma femme.

    À ce moment-là, mes cheveux avaient déjà un peu repoussé.

    ...Maintenant, Robi a complètement pris ses aises dans notre appartement. Tous les soirs, il s’installe devant la télé. Le reste du temps, il reste plongé, narcissiquement, dans ses circuits et durant toute la sainte journée il siffle, bruyamment, une petite mélodie. Malheureusement, son concepteur ne lui a pas donné l'oreille musicale.

    J'ai peur que son désir d’auto-perfectionnement ne prenne un très mauvais tour : il effectue les tâches ménagères avec beaucoup de réticence et avec une extrême négligence. Il considère avec un dédain évident tout ce qui ne touche pas à sa propre personne, et parle à tout le monde avec condescendance.

    Petites nouvelles russes - Robi - Robi s'adonne à la lecture
    Robi s'adonne à la lecture

    Ma femme a essayé de l’initier aux langues étrangères. Il a mémorisé le dictionnaire français-russe avec une facilité surprenante et absorbe désormais avec ravissement la littérature de boulevard. Lorsqu'on lui demande de traduire ce qu'il a lu, il répond nonchalamment :

    - Rien d'intéressant. Vous n’avez qu’à le lire vous-même.

    Je lui ai appris à jouer aux échecs. Au début, tout s'est bien passé, mais ensuite, apparemment, une analyse logique lui a démontré que tricher était le plus sûr moyen de gagner.

    Il profite de chaque occasion pour déplacer discrètement mes pièces sur l'échiquier.

    Ainsi, un jour, au milieu d’une partie, je découvris que mon roi avait disparu.

    - Où avez-vous mis mon roi, Robi ?

    - Au troisième coup, vous étiez échec et mat, et je l'ai pris, me répondit-il avec impudence.

    - Mais c'est théoriquement impossible. Pendant les trois premiers coups, le mat est impossible aux échecs. Remettez mon roi immédiatement à sa place !

    - Encore faut-il que vous appreniez à jouer ! déclara-t-il en renversant d’un geste toutes les pièces de l’échiquier.

    Récemment, il a développé un intérêt pour la poésie. Malheureusement, cet intérêt est mal dirigé. Il est prêt à passer des heures à étudier les grands classiques uniquement pour trouver une mauvaise rime ou une tournure bancale. S'il réussit, alors tout l'appartement tremble de son rire assourdissant.

    Son caractère se détériore chaque jour.

    Seule la décence élémentaire m'empêche de l’offrir en cadeau à quelqu'un.

    De plus, je ne veux pas contrarier ma belle-mère. Robi et elle ressentent une profonde sympathie l'un pour l'autre.

    Robi n'est pas le premier robot de science-fiction a s'appeler ainsi. En 1956, Fred M. Wilcox réalise 'Planète interdite' (Forbidden Planet) où apparaît Robby the Robot. Peut-être un clin d'œil d'Ilya Varchavsky à ce film-culte américain ?

    Quand la réalité rattrape la fiction :

    Walker est un robot de service humanoïde intelligent d'UBTECH Robotics©. La mission d'UBTECH est d'introduire des robots intelligents dans chaque foyer pour rendre la vie quotidienne plus intelligente et plus pratique. Ainsi, pour un prix encore non précisé, Walker saura devenir un membre indispensable de votre foyer...

    Walker: Intelligent Humanoid Service Robot (2019)