• Valse de guerre – La valse d’avant-guerre

    La valse d’avant-guerre

    Довоенный вальс

    ­
    (1984)


    Paroles de Félix Laoubé - Musique de Pavel Aédonitski

    Слова: Феликс Лаубе - Музыка: Павел Аедоницкий

    Demain, il y eut la guerre...

    Voici une valse 'heureuse', une 'valse-musette', qui évoque la période d'avant-guerre, le jour, la soirée d'avant le début de la Grande guerre patriotique, le 22 juin 1941 et l’offensive allemande. Sa musique rappelle, par sa légèreté, l'insouciance d'un début d'été, l'insouciance d'un temps qui ne tardera pas à être anéanti : se doutait-on que demain il y aurait la guerre, que demain il y eut la guerre...

    Мирное небо над крепостью Бреста,
    В тесной квартире счастливые лица.
    Вальс. Политрук приглашает невесту,
    Новенький кубик блестит на петлице.

    А за окном, за окном красота новолунья,
    Шепчутся с Бугом плакучие ивы.
    Год сорок первый, начало июня.
    Все ещё живы, все ещё живы,
    Все ещё живы, все, все, все.

    Смотрит на Невском с афиши Утёсов,
    В кинотеатрах идёт "Волга, Волга".
    Снова Кронштадт провожает матросов:
    Будет учебным поход их недолго.

    А за кормой, за кормой белой ночи раздумье,
    Кружатся чайки над Финским заливом.
    Год сорок первый, начало июня.
    Все ещё живы, все ещё живы,
    Все ещё живы, все, все, все.

    Мимо фасада Большого театра
    Мчатся на отдых, трезвоня, трамваи.
    В классах десятых экзамены завтра,
    Вечный огонь у Кремля не пылает.

    Всё впереди, всё пока, всё пока накануне…
    Двадцать рассветов осталось счастливых…
    Год сорок первый, начало июня.
    Все ещё живы, все ещё живы,
    Все ещё живы, все, все, все.

    Вальс довоенный напомнил о многом,
    Вальс воскресил дорогие нам лица,
    С кем нас свела фронтовая дорога,
    С кем навсегда нам пришлось разлучиться.

    Годы прошли и опять за окном тихий вечер.
    Смотрят с портретов друзья молчаливо.
    В памяти нашей сегодня и вечно
    Все они живы, все они живы,
    Все они живы, все, все, все!

    Le ciel est paisible sur la forteresse de Brest¹,
    Dans un appartement exigu, des visages heureux.
    Valse... L'instructeur politique invite sa fiancée,
    Un nouvel insigne² brille au revers de son col.

    Et à l'extérieur, par la fenêtre, rayonne la beauté de la nouvelle lune,
    Les saules pleureurs chuchotent sur les berges du Boug³.
    En ce début juin 1941...
    Tous sont encore vivants, tous, tous, tous.

    On voit sur la Perspective Nevsky les affiches d'Outiossov4.
    Dans les cinémas on joue "Volga, Volga"5.
    De nouveau, Kronstadt6 accueille les marins :
    Leur exercice en mer ne durera pas longtemps.

    Et derrière la poupe des navires le songe d’une nuit blanche,
    Des mouettes survolent le golfe de Finlande.
    En ce début juin 1941,
    Tous sont encore vivants, encore vivants,
    Tous sont encore vivants, tous, tous, tous.

    Passant devant la façade du Bolchoï on entend
    La sonnerie des tramways pressés de rentrer au dépôt.
    Demain, ce seront les examens des terminales,
    La flamme éternelle au pied du Kremlin ne brûle pas encore7.

    Demain, tout basculera, à présent c’est encore la veille...
    Vingt levers de soleil8 qui sont restés heureux...
    1941, début juin...
    Tous sont encore vivants, encore vivants,
    Tous sont encore vivants, tous, tous, tous.

    La valse d'avant-guerre nous rappelle tant de choses,
    Cette valse ressuscite les visages de ceux que nous aimions,
    De ceux que nous avons perdus pour toujours,
    De ceux que nous avons trouvés sur les chemins de guerre.

    Les années ont passé et derrière la fenêtre,
    A nouveau, une nouvelle soirée paisible.
    Les amis regardent silencieusement des photos.
    Dans notre mémoire, aujourd'hui et pour toujours,
    Ils sont tous vivants, encore vivants
    Ils sont tous vivants, tous, tous...
    Dans notre mémoire, aujourd'hui et pour toujours,
    IIls sont tous vivants, tous vivants
    Ils sont tous vivants, tous, tous !

    1- Il s'agit ici de la ville russe de Brest-Litovsk (en biélorusse : Брэст ; en russe : Брест), ville aujourd'hui située dans l'actuelle Biélorussie. Rattachée à la Pologne après la Première guerre mondiale, la ville tombe sous le giron de l'URSS en septembre 1939, à l'issue de l’invasion de la Pologne orientale par les troupes soviétiques, suite aux accords secrets du pacte germano-soviétique signant le démantèlement et le partage de la Pologne entre les deux puissances.

    Moins de deux ans plus tard, le 22 juin 1941, l'armée allemande attaque Brest (Litovsk) par surprise, le premier jour, durant les premières minutes de l'opération Barbarossa. La forteresse qui la gardait est détruite, les survivants forcés de se rendre au bout d'une semaine. Leur courage devint un symbole de la résistance soviétique.

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Кубик2- Rivière qui traverse la ville de Brest (Litovsk).

    3- Le terme russe ici employé est 'Кубик' (le cube) qui désignait familièrement l'insigne de l'état-major et du commandement de l' Armée rouge entre 1935-1942. Insigne que les officiers portaient au revers de leur col et qui se présentait sous la forme d'un carré d'un centimètre de côté.

    4- Leonid Outiossov (Леонид Утёсов) - 1895-1982 -, célèbre artiste soviétique qui, entre autre, popularisa le jazz en URSS avant-guerre.
    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Волга-Волга

    5- 'Volga,Volga' (Волга-Волга) est un film soviétique de Grigori Aleksandrov, (Григорий Васильевич Александров) du genre comédie musicale, sorti sur les écrans au printemps 1938. C'était, dit-on, en cette période le film préféré de Staline. (Visionner 'Volga, Volga' dans sa version colorisée en 2010).
    6- Importante base navale russe, située sur le golfe de Finlande à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, célèbre pour le soulèvement de ses marins en 1921, durant la guerre civile, et par sa répression par le pouvoir bolchevique sous les ordres de Léon Trotsky.
    7- Le mémorial de la tombe du soldat inconnu (Могила Неизвестного Солдата) où brûle cette flamme au pied du Kremlin ne sera inauguré qu'en 1967...
    8 - L'auteur parle sûrement ici des vingt levers de soleil en ce mois de juin 1941 qui précédèrent le début de la guerre.

    Voici une seconde version, sur des images du film ‘Espion’ (Шпион) - visionner -, réalisé en 2012 par Alexeï Andrianov (Алексей Андрианов). (nb. L’ordre des couplets du texte initial a été modifié).

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Завтра была война

    ‘Demain il y eut la guerre’ (Завтра была война) - 1984

    En 1987 Youri Kara (Юрий Кара) réalise le film ‘Demain il y eut la guerre’ (Завтра была война), adapté de la nouvelle éponyme de Boris Vassiliev (Борис Васильев). Celle-ci, écrite en 1972, ne fut publiée qu’au début des années 80, quand la censure se fit, en Union soviétique, moins sévère. Telles des mémoires d'outre-tombe, l’intrigue raconte les souvenirs de l’auteur, alors âgé de 16 ans, et de ses camarades de classe, à la veille de la Grande guerre patriotique (1941-1945) et le sort que leur réserva la guerre - et, pour celles et ceux qui survécurent, ses lendemains...

  • Valse de guerre – La valse de la séparation

    La valse de la séparation

    Вальс расставания

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    (Vieille petite valse - Старый вальсок)

    ­
    1965


    Auteur : Constantin Vanchenki (Константин Ваншенки)

    Compositeur : Yann Frenkel (Ян Френкель)

    Comme un air de ‘vieille’ valse...

    Слышишь, тревожные дуют ветра?
    Нам расставаться настала пора.
    Кружится, кружится пёстрый лесок,
    Кружится, кружится старый вальсок,
    Старый, забытый,
    Старый, забытый вальсок.

    Ты, совершая положенный путь,
    В дальнем краю это всё не забудь —
    Эту реку и прибрежный песок,
    Этот негромко звучащий вальсок,
    Этот негромкий,
    Этот негромкий вальсок.

    Мы расстаёмся, чтоб встретиться вновь,
    Ведь остаётся навеки любовь.
    Кружится первый осенний листок,
    Кружится в памяти старый вальсок,
    Юности нашей,
    Юности нашей вальсок.

    Волосы ветром сдувает со лба.
    Музыка эта - как наша судьба.
    Снегом слегка обжигает висок,
    Кружится в сердце тот старый вальсок,
    В сердце тот старый,
    В сердце тот старый вальсок.

    Слышишь, тревожные дуют ветра?
    Нам расставаться настала пора.
    Кружится, кружится пёстрый лесок,
    Кружится, кружится старый вальсок,
    Старый, забытый,
    Старый, забытый вальсок.

    Entendez-vous le souffle inquiétant du vent ?
    Le moment est venu de nous séparer.
    La forêt danse et valse.
    La vieille valse tourne, tourne
    Ancienne, comme oubliée,
    Une vieille petite valse oubliée.

    Toi, sur la route déjà tracée,
    Vers quelque pays lointain, n'oublie pas tout cela :
    Cette rivière, le sable du rivage,
    Еt cette valse à la sonorité si douce,
    Cette douce,
    Cette douce petite valse.

    Nous nous séparons mais nous nous reverrons à nouveau,
    Puisque l'amour dure toujours.
    La première feuille d'automne tourbillonne,
    Et dans ma mémoire danse et tourne la vieille valse,
    La valse de notre jeunesse,

    ­
    Le vent soulève les cheveux.
    Cette musique est comme notre destin.
    Nos cheveux, comme la neige, blanchissent nos tempes.
    Cette vieille valse tourne dans mon cœur.
    Dans mon cœur, il y a cette ancienne,
    Cette vieille petite valse.

    Entendez-vous le souffle inquiétant du vent ?
    Le moment est venu de nous séparer.
    La forêt danse et valse.
    La vieille valse tourne, tourne
    Ancienne, comme oubliée,
    Une vieille petite valse oubliée.

    Par son apparente simplicité, cette ritournelle, qui sonne comme une valse ancienne, évoque les prochaines ruptures : celles d'un temps qui s’achève, quand bientôt les amoureux se sépareront...

    Cette valse n’est pas une ‘valse de guerre’ mais...

    Je me suis autorisé à l’intégrer ici, parmi de ‘véritables’ romances de guerre, car elle me semble parfaitement refléter, par sa musique et ses paroles, les sentiments que devaient ressentir les Russes/Soviétiques à la veille de la Grande guerre patriotique (1941-1945).

    Elle a été créée en 1965 pour le film ‘Femmes’ (Женщины) réalisé en 1966 par Pavel Lioubimov (Павел Любимов) qui raconte trois générations de femmes - ouvrières d'une usine de meubles -, leur amour, leurs joies, leurs peines. (Visionner sur Youtube).

  • Valse de guerre – La valse de Sébastopol

    La valse de Sébastopol

    Севастопольский вальс­

    1955


    Paroles de Constantin Listov  - Musique de Géorgui Roubliov

    Автор: Константин Листов - Композитор: Георгий Рублёв

    Une valse d’opérette...

    Тихо плещет волна,
    Ярко светит луна;
    Мы вдоль берега моря идём
    И поём, и поём,
    И шумит над головой
    Сад осеннею листвой.

    Припев:

    Севастопольский вальс,
    Золотые деньки;
    Мне светили в пути не раз
    Ваших глаз огоньки.
    Севастопольский вальс
    Помнят все моряки.
    Разве можно забыть мне вас,
    Золотые деньки!

    На Малахов курган
    Опустился туман.
    В эту ночь вы на пристань пришли
    Проводить корабли.
    И с тех пор в краю любом
    Вспоминал я милый дом.

    Припев.

    Мы вернулись домой
    В Севастополь родной.
    Вновь, как прежде, каштаны в цвету,
    И опять я вас жду...
    Вдоль бульваров мы идём
    И, как в юности, поём.

    Припев.

    Une vague tranquillement vient lécher le rivage
    Au clair de lune ;
    Nous marchons le long du bord de mer
    Et nous chantons, nous chantons,
    Et аu-dessus de nos têtes bruisse
    le feuillage au jardin d'automne.

    Refrain :

    La valse de Sébastopol,
    Aux jours heureux ;
    Vos yeux flamboyants, plus d’une fois
    M’ont ébloui sur le chemin.
    Valse de Sébastopol,
    Celle dont tous les marins se souviennent.
    Comment pourrais-je vous oublier,
    O jours heureux !

    Le brouillard a recouvert
    Le tertre de Malakhov*
    Cette nuit, sur la jetée,
    Vous êtes passée saluer les bateaux en partance.
    Et depuis lors tous les coins du monde
    Me rappellent ma chère maison.

    Refrain.

    Nous sommes de retour à la maison
    A Sébastopol, notre ville si chère.
    A nouveau, comme avant, les châtaigniers sont en fleurs,
    Et à nouveau je vous attends...
    Le long des boulevards nous nous promenons
    Et, comme au temps de notre jeunesse, nous chantons.

    Refrain.

    * Le ‘Tertre Malakoff’ (Малахов курган) est l’endroit le plus élevé de Sébastopol qui offre un point de vue sur l’ensemble de la baie. Cette hauteur fut, lors de la Guerre de Crimée (1854—1855), face aux troupes franco-anglaises et ottomanes, et durant la Seconde guerre mondiale face à l’agresseur nazi, une place stratégique de défense de la ville. C’est aujourd’hui à la fois un lieu de promenade et de mémoire. Lire en russe : Le Tertre Malakoff.

    Quelques mots sur cette valse...

    Bien que composée bien après les vieilles valses de la fin du XIX°- début du XX°, cette valse a quelque chose de suranné.

    La Valse de Sébastopol fut écrite en 1955 par le compositeur Constantin Listov (Константин Листов) et le poète Auteur Géorgui Roubliov (Георгий Рублёв). Elle fut créée et chantée dans cette ville de Crimée, port de la Flotte soviétique/russe en mer Noire pour le 10e anniversaire du Jour de la Victoire de la Seconde guerre mondiale et le centenaire de la Première Défense de Sébastopol face aux armées coalisées franco-anglaises et ottomanes.

    En 1961, Konstantin Listov créa l'opérette du même nom, dont le leitmotiv sera la mélodie de cette valse.

    La chanson est devenue populaire et certains la célèbrent parfois comme l'hymne officieux de Crimée. En ces temps troublés dans cette partie de l’Europe, l’écho de cette valse d’opérette résonne-t-elle comme une valse d’après-guerre ? ou, comme une prémonition, d’avant-guerre ?

  • Valse de guerre – Les vagues…

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Danube - les Portes de fer
    Le Danube près des Portes de fer en Roumanie

    Les vagues du Danube - Дунайские волны

    ­
    Titre original :

    Valurile Dunării (en roumain), Дунавски валови (en serbe)


    Compositeur : Iosif/Ion Ivanovici (1880)

    Auteur des paroles en russe : Ievgueni Dolmatovski (Евгений Долматовский) (1948)

    Une valse pas tout à fait russe… !

    A l’origine, partition seulement musicale, par la suite plusieurs paroliers russes ont ajouté leur vers. La version que nous vous présentons évoque ici, bien entendu, la guerre et ses soldats. Elle a été écrite par le poète russe Ievgueni Dolmatovski (Евгений Долматовский) après la Seconde guerre mondiale. Elle évoque la 'libération' par les troupes soviétiques des pays parcourus par le grand fleuve...

    Видел, друзья, я Дунай голубой,
    Занесён был сюда я солдатской судьбой.
    Я не слыхал этот вальс при луне,-
    Там нас ветер качал на Дунайской волне.

    Видел отважных советских ребят,
    Славных друзей и хороших солдат.
    Тех, что на Волге сраженье вели
    И на Дунай пришли.

    Девушки нежно смотрели им вслед,
    Шли они дальше дорогой побед
    И отражением Волжской волны
    Были глаза полны.

    Нынче друзья собрались за столом,
    О знакомых местах, о Дунае споем.
    В жарких боях защитив этот край,
    Мы свободу твою отстояли, Дунай!

    J'ai vu, mes amis, le Danube bleu,
    J’ai été amené jusque là par le sort du soldat.
    Je n'ai pas entendu cette valse au clair de lune, -
    Là, le vent nous a bercés sur les vagues du Danube.

    J'ai vu de braves garçons soviétiques
    De bons amis et de bons soldats.
    Ceux qui ont combattu sur la Volga
    Et qui ont atteint le Danube.

    Les filles les regardaient avec tendresse,
    Ils sont allés toujours plus loin sur la route des victoires,
    Leurs yeux reflétant les flots de la Volga.
    .
    Aujourd'hui mes amis, réunis autour d’une table,
    Nous chanterons ces lieux qui nous sont familiers,
    Nous chanterons le Danube.
    Après avoir défendu cette terre dans d’âpres batailles,
    Au combat, nous avons sauvé ta liberté, ô Danube !

    "Au combat, nous avons sauvé ta liberté, ô Danube !"...

    Cette valse fut composée en 1880 par Iosif/Ion Ivanovici, Roumain d’origine serbe, qui occupait à l’époque le poste de chef d'orchestre de la fanfare du 6e régiment d'infanterie roumaine de Galati en Roumanie, aux portes du delta du Danube. La valse devint dans les années qui suivirent internationalement célèbre.

    En Russie, cette valse a toujours été très populaire, et même pendant longtemps, elle fut considérée comme une ancienne valse russe, publiée comme telle dans les éditions musicales. (Ah ! ces Russes qui allègrement font fi des droits d’auteur !)

    En 1886, Iosif/Ion Ivanovici (Ион Иванович) visite la Russie tsariste, Moscou et Saint-Pétersbourg. C'est là qu’il se rendit compte combien sa valse était jouée dans l’Empire du Tsar Alexandre III. En souvenir de son séjour dans ce pays, Ivanovici composa de nouvelles valses : "Souvenirs de Moscou", "Un Rêve sur la Volga" et "Au bord de la Neva".

    Source (en russe) : la création de la valse'.

    ***

    Voici une autre valse évoquant un autre grand fleuve, celui-ci s'écoulant plus à l'est, en Extrême-orient russe...

    Les vagues de l’Amour – Амурские волны

     

    Compositeur : Max Kuss (Макс Авелевич Кюсс)
    1909 - peut-être auparavant ?

    Auteurs : Constantin Vasiliev et Sérafim Popov (Константин Васильев и Серафим Попов)
    (1944 ? Premier enregistrement 1952)

    Плавно Амур свои волны несёт,
    Ветер сибирский им песни поёт.
    Тихо шумит над Амуром тайга,
    Ходит пенная волна
    Пенная волна плещет,
    Величава и вольна.

    Там, где багряное солнце встаёт,
    Песню матрос об Амуре поёт.
    Песня летит над широкой рекой,
    Льётся песня широко
    Песня широко льётся,
    И несётся далеко.

    Красоты и силы полны,
    Хороши Амура волны.
    Серебрятся волны
    Серебрятся волны,
    Славой Родины горды.
    Плещут, плещут, силы полны,
    И стремятся к морю волны.
    Серебрятся волны
    Серебрятся волны,
    Славой русскою горды.

    Красива Амура волна,
    И вольностью дышит она.
    Знает волна —
    Стерегут её покой.
    Спокойны реки берега,
    Шумит золотая тайга.
    Дышит волна
    Её чудной красотой.

    Величав Амур седой,
    Мы храним его покой.
    Корабли вперёд плывут,
    Волны бегут и бегут:
    Ты шуми, Амур родной.
    Ты шуми седой волной,
    В грозном беге прославляй
    Наш советский вольный край.

    Плавно Амур свои волны несёт,
    Ветер сибирский им песни поёт.
    Тихо шумит над Амуром тайга,
    Ходит пенная волна
    Пенная волна плещет,
    Величава и вольна.

    Doucement le fleuve Amour porte ses vagues au loin,
    Le vent de Sibérie leur chante des chansons.
    La taïga bruisse tranquillement sur l'Amour,
    Dont les flots écumants
    S’en vont, éclaboussant,
    Majestueux et libres.

    Là où le soleil rougeoyant se lève,
    Sur l’Amour le matelot chante une chanson.
    Son chant s'envole au-dessus du large fleuve,
    Son chant s'écoule vers le large,
    Vers le large il s'écoule,
    Emporté au loin.

    Emplies de beauté et de force,
    Sont les vagues de l’Amour, si généreuses.
    Ses vagues sont d'argent,
    Argentés sont ses flots,
    Fiers de porter la gloire de la Patrie.
    Ils jaillissent et éclatent, pleins de force,
    S'élançant vers la mer.
    Ses flots sont d'argent,
    Argentées sont ses vagues,
    Fières de porter la gloire de la Russie.

    Belle vague du fleuve Amour,
    Qui respire en toute liberté,
    Vague qui connaît bien
    Ceux qui veillent sur elle.
    Les rives du fleuve sont tranquilles,
    La taïga dorée bruisse.
    Et les vagues respirent
    De leur merveilleuse beauté.

    Nous protégeons le fleuve Amour,
    Aux vagues grises, si majestueux.
    Les bateaux s’avancent,
    Les vagues courent et courent :
    Résonne, notre cher Amour !
    Sois bruyant avec tes vagues grises,
    Dans leur course formidable
    Glorifie notre libre terre soviétique !

    Doucement le fleuve Amour porte ses vagues au loin,
    Le vent de Sibérie leur chante des chansons.
    La taïga bruisse tranquillement le long du fleuve Amour
    Dont les flots écumants
    S’en vont, éclaboussant,
    Majestueux et libres.

    Petites nouvelles russes - Les voiles écarlates - Grine - Un grand coeur d'amour

    Valse de guerre ou… valse d’amour ?

    Dans nos oreilles françaises, ce nom : ‘Amour’ signifie avant tout… amour (‘любовь’ en russe). Pour les Russes, il évoque d’abord le long fleuve de plus de 4 300 kilomètres qui marque aujourd'hui la frontière entre la Russie et la Chine*.

    J’émets ici la supposition que pour certains Russophones le mot ‘Amour’ (Амур) évoque peut-être aussi le mot français et sa connotation romantique. C’est ainsi, de mon côté, que je l’ai tout d’abord perçu. Amour et Guerre ne font-ils pas souvent bon ménage ? En Mésopotamie Ishtar était à la fois déesse de l’un et de l’autre, et dans la mythologie grecque et romaine Aphrodite / Vénus, déesse de l'amour, femme infidèle d'Héphaïstos / Vulcain, le dieu forgeron, difforme et boiteux, ne fut-elle pas l'amante éphémère de Mars / Arès, le dieu de la guerre ?

    * Le nom du fleuve Amour (Амур) proviendrait d'un terme autochtone signifiant ‘grande rivière’ (ou bien ‘boueux’, ce qui est moins romantique...)

    Brève histoire de la valse…

    La partition musicale fut composée en 1909 (peut-être auparavant à la veille de la guerre russo-japonaise de 1904-1905) par Max Kuss (Макс Авелевич Кюсс), chef de l’orchestre militaire du 11e régiment de Sibérie orientale, stationné alors à Vladivostok.

    Titrée d’abord 'La baie d’amour du fleuve Amour' (Амурский залив любви), elle devint populaire dans la première partie du XX° siècle sous sa forme instrumentale puis fut oubliée. Elle connaîtra une seconde jeunesse, devant en quelque sorte ‘l’hymne’ de l’Extrême-orient soviétique, lorsque des paroles lui furent ajoutées dans le milieu des années 1940 par l'acteur Serafim Popov (Серафим Александрович Попов), texte quelque peu ‘revisité’ par le chanteur-soliste de l’orchestre de la Flotte de la Baltique Constantin Vasiliev (Константин Васильев).

    ­
    Source (en russe) : L'histoire d'une chanson.

  • Valse de guerre – Les bouleaux de Russie – suite

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Les bouleaux de Russie

    Les bouleaux de Russie (suite)

    Le bouleau (l’arbre) est intimement lié à la culture russe...

    Мы переехали горы, и первый предмет, поразивший меня, была берёза, северная берёза! сердце моё сжалось…’ А. Пушкин.

    ‘Nous franchîmes les montagnes, et la première chose qui me frappa ce furent les bouleaux, les bouleaux septentrionaux ! mon cœur alors se serra…’ Alexandre Pouchkine.

    Source : 'Pourquoi le bouleau est-il considéré comme un symbole en Russie ? ’Lire en russe.

    Interprétée en 1961 par Alexeï Ousmanov et Victor Selivanov
    (Алексей Усманов и Виктор Селиванов)

    Les bouleaux (Берёзы) 1959


    Paroles de Vladimir Lazarev - Musique de Marc Fradkine

    Слова: Владимир Лазарев - Музыка: Марк Фрадкин

    Я трогаю русые косы,
    Ловлю твой задумчивый взгляд.
    Над нами весь вечер берёзы
    О чем-то чуть слышно шумят.
    Берёзы, берёзы,
    Родные берёзы не спят.

    Быть может, они напевают
    Знакомую песню войны,
    Быть может, они вспоминают
    Суровые годы войны?
    Берёзы, берёзы,
    Родные берёзы не спят.

    Неужто свинцовой метелью
    Земля запылает окрест
    И снова в солдатских шинелях
    Ребята уйдут от невест?
    Берёзы, берёзы,
    Родные берёзы не спят.

    Я трогаю русые косы,
    Ловлю твой задумчивый взгляд.
    Не спят под Москвою берёзы,
    В Париже каштаны не спят.
    Берёзы, берёзы,
    Родные берёзы не спят.

    Je caresse tes tresses châtain-clair
    Je saisis ton regard pensif.
    Toute la soirée, au-dessus de nous les bouleaux
    Bruissent d’un murmure à peine audible.
    Bouleaux, bouleaux,
    Nos chers bouleaux ne dorment pas.

    Peut-être qu'ils fredonnent
    Un air martial familier,
    Peut-être se souviennent-ils
    Des dures années de guerre ?
    Bouleaux, bouleaux,
    Nos chers bouleaux ne dorment pas.

    Tout autour, par un blizzard de poudre et de plomb,
    La terre s’enflammera-t-elle,
    Et qu’encore vêtus de leur uniforme
    Les garçons devront-ils quitter leur promise ?
    Bouleaux, bouleaux,
    Nos chers bouleaux ne dorment pas.

    Je caresse tes tresses châtain-clair
    Je saisis ton regard pensif.
    Tout autour de Moscou les bouleaux ne dorment pas,
    A Paris les marronniers ne dorment pas.
    Bouleaux, bouleaux,
    Nos chers bouleaux ne dorment pas.

    Quelques mots sur cette chanson...

    Chanson extraite du film ‘Le premier jour de paix’ (Первый день мира) réalisé en 1959 par Jacob Segel (Яков Сегель) qui relate le retour dans son village le soldat Mikhaïl Platonov aux premiers jours de paix, en 1945. Mais l’écho de la guerre est encore dans toutes les têtes et les mémoires, et la machine infernale de la haine ne peut s'arrêter tout de suite. Mikhaïl mourra à la veille de l'aube d’un monde fait d’amours inassouvis, de rêves inassouvis… (Visionner)

    ***

    Bouleau de Russie – Russie des bouleaux (Берёза-Россия)


    Paroles de Andreï Govrilov - Musique de Boris Chapiro

    Слова: Андрей Гаврилов - Музыка: Борис Шапиро

    Я дерево видел в затихшем лесу
    И память о нём в своём сердце несу.
    Берёза.

    Сквозь каску бойца она проросла
    И сколько в ней грусти и сколько тепла. Берёза.

    Как будто узнала о том, что весной
    Весною военной, весной грозовой
    Убит здесь мальчишка, ровесник мой.

    В отверстии от пули зелёный росток
    Кривясь и царапаясь выбрался, смог.
    Берёза.

    Хотя ему было совсем невдомёк
    Что горе как дыма берёзовый сок.
    Берёза.

    Природа привычкам своим верна
    Весною другая сменилась весна
    И в воздухе мирный берёзовый запах.
    Война уходила на запад, на запад
    Берёза-Россия, Россия-берёза!

    Я дерево видел в затихшем лесу
    И память о нём в своём сердце несу.
    Берёза.

    Какую же веру в себе обрести
    Чтоб через железо до звёзд прорасти.
    Берёза.

    Я верю в берёзу, я верю в Россию
    И если придётся – все грозы осилю
    Я верю в берёзу, я верю в Россию
    Я грозы осилю, я верю в Россию!

    J'ai vu un arbre dans une forêt paisible
    Et je garde son souvenir dans mon cœur.
    Bouleau...

    Il a poussé, transperçant le casque du soldat ;
    Oh combien en lui de tristesse et de chaleur il y a !
    Bouleau...

    Comme s’il avait su qu'au printemps
    - Un printemps martial, un printemps orageux -
    Un garçon de mon âge était tombé ici.

    Une pousse verte s’est extirpée et a poussé
    Par le trou laissé par la balle.
    Bouleau...

    Ignorant, inconscient du chagrin,
    Telle les vapeurs de son eau, de sa sève¹.
    Bouleau…

    La nature est fidèle et a ses habitudes :
    Le printemps a fait place à un autre printemps
    Et un parfum de bouleau, paisible, est dans l'air.
    La guerre s’en est allée à l'ouest, plus à l'ouest.
    Bouleau de Russie, Russie des bouleaux !

    J'ai vu un arbre dans une forêt paisible
    Et je garde son souvenir dans mon cœur.
    Bouleau...

    Combien de confiance lui faut-il
    Pour qu’il puisse ainsi croître à travers le métal
    Et rejoindre les étoiles ! Bouleau...

    Je crois au bouleau, je crois en la Russie
    Et, s'il le faut, je surmonterai tous les orages
    Je crois au bouleau, je crois en la Russie
    Je surmonterai les orages, je crois en la Russie !

    1- Les Russes emploient la sève du bouleau comme boisson ou, en y ajoutant du houblon et de la levure, en tirent une sorte de bière.

    ***

    Aujourd’hui encore, au XXI° siècle, cette image du bouleau comme symbole de la Russie, d’une Russie profonde liée à la terre et aux arbres, reste vivace…

    Les bouleaux (Берёзы) 2002


    Paroles de Mikhaïl Andreev - Musique d'Igor Matvienko

    Слова: Михаил Андреев - Музыка: Игор Матвиенко

    Отчего так в России берёзы шумят,
    Отчего белоствольные всё понимают,
    У дорог, прислонившись, по ветру стоят,
    И листву так печально кидают.

    Я пойду по дороге, простору я рад
    Может это лишь всё, что я в жизни узнаю,
    Отчего так печальные листья летят,
    Под рубахою душу лаская

    А на сердце опять горячо, горячо,
    И опять и опять без ответа
    А листочек с берёзки упал на плечо
    Он как я оторвался от веток

    Посидим на дорожку родная с тобой
    Ты пойми я вернусь, не печалься не стоит
    И старуха махнёт на прощанье рукой
    И за мною калитку закроет

    Отчего так в России берёзы шумят,
    Отчего хорошо так гармошка играет,
    Пальцы ветром по кнопочкам враз пролетят,
    А последняя, эх, западает.

    А на сердце опять горячо, горячо,
    И опять и опять без ответа,
    А листочек с берёзки упал на плечо,
    Он как я оторвался от веток

    (Два раза)

    Pourquoi les bouleaux bruissent-ils si fort en Russie,
    Pourquoi leur tronc blanc comprend-il tout,
    Au bord des routes, adossés au vent, ils se tiennent debout,
    Et dispersent-ils leurs feuilles si tristement.

    Je vais suivre la route, je suis heureux d'être dans ces vastes espaces.
    Peut-être, de la vie, est-ce juste tout ce que j’apprendrai :
    Pourquoi ces feuilles tristes s’envolent-elles
    Et viennent-elles jusque sous ma blouse afin de caresser mon âme...

    Et sur mon cœur à nouveau, si chaudement,
    Et encore et toujours sans donner de réponse,
    Du bouleau une feuille est tombée sur mon épaule ;
    Elle, comme moi, détachée de sa branche.

    Prenons le temps, ma mère, avant que je m’en aille...
    Tu sais que je reviendrai : ne sois pas triste !
    Et la vieille me fera ses adieux
    Et derrière moi refermera la porte.

    Pourquoi les bouleaux bruissent-ils si fort en Russie,
    Pourquoi le bandonéon joue-t-il si bien ?
    Les doigts comme le vent survoleront tous les boutons,
    Et seul le dernier, hélas, lui se bloquera !

    Et sur mon cœur à nouveau, si chaudement,
    Et encore et toujours sans donner de réponse,
    Du bouleau une feuille est tombée sur mon épaule ;
    Elle, comme moi, détachée de sa branche.

    (Bis)

    La chanson fut interprétée dans la série télévisuelle ‘Le poste de police’ (Участок), réalisé par Alexandre Baranov (Александр Баранов) en 2003, racontant les démêlés au quotidien d’un lieutenant de police affecté dans un district rural. Visionner.

  • Valse de guerre – Les bouleaux de Russie

    Comme les Gaulois avaient le chêne,
    les Russes célèbrent les bouleaux, dans leur imaginaire...

    Le jeune bouleau - Берёзка

    (1906)


    Compositeur : Evguéni Dreizine (Евгений Дрейзин)

    Auteur des paroles : Alexandre Bézymenski (Александр Безыменский)

    A l’origine, partition seulement instrumentale, c’est par la suite que des paroles furent rajoutées.

    Средь сосен суровых, меж тёмных ракит
    В серебряном платье берёзка стоит.
    Склонились деревья, цветы и кусты
    Пред гордым величьем её красоты.

    И нежна, и стройна, и всегда величава она.
    Весела и светла, и земле родной верна.

    ­
    Чу! Шелестит листва густая…
    Это она, берёзка родная,
    Милой земле в ответ
    Посылает любовь и привет.

    Только лишь встретишься с нею,
    Сердце забьётся сильнее.
    Сердце! Ведь всегда с тобой
    Образ берёзки родной.

    Средь сосен суровых, меж тёмных ракит
    В серебряном платье берёзка стоит.
    Склонились деревья, цветы и кусты
    Пред гордым величьем её красоты.

    И не зря наш народ о берёзоньке
    песни поёт.
    Целый мир обойдёшь, но такой
    красоты не найдёшь.

    Символ родины, символ России.

    Parmi les pins sévères, parmi les saules obscurs
    Il y a un jeune bouleau dans sa robe d'argent.
    Les arbres, les fleurs et les buissons se courbent
    Devant la fière majesté de sa beauté.

    Et tendre, et mince, l’arbrisseau reste toujours digne,
    Joyeux et lumineux, fidèle à sa terre natale.

    Chut ! Le feuillage épais bruisse...
    C'est lui, ce cher bouleau,
    Qui adresse à la douce terre
    Des mots d'amour et de salutations.

    Juste le revoir à nouveau,
    Le cœur battant plus fort :
    Toi mon cœur, qui gardes toujours
    L'image de ce cher petit arbre !

    Parmi les pins sévères, parmi les saules obscurs
    Il y a un jeune bouleau dans sa robe d'argent.
    Les arbres, les fleurs et les buissons se courbent
    Devant la fière majesté de sa beauté.

    Ce n'est pas sans raison que notre peuple te chante, jeune bouleau :
    Même en faisant le tour du monde entier, vous ne trouverez nulle part une telle beauté !

    Toi, symbole de la terre natale, symbole de la Russie…

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Dessin d'enfant
    Une jeune fille - bouleau

    Une valse qui ne parle pas de guerre...

    Précisons ici d'emblée que le bouleau (берёза), l'arbre, en russe est féminin : 'une bouleau' aurais-je dû traduire... En Russie dans de nombreuses chansons et poèmes, les jeunes filles, les jeunes femmes sont très souvent comparées à cet arbre. On dit d'elles qu'elles sont douces, élancées, majestueuses... comme un bouleau !

    Le thème de la chanson s'inscrit donc dans cette comparaison : jeune bouleau = jolie jeune fille...

    Cette valse ne nous parle donc pas de guerre, de soldats en bataille, d'attentes mêlées d'angoisse ou de nostalgie autour d'un bivouac. Non : elle parle d'un jeune arbre, d'un petit arbre, pour évoquer l'image d'une jolie jeune fille, comme un poète français de la Renaissance nous parlerait d'une rose pour décrire une beauté ravissante et fragile...

    Après la Révolution d'Octobre, la chanson se fana et tomba dans l'oubli...

    Il faudra ensuite attendre les années soixante pour que cette vieille valse resurgisse dans les mémoires russes. Le film 'Le printemps des jeunes filles' (Девичья весна), coréalisé par Benjamin Dormane (Вениамин Дорман) et Henrich Oranessian (Генрих Оганесян), en 1960, lui rendit une nouvelle jeunesse : la valse y accompagne gracieusement un ballet de jeunes femmes, telle une danse des fleurs (en l'occurrence, ici, de jeunes bouleaux !).

    Pourquoi alors une 'valse de guerre' ?

    Il faut se pencher pour le savoir sur son compositeur, Evguéni Dreizine (Евгений Mikhaĭlovich Дрейзин) - 1878-1932 -, et sur les circonstances de sa composition.

    En 1903, après avoir achevé la classe de violon du Conservatoire impérial de Moscou, il rejoint L'Extrême-Orient russe et embarque, en tant que civil, comme chef de musique sur le croiseur Askold (крейсер 'Аскольд') de l'escadre du Pacifique. Chaque bataillon, chaque corps d’armée étaient à l’époque accompagnés d’un orchestre militaire.

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - Дрейзин

    Une valse écrite en captivité

    Le 8 février 1904, le Japon attaque par surprise l'escadre navale de Port-Arthur.

    C’est le début de la guerre russo-japonaise (1904-1905). Evguéni Dreizine et ses musiciens jouent alors sur les champs de bataille marches militaires et autres musiques pour porter et soutenir les soldats, les musiciens se retrouvant souvent au milieu des combats.

    "...les cuivres de l'orchestre brillaient au soleil et on entendait les sons revigorants de la musique militaire. C'était le régiment de fusiliers de Sibérie orientale..." (Extrait du roman d'Alexandre Stepanov (Александр Николаевич Степанов) 'Port-Arthur' (Порт-Артур) publié en 1940-1942 - Lire en ligne)

    La guerre s'acheva sur une lourde défaite de l'Empire russe. Port-Arthur capitulera en janvier 1905. Les militaires survivants furent faits prisonniers. Bien que civil, Evguéni Dreizine, resta volontairement auprès des troupes russes captives des Japonais. C'est lors de cette détention - qui s'acheva en 1906 - qu'il composa sa valse 'Le jeune bouleau' (Берёзка), comme un appel, un élan d'amour pour sa terre natale, pour la Russie, évoquant sa nature unique, sa beauté.

    Petites nouvelles russes - Valse de guerre - La croix de Saint-Georges
    La Croix de Saint-Georges

    Après son retour de captivité, Evguéni Dreizine sera de nouveau enrôlé : en 1911, il est nommé chef d'orchestre principal division dans la région d'Irkousk. Pour sa bravoure durant le siège de Port-Arthur, Evguéni Dreizine reçut la Croix de Saint-Georges récompensant ses mérites militaires.

    Plus tard, durant la Première guerre mondiale, il dirigera l'orchestre de son régiment sur le front russo-allemand. En 1916, la quatrième édition de sa valse fut annotée de la mention : "Armée d'active" (Действующая армия)...

    Les origines du thème de la valse

    Les premières notes de la valse sont reprises d'une œuvre de jeunesse, "Cœur brisé" (Разбитое сердце), composée en 1848 par le pianiste, compositeur et chef d'orchestre russe Anton Rubinstein (Антон Григорьевич Рубинштейн) 1829-1894, une romance accompagnant les vers de l'Allemand Rudolf Löwenstein - 'Ich sah' mal Blimle...' - adaptés en russe par Viktor Krylov (Виктор Крылов).

    Cœur brisé - Разбитое сердце

    (1848)

     

    Compositeur : Anton Rubinstein (Антон Григорьевич Рубинштейн)
    Sur des vers de Rudolf Löwenstein - adaptés en russe par Viktor Krylov (Виктор Крылов)

    Я видел берёзку: сломилась она...
    Верхушкой к земле наклонилась она...
    Но листья не блёкли на тонких ветвях,
    Пока не спряталось солнце в горах.

    ­
    Я бабочку видел с разбитым крылом:
    Бедняжка под солнечным грелась лучом,
    Стараясь и слабость, и смерть превозмочь,
    Пока не настала холодная ночь.

    Я видел, как лань стрелок подстрелил:
    Бедняжка упала без крови и сил,
    И мало со смертью бороться могла,
    И жить перестала, как солнце зашло.

    ­
    Ах, мне изменила подружка моя,
    И солнце померкло давно для меня.
    Но смерть и покой я напрасно зову
    И с сердцем разбитым "живу да живу".

    J'ai vu un jeune bouleau : meurtri, brisé
    Se courbant vers le sol...
    Mais quand le soleil s’est caché dans les montagnes
    Sur ses fines branches, ses feuilles ne se sont pas flétries.

    J'ai vu un papillon avec une aile brisée :
    Le pauvret se réchauffait sous les rayons du soleil,
    Tout faible, essayant de surmonter la mort
    Avant que ne vienne la nuit froide.

    J'ai vu comment la flèche de l’archer a atteint la biche :
    La pauvre bête sans plus de force tomba exsangue,
    Sans plus pouvoir combattre la mort,
    Elle cessa de vivre au coucher du soleil.

    Ah, mon amour m’a trahi
    Et le soleil pour moi s’est estompé à jamais !
    O Mort, ô Paix, en vain je vous appelle,
    Encore vivant, toujours vivant, le cœur brisé...

    Cette romance, peu jouée aujourd'hui en Russie, fait presque de nos jours partie en Ukraine du répertoire traditionnel, le cœur brisé étant un des thèmes favoris de la chanson lyrique. Voici une version interprétée par Boris Gmyria (Борис Гмиря), en langue ukrainienne, sous le titre 'Я бачив як вітер берізку зломив' (J'ai vu le vent briser le jeune bouleau)...

    Source (en russe) : Histoire d'une chanson.

    ***

    ­

    Voici une autre romance, composée plus tardivement, qui reprend le thème du bouleau, cher à l’imaginaire russe...

    Interprétée en 1982 par Ivan Samafatov (Иван Самофатов)
    et l'Ensemble Bannière rouge de la Flotte de la Mer noire (ансамбль КЧФ)

    Rêves de bouleaux - Берёзовые сны
    (1979)

     

    Musique : Vitali Guevigsman (Виталий Гевиксман)

    Paroles : Guéorgui Féré (Георгий Фере)

    Земля снегов и лебединых облаков,
    Земля берёзовых закатов…
    С печалью светлой, молча, смотрят
    на меня
    России синие глаза…

    Припев:

    Земля моя, я сын твоих берёз.
    Я землю русскую от недруга сберёг,
    Я отдал всё, чтоб в рощах золотых
    Вовек не замолкали соловьи…
    Земля моя, я сын твоих берёз.
    Берёзки белые от бурь я уберёг,
    Чтоб вечно снились Родине моей
    Берёзовые сны…

    Солдатом шёл я по обугленной земле,
    Пылали дымные закаты.
    Сухие трещины натруженных дорог,
    Как руки матери моей…

    Припев.

    Когда уйду в края, откуда нет дорог,
    Я сам навек Россией стану.
    Ночами росными в стволах твоих
    берёз
    Струиться будет кровь моя…

    Pays des neiges, Pays des nuages comme des cygnes,
    Pays des couchers de soleil sur les bouleaux...
    Avec une tendre mélancolie, en silence,
    Me regardent les yeux bleus de la Russie...

    ­
    Refrain :

    O ma terre, je suis le fils de tes bouleaux.
    Ma terre russe, je t’ai protégée de l'ennemi,
    J'ai tout donné pour que dans tes bosquets dorés
    Les rossignols ne se taisent jamais...
    Ma terre, je suis le fils de tes bouleaux.
    J'ai sauvé tes bouleaux blancs des tempêtes,
    Pour que ma patrie fasse toujours des rêves,
    Que toujours elle rêve de ses arbres...

    Soldat, j'ai marché sur la terre brûlée,
    Aux couchers de soleil enfumés, enflammés,
    Par des routes usées, gercées
    Comme le sont les mains de ma mère...

    Refrain.

    Quand j’irai là d’où personne jamais ne revient,
    Je serai la Russie pour toujours,
    Et mon sang coulera comme la rosée nocturne
    Sous l’écorce de ses arbres...

    Ecrite à l'origine pour une série télévisuelle documentaire soviéto-américaine 'La guerre inconnue' (The Unknown War en anglais) en 20 épisodes - titrée en russe 'La Grande guerre patriotique' (Великая Отечественная) -, réalisée en 1978 par Roman Karmen (Роман Кармен) la chanson ne fut pas retenue. Les Américains pouvaient-ils vraiment comprendre ce que signifiait pour les Russes ‘rêves de bouleaux’ ?!

    'La guerre inconnue' (The Unknown War) - Visionner la version américaine - fut réalisée à partir de documents d'archive qu'il avait déjà réunis en 1965 dans un documentaire éponyme russe. Visionner.

  • Valse de guerre – Sur les hauteurs de Mandchourie

    Petites nouvelles russes - Le régiment d'infanterie de Mokchane sur les hauteurs de Mandchourie
    Illustration : Le régiment d'infanterie de Mokchan sur les hauteurs de Mandchourie (1904-1905)

     Sur les hauteurs de Mandchourie

    На сопках Маньчжурии


    Compositeur : Ilia Alekseïevitch Chatrov (Илья Алексеевич Шатров) 1906

    Une valse en souvenir de ceux tombés au combat…

    Interprétée par Youlia Zapolskaïa (Юлия Запольская)

    A l’origine, partition seulement instrumentale, c’est par la suite que des paroles furent rajoutées.

     

    Une version 'd'avant la Révolution d'octobre' (1917)
    d'après les vers de Stepan Petrov (Степан Петров ‘Скиталец’)

    Тихо вокруг.
    Сопки покрыты мглой.
    Вот из-за туч блеснула луна,
    Могилы хранят покой.

    Белеют кресты —
    Это герои спят.
    Прошлого тени кружатся вновь,
    О жертвах боёв твердят.

    Тихо вокруг,
    Ветер туман унёс,
    На сопках манчжурских воины спят
    И русских не слышат слёз.

    Плачет, плачет мать родная,
    Плачет молодая жена,
    Плачут все, как один человек,
    Злой рок и судьбу кляня.

    Пусть гаолян
    Вам навевает сны,
    Спите, герои русской земли,
    Отчизны родной сыны.

    Вы пали за Русь,
    Погибли за Отчизну.
    Но верьте, мы за вас отомстим
    И справим мы славную тризну.

    Tout autour c’est le calme.
    Les hauteurs sont couvertes de brume.
    Derrière les nuages, la lune a frissonné,
    Les tombes montent la garde en paix.

    Les croix blanchissent -
    C’est là que dorment les héros.
    Les ombres du passé à nouveau surgissent
    Rappelant les victimes des anciennes batailles.

    Tout autour c’est le calme.
    Le vent a emporté le brouillard,
    Sur les hauteurs, les soldats de Mandchourie
    Dorment sans entendre les larmes russes.

    Elle pleure, elle pleure la mère,
    Elle pleure la jeune épouse,
    Tous pleurent comme un seul être,
    Maudissant le mauvais sort et le destin.

    Que les hautes herbes¹
    Vous apportent le sommeil.
    Dormez, héros de la terre russe,
    Fils de la Mère-patrie.

    Vous êtes tombés pour la Russie,
    Vous êtes morts pour la Mère-patrie
    Mais soyez sûrs que nous vous vengerons
    Et partagerons pour vos funérailles un repas de gloire².

    1- Le texte russe parle ici du ‘gaoliang’, graminée de la même famille que le sorgho.
    2- La tradition funéraire russe orthodoxe veut qu’une offrande de nourriture est faite au défunt.
    «… Le lendemain du décès la maîtresse de maison, ayant fait cuire une galette de seigle, la portait au défunt en disant ‘Monsieur mon père, Madame ma mère, voici une galette pour ton déjeuner, tu n’as pas dîné chez moi hier et aujourd’hui tu n’as pas pris de déjeuner’... » in Kremleva, I. A., Les rites funéraires chez les Russes : un lien entre les vivants et les morts, Cahiers slaves Année 1997 1 pp. 132-133 – Source : Portail Persée.
    Petites nouvelles russes - На сопках Маньчжурии Сергей Лебедянцев - 2008
    На сопках Маньчжурии Сергей Лебедянцев - 2008

    Quelques mots sur l’histoire de cette valse

    Ilia Chatrov (Илья Алексеевич Шатров) (1879-1952), fut l’un des 7 musiciens rescapés parmi les 60 membres l’orchestre de son régiment lors de la bataille de Moukden (Мукденское сражение), durant le conflit russo-japonais de 1904-1905. Son régiment, encerclé par les troupes nippones, fut décimé et seuls 700 hommes sur 4 000 survécurent. Une année plus tard, Ilia Chatrov compose une valse dédiée aux hommes de son régiment tombés au combat sous le titre : ‘Le Régiment Mokchanski sur les hauteurs de Mandchourie’ (Мокшанский полк на сопках Маньчжурии).

    Dès 1906, le poète Stepan Petrov (dit le Chemineau, celui qui voyage et vagabonde) (Степан Петров ‘Скиталец’) y ajouta les premières paroles. Un texte original qui, semble-t-il, n’a pas survécu.

    La référence au régiment Mokchan, voulue par le compositeur, disparut par la suite du titre de l’œuvre…

    A partir de ces premières paroles, différentes versions (avant et après la Révolution d’octobre, avant et après la Seconde guerre mondiale, avant et après la fin de l’URSS) ont été réécrites et il est parfois bien difficile d’en connaître les paroliers (Lire en russe). Voici trois autres versions, dont la dernière, très contemporaine, a été écrite en 2017, soit plus d’un siècle après la composition de la valse originelle par Ilia Chatrov…

    Version ‘d’après la Révolution d’Octobre’ (1920)
    Sur des paroles d’Alexeï Machistov (Алексей Машистов)

    Interprétée par Dmitri Hvorostovski (Дмитрий Хворостовсий)

    Petites nouvelles russes - Dimitri Hvorostovski

    Ночь подошла,
    Сумрак на землю лёг,
    Тонут во мгле пустынные сопки,
    Тучей закрыт восток.

    Здесь, под землёй
    Наши герои спят
    Песню над ними ветер поёт
    И звёзды с небес глядят.

    То не залп с полей пролетел —
    Это гром вдали прогремел.
    И опять кругом всё спокойно,
    Всё молчит в тишине ночной.

    Спите бойцы,
    Спите спокойным сном.
    Пусть вам приснятся нивы родные,
    Отчий далёкий дом.

    Пусть погибли вы в боях с врагами,
    Подвиг ваш к борьбе нас зовёт!
    Кровью народной омытое знамя
    Мы понесём вперёд!

    Мы пойдём навстречу новой жизни,
    Сбросим бремя рабских оков!
    И не забудут народ и Отчизна
    Доблесть своих сынов!

    Спите, бойцы,
    Слава навеки вам.
    Нашу отчизну, край наш родимый
    Не покорить врагам!

    Ночь. Тишина.
    Лишь гаолян шумит.
    Спите, герои, память о вас
    Родина-мать хранит.

    La nuit est venue,
    Le crépuscule a recouvert le sol,
    Les hauteurs désertes se noient dans les ténèbres,
    L’orient se couvre de nuages.

    Ici, sous terre
    Nos héros dorment
    Le vent chante au-dessus d'eux
    Et les étoiles les regardent du ciel.

    Alors ce n’était pas une salve de canon -
    C’était le tonnerre au loin sur les champs.
    Puis de nouveau tout autour le calme,
    Tout se tait dans le silence de la nuit.

    Dormez, vous les soldats !
    Dormez d’un sommeil tranquille.
    Puissiez-vous rêver des champs de la patrie,
    Et de la lointaine maison paternelle.

    Qu’au moins, si vous deviez périr au combat avec nos ennemis,
    Vos exploits nous appellent à combattre !
    Nous porterons plus avant
    Votre étendard trempé du sang du peuple !

    Nous irons à la rencontre d'une vie nouvelle,
    Déchargés du fardeau des chaînes de l’esclave !
    Et le peuple et la Patrie n'oublieront pas la
    Vaillance de leurs fils !

    Dormez, combattants,
    Gloire à vous pour toujours.
    Les ennemis ne pourront soumettre
    Notre patrie, notre chère terre !

    Nuit. Silence.
    Seules hautes herbes bruissent.
    Dormez, héros,
    La Mère-Patrie garde le souvenir de vous.

    Notons ici la ‘disparition’ du nom de la ‘mère-patrie’ : la Russie (Русь), présente dans les versions d’avant la fondation de l’URSS.

    Version de 1945 sur des paroles Pavel Choubine (Павел Шубин)

    En 1945, аprès la Seconde guerre mondiale et la défaite du Japon (alors que la guerre russo-japonaise de 1904-1905 s’était soldée par une victoire de ce dernier), Pavel Choubine (Павел Шубин), - poète et journaliste, correspondant de première ligne pendant la Grande Guerre patriotique et la guerre soviéto-japonaise - , ‘réactualisa’ le texte…

    Меркнет костёр,
    Сопки покрыл туман.
    Лёгкие звуки старого вальса
    Тихо вёдет баян.

    С музыкой в лад,
    Припомнил герой-солдат
    Росы, берёзы, русые косы,
    Девичий милый взгляд

    Там, где ждут сегодня нас,
    На лугу в вечерний час,
    С самой строгою недотрогою
    Танцевали мы этот вальс.

    Вечера свиданий робких
    Давно прошли и скрылись во тьму...
    Спят под луною маньчжурские сопки
    В пороховом дыму.

    Мы сберегли
    Славу родной земли.
    В битвах жестоких мы на Востоке,
    Сотни дорог прошли.

    Но и в бою,
    В дальнем чужом краю,
    Припоминаем в светлой печали
    Родину-мать свою.

    Далека ах, далека
    В этот миг от огонька.
    В ночи хмурые из Маньчжурии
    Уплывают к ней облака.

    В тёмный простор,
    Мимо ночных озёр,
    Легче, чем птицы, выше границы
    Выше сибирских гор.

    Покидая край угрюмый,
    Летят за нами в радостный путь
    Все наши самые светлые думы,
    Наша любовь и грусть.

    Le feu s’éteint,
    Le brouillard a recouvert les hauteurs.
    L'accordéon joue doucement
    Le son léger d’une vieille valse.

    Dans un accord de musique
    Ressurgit le souvenir du soldat héros :
    Celui de la rosée, des bouleaux, des tresses châtain,
    Et le jolie regard de son amour.

    Aujourd’hui, là-bas, on nous attend :
    Dans les prairies, à l’heure du soir.
    Là où nous dansions cette valse
    Au bras de la plus timorée d’entre toutes.

    Timides soirées de rendez-vous
    Depuis longtemps disparues dans l'obscurité ...
    Les hauteurs de Mandchourie dorment sous la lune
    Dans la fumée et la poudre des armes.

    Nous avons protégé
    La gloire de notre terre natale.
    Au travers de batailles féroces, en Orient,
    Nous avons cheminé par des centaines de routes.

    Et même durant les combats,
    Sur cette lointaine terre étrangère
    Nous gardons en mémoire, remplis de chagrin,
    Le souvenir de notre mère-patrie.

    Dans les nuits sombres de Mandchourie
    Les nuages courent vers elle,
    Si lointaine, si lointaine,
    Ici, à ce moment, autour d’un petit feu,

    Passant au-dessus des lacs nocturnes,
    Dans les grands et sombres espaces
    Plus légers que les oiseaux, par-delà la frontière
    Plus haut que les montagnes de Sibérie.

    Quittant cette sombre contrée,
    Toutes nos pensées les plus lumineuses,
    Notre amour et notre tristesse,
    S’envolent avec nous sur un chemin de joie.

    Version de 2017 sur des paroles de Guennadi Venediktov (Геннадий Венедиктов)

    Une volonté de 'restaurer la justice historique' (Восстановление исторической справедливости)

    Voici une dernière version, bien plus récente. Le parolier, Guennadi Venediktov (Геннадий Венедиктов) s’est départi du texte original de Stepan Petrov et a tenté un nouveau récit qui, selon lui, retrace 'la vérité historique' de la bataille qui inspira le compositeur Ilia Chatrov.

    Ecrit plus d’un siècle après cet événement, l’auteur a tenter de retrouver, si ce n’est les mots de l’époque, tout au moins la graphie puisque le texte est rédigé avec l’orthographe russe d’avant la réforme ‘révolutionnaire’ adoptée en 1918.

    Pour en savoir plus sur l'évolution de la langue russe au XX° siècle : "Comment les bolcheviks ont révolutionné la langue russe".

    Въ утренней мглѣ
    Горнъ проигралъ сигналъ.
    Сопокъ уснувшихъ чуткій покой
    Маршъ боевой взорвалъ.

    Шквальный огонь
    Встрѣтилъ пѣхоты цѣпь.
    Дыбомъ предъ ней вставала земля,
    Въ небѣ рвалась шрапнель.

    Замолчалъ альтистъ молодой,
    Еле слышенъ маршъ боевой,
    И корнетъ умолкъ, и валторна,
    Лишь играетъ трубачъ сѣдой.

    Вверхъ и впередъ!
    Близокъ окоповъ рядъ.
    Гибель свинецъ навстрѣчу несетъ,
    Но нѣтъ намъ пути назадъ.

    Рукопашный бой удалый
    Разыгрался въ морѣ огня –
    Врагъ не забудетъ день схватки кровавой,
    Русскій нашъ штыкъ кляня.

    Вѣнскій вальсъ оркестру полковому
    Въ паркѣ городскомъ не играть.
    И трубачу и альтисту младому
    Въ сопкахъ судьба лежать.

    Горечь утратъ
    Болью сжимаетъ грудь:
    Павшихъ героевъ тѣни кружатъ –
    Вальсъ навѣваетъ грусть.

    Спите, бойцы,
    Вѣчная память вамъ –
    Нерукотворный всталъ къ небесамъ
    Славы нетлѣнный Храмъ.

    И не крестъ на сопкахъ стоитъ,
    Не гранитъ покой вашъ хранитъ.
    О бояхъ и товарищахъ павшихъ
    Вальсъ Маньчжурскій въ сердцахъ звучитъ.

    Dans la brume matinale
    Le clairon a sonné.
    Le son de la marche a déchiré
    Le silence des hauteurs endormies.

    Un feu nourri
    A frappé la ligne d'infanterie.
    La terre a jailli devant elle,
    Des éclats d'obus ont explosé dans le ciel.

    Le jeune altiste s’était tu,
    La marche de bataille était à peine audible,
    On n’entendait ni le son du cornet ni le cor d’harmonie,
    Seul jouait le trompettiste aux tempes grises.

    Allez ! en avant !
    Jusqu’à la prochaine tranchée !
    A la rencontre du plomb qui nous tuera :
    Sans pouvoir faire demi-tour !

    Combats au corps à corps
    Dans une mer de feu -
    L'ennemi n'oubliera pas ce jour sanglant
    Maudissant nos baïonnettes russes.

    Désormais, l’orchestre du régiment ne joue plus
    Cette valse de Vienne dans les jardins publics :
    Le trompettiste et le jeune altiste reposent
    A présent sur ces hauteurs, tel est leur destin.

    L’amertume de la perte
    Nous étreint la poitrine de douleur :
    Les ombres des héros déchus tournent autour de nous,
    La valse inspire à la tristesse.

    Dormez, vous les combattants !
    A vous notre éternelle mémoire -
    Sanctuaire impérissable de votre gloire
    Qui s’élève, immatériel, vers le ciel.

    Et il n'y a pas de croix sur les hauteurs,
    Aucune pierre de granit pour vous garder en paix.
    Seule la valse mandchoue résonne dans nos cœurs
    Nous rappelant nos camarades tombés au combat.

  • Vladimir Vyssotski : Il n’est pas revenu du combat

    Vladimir Vyssotski, 'Il n'est pas revenu du combat'
    (Он не вернулся из боя) - 1969

     Vladimir Vyssotski - Владимир Высоцкий

     Il n'est pas revenu du combat - Он не вернулся из боя

    Petites nouvelles russes - Vyssotski - Chansons de guerre

    ­'Il n'est pas revenu du combat' raconte l’absence, l’irrémédiable absence d’un camarade tombé au combat, d’un ami perdu à jamais. Penser à lui, lui parler encore et toujours, quand seul le silence vous répond…
    ­

    Je vous laisse lire et écouter, vous souvenir peut-être...

    Почему всё не так, вроде, всё, как всегда,
    То же небо опять голубое,
    Тот же лес, тот же воздух и та же вода,
    Только он не вернулся из боя.
    Тот же лес, тот же воздух и та же вода,
    Только он не вернулся из боя.

    ­
    Мне теперь не понять,
    Кто же прав был из нас
    В наших спорах без сна и покоя.
    Мне не стало хватать его только сейчас,
    Когда он не вернулся из боя.
    Мне не стало хватать его только сейчас,
    Когда он не вернулся из боя.

    Он молчал невпопад
    И не в такт подпевал,
    Он всегда говорил про другое.
    Он мне спать не давал,
    Он с восходом вставал,
    А вчера не вернулся из боя.
    Он мне спать не давал,
    Он с восходом вставал,
    А вчера не вернулся из боя.

    То, что пусто теперь, не про то разговор,
    Вдруг заметил я - нас было двое.
    Для меня будто ветром задуло костёр,
    Когда он не вернулся из боя.
    Для меня будто ветром задуло костёр,
    Когда он не вернулся из боя.

    Нынче вырвалась словно
    Из плена весна,
    По ошибке окликнул его я -
    Друг, оставь покурить, а в ответ тишина,
    Он вчера не вернулся из боя.
    Друг, оставь покурить, а в ответ тишина,
    Он вчера не вернулся из боя.

    Наши мёртвые нас не оставят в беде,
    Наши павшие, как часовые.
    Отражается небо в лесу, как в воде,
    И деревья стоят голубые.
    Отражается небо в лесу, как в воде,
    И деревья стоят голубые.

    Нам и места в землянке
    Хватало вполне,
    Нам и время текло для обоих.
    Всё теперь одному, только кажется мне
    Это я не вернулся из боя.
    Всё теперь одному, только кажется мне
    Это я не вернулся из боя.­

    Pourquoi rien ne va, tout est pourtant comme d’habitude :
    Le même ciel à nouveau bleu,
    La même forêt, le même air, la même eau...
    Lui seul n’est pas revenu du combat.
    La même forêt, le même air, la même eau...
    Lui seul n’est pas revenu du combat.

    A présent je ne sais plus
    Qui de nous deux avait raison
    Dans nos discussions sans sommeil ni repos.
    C’est seulement maintenant qu’il me manque :
    Il n’est pas revenu du combat.
    C’est seulement maintenant qu’il me manque :
    Il n’est pas revenu du combat.

    Il se taisait sans raison,
    Il se mettait à chanter à contretemps,
    Il parlait toujours mal à propos.
    Il ne me laissait pas dormir la nuit,
    Il se levait au petit jour,
    Mais hier il n’est pas revenu du combat.
    Il ne me laissait pas dormir,
    Il se levait au petit jour,
    Mais hier il n’est pas revenu du combat.

    Que tout soit désert, ce n’est pas le sujet :
    Je me rends compte soudain
    que nous étions deux.
    Et pour moi, c’est comme si le vent avait soufflé
    La flamme du feu de camp
    Lorsqu’il n’est pas revenu du combat.

    C’est comme si on avait arraché
    Le printemps de sa prison :
    Je m’adresse à lui sans raison -
    ‘Ami, garde tes cigarettes !’
    Mais seul le silence me répond.
    Hier, il n’est pas revenu du combat.
    ­­

    Nos morts nous gardent du malheur,
    Ceux qui sont tombés sont comme des sentinelles.
    Le ciel se reflète sur la forêt comme sur un miroir d’eau,
    Et les arbres se dressent – bleus comme le ciel.

    Pour deux, dans notre casemate,
    La place suffisait amplement,
    Pour nous deux le temps s’écoulait tout pareil.
    Un seul a tout pour lui à présent,
    Pourtant il me semble que c’est moi
    Qui ne suis pas revenu du combat.
    C’est moi qui ne suis pas revenu du combat.

    Petites nouvelles russes - Affiche du film 'Les fils partent au combat
    Les fils partent au combat, 1969

    Voici pour moi la chanson de Vladimir Vyssotski la plus poignante. Peut-être parce que j’ai tenté pour la première fois d’en comprendre les paroles lors d’une mission qui m’avait entraîné à la frontière tchéchène, pendant une guerre – je ne sais plus laquelle –, une guerre qui, autour de moi, n’offrait que désolation, malheurs, destruction et mort.

    'Il n'est pas revenu du combat' est extrait du film : ‘Les fils partent au combat’ (Сыновья уходят в бой) - voir sur Youtube., réalisé en 1969 par Victor Tourov (Виктор Туров). Dans ce film Vladimir Vyssotski y interprète trois autres chansons : 'Les fils partent au combat' (Сыновья уходят в бой) - titre éponyme du film -, 'Le chant de la Terre' (Песня о Земле) et 'L'obscurité' (Темнота), dont il est pour les deux premières l'auteur-compositeur ; la  musique de la troisième étant, quant à elle, de Stanislav Pojlakov, les paroles de V. Vyssotski.

    V. Vyssotski Les fils partent au combat
    Сыновья уходят в бой (1969)

    Vladimir Vyssotski - Le chant de la Terre
    Песня о Земле (1969)

    Petites nouvelles russes - Vyssotski - premier enregistrement 1972
    Pochette d'un des tout premiers enregistrements de Vladimr Vyssotski en Russie - 1972 - dédicacé par le compositeur

    Un disque introuvable

     

    En 1972, alors que déjà les enregistrements clandestins de Vyssotski circulaient largement 'sous le manteau', la patrie du Grand Lénine autorisa la sortie d'un microsillon regroupant quatre chansons extraites de films relatant des épisodes de la Grande guerre patriotique (la Seconde guerre mondiale). Un mini-album aujourd'hui introuvable.

    Outre 'Il n'est pas revenu du combat' et 'Le chant de la Terre' figuraient deux autres titres : Fosses communes (Братские могилы), extrait du film 'Je sors de l'enfance' (Я родом из детства), et 'Chanson pour des temps nouveaux' (Песня о новом времени) interprétée par Vladimir Vyssotski dans 'La guerre sous les toits' (Война под крышами). Les deux films furent réalisés par Victor Kourov, respectivement en 1965—66 pour le premier et en 1967 pour le second.

    Aujourd'hui, bien entendu, il est possible d'écouter tout (?) le répertoire de Vladimir Vyssotski. Ecoutez un florilège de ses meilleurs succès sur Youtube.

    Vladimir Vyssotski - Fosses communes
    Братские могилы (1963 / 1965)

    V. Vyssotski - Chanson pour des temps nouveaux
    Песня о новом времени (1967)

  • Vladimir Vyssotski : Les chevaux capricieux

     Vladimir Vyssotski - Владимир Высоцкий

    Les chevaux capricieux (1972) Ко́ни привере́дливые

    Вдоль обры́ва, по-над про́пастью, по са́мому по кра́ю
    Я коне́й свои́х нага́йкою стега́ю, погоня́ю…
    Что-то во́здуху мне ма́ло — ве́тер пью, тума́н глота́ю…
    Чу́ю с ги́бельным восто́ргом: пропада́ю, пропада́ю!

    Чуть поме́дленнее, ко́ни, чуть поме́дленнее!
    Вы тугу́ю не слу́шайте плеть!
    Но что-то ко́ни мне попа́лись привере́дливые —
    И дожи́ть не успе́л, мне допе́ть не успе́ть.

    Я коне́й напою́, я купле́т допою́, —
    Хоть мгнове́нье ещё постою́ на краю́…

    Сги́ну я — меня́ пуши́нкой урага́н сметёт с ладо́ни,
    И в саня́х мен́я гало́пом повлеку́т по сне́гу у́тром…
    Вы на шаг неторопли́вый перейди́те, мои́ ко́ни,
    Хоть не́много, но продли́те путь к после́днему прию́ту!

    Чуть поме́дленнее, ко́ни, чуть поме́дленнее!
    Не ука́зчики вам кнут и плеть!
    Но что-то ко́ни мне попа́лись привере́дливые
    И дожи́ть не успе́л, мне допе́ть не успе́ть.

    Я коне́й напою́, я купле́т допою́, —
    Хоть мгнове́нье ещё постою́ на краю́…

    Мы успе́ли: в го́сти к Бо́гу не быва́ет опозда́ний.
    Так что ж там а́нгелы пою́т таки́ми злы́ми голоса́ми?!
    И́ли э́то колоко́льчик весь зашёлся от рыда́ний,
    И́ли я кричу́ коня́м, чтоб не несли́ так бы́стро са́ни?!

    Чуть поме́дленнее, ко́ни, чуть поме́дленнее!
    Умоля́ю вас вскачь не лете́ть!
    Но что-то ко́ни мне попа́лись привере́дливые…
    Коль дожи́ть не успе́л, так хотя́ бы — допе́ть!

    Я коне́й напою́, я купле́т допою́, —
    Хоть мгнове́нье ещё постою́ на краю́…

    Séparateur 3

    Le long de la falaise, au bord même de l’abîme,
    Je pousse mes chevaux à grands coups de cravache.
    Presque sans pouvoir respirer, je bois le vent, J’avale le brouillard,
    Pris d’une joie désemparée de me savoir perdu, perdu, perdu.

    Holà, plus lentement, mes chevaux ! un peu plus lentement !
    Soyez durs d’oreille, n'écoutez pas mon dur fouet !
    Mais que ces chevaux sont capricieux !
    Je n’ai pas eu le temps de vivre plus longtemps,
    Ni n’aurai le temps de terminer ma chanson.

    J'abreuverai mes chevaux, je finirai mon couplet,
    Juste un instant encore, au bord de l’abîme...

    Et je disparaîtrai : l’ouragan me balaiera
    comme une plume sur la paume de la main,
    Et au matin dans la neige, en traîneau,
    Au grand galop, ils m’emporteront...
    Marchez au pas, plus lentement, mes chevaux.
    Au moins encore un peu, prolongez le chemin
    Qui conduit vers le dernier refuge.

    Holà, plus lentement, mes chevaux ! un peu plus lentement !
    Ni cravache, ni fouet ne sont vos maîtres !
    Mais que ces chevaux sont capricieux !
    Je n’ai pas eu le temps de vivre plus longtemps,
    Ni n’aurai le temps de terminer ma chanson.

    J'abreuverai mes chevaux, je finirai mon couplet,
    Juste un instant encore, au bord de l’abîme...

    Déjà nous y sommes :
    Chez Dieu les hôtes se doivent d’être à l’heure.
    Mais pourquoi les anges chantent-ils d’une voix si méchante ?
    Ou bien est-ce la cloche qui, murmurant, sanglote ?
    Ou moi qui crie à mes chevaux de ralentir le pas ?

    Holà, plus lentement, mes chevaux ! un peu plus lentement !
    Je vous supplie : ne volez pas au grand galop !
    Mais que ces chevaux sont capricieux !
    Si je n'ai pas le temps de vivre plus longtemps,
    Qu’au moins je puisse terminer ma chanson !

    J'abreuverai mes chevaux, je finirai mon couplet,
    Juste un instant encore, au bord de l’abîme...

    Petites nouvelles russes - Высоцкий - Кони привередливые
    Vladimr Vyssotski – Les chevaux capricieux

    Il s’agit là, peut-être, du texte de Vissotsky ayant donné lieu au plus grand nombre d’analyses et d’interprétations. De nombreux critiques littéraires s’y sont essayés, chacun tentant d’en décrypter le sens profond ainsi que ses nombreuses références intertextuelles.

    Pour en savoir plus en russe : Андрей Скобелев, « "Кони привередливые" в поле интертекстовом », 2009 : www.academia.edu.

  • Vladimir Vyssotski : Le Malheur

     Vladimir Vyssotski - Владимир Высоцкий

    Le Malheur (1972) Беда

    Я несла свою Беду
    по весеннему по льду,
    Обломился лёд — душа оборвалася,
    Камнем под воду пошла...
    а Беда - хоть тяжела —
    А за острые края задержалася.

    И Беда с того вот дня
    ищет по свету меня,
    Слухи ходят вместе с ней с Кривотолками.
    А что я не умерла,
    знала голая ветла
    И ещё перепела с перепёлками.

    Кто ж из них сказал ему,
    господину моему, —
    Только выдали меня, проболталися.
    И, от страсти сам не свой,
    он отправился за мной,
    Ну а с ним Беда с Молвой увязалися.

    Он настиг меня, догнал,
    обнял, на руки поднял,
    Рядом с ним в седле Беда ухмылялася...
    Но остаться он не мог —
    был всего один денёк,
    А Беда на вечный срок задержалася...

    J'ai porté mon Malheur
    sur la glace de printemps,
    La glace s'est brisée et mon âme a sombré,
    Telle une pierre au fond de l'eau...
    mais mon Malheur - pourtant si lourd -
    Est resté, s’agrippant à ses bords acérés.

    Et le Malheur depuis ce jour
    de par le monde me poursuit,
    Potins et médisances marchent à ses côtés.
    Et que ne suis-je morte,
    Seul l'a su le saule aux branches dénudées
    Et encore un couple d'étourneaux.

    Qui d'entre eux le lui a dit,
    à Lui, mon seigneur et mon maître -
    Seulement m'ont-ils trahie et dénoncée.
    Et lui, fou de passion,
    s'est lancé sur mes pas,
    Et, à sa suite, rumeurs et malheur.

    Il m'a traquée, m'a rattrapée,
    m'a étreinte, m’a soulevée,
    Pendant que le malheur, narquois, chevauchait à ses côtés...
    Il ne demeura avec moi
    qu'une petite journée,
    Mais le Malheur, lui, depuis s'est attardé éternellement...

    Et que ne suis-je morte...’ - Vladimir Vissotski…

    J’en mourrai peut-être’ - Guillaume Apollinaire

    Il est tentant ici de faire le parallèle entre ce texte émouvant de Vissotski et la naïveté du poème d’Apollinaire : ‘Les cloches’ (1901) - Lire : ici et là, deux femmes disent, pour l’une son malheur, et pour l’autre sa honte, d’avoir aimé, peut-être trop aimé, un amant de passage…

    Ecoutez sur Youbube 'Les cloches' mis en musique et interprété par Léo Ferré.

    Marina Vlady, la dernière égérie de l’artiste :

    Marina et Vladimir se sont connus à Moscou en 1967 alors que le comédien jouait sur la scène du théâtre de la Taganka (театр на Таганке). Ils officialisèrent leur union en 1970 et restèrent unis jusqu’au décès du chanteur en 1980. Lui, citoyen soviétique, longtemps privé de sortie de son pays et elle, Française, ne pouvant se rendre en URSS que sur invitation, munie d’un visa touristique.

    Petites nouvelles russes - Marina Vlady
    Marina Vlady

    Marina est née en France, en 1938, d’une famille russe immigrée, de son vrai nom : Catherine Marina de Poliakoff-Baïdaroff (Екатерина Марина Владимировна Полякова-Байдарова). Son union avec Vladimir Vyssotski offrira au poète l’opportunité de voyager en France. C’est ainsi que lors de ces séjours il enregistrera enfin, en 1977, un premier album trente-trois tours, chose à l’époque, impensable pour lui en URSS.

    Lire (en russe) l’histoire de leur rencontre et de leur amour et Voir sur Youtube (en russe, sous-titré en anglais) : ‘Le dernier baiser (Последний поцелуй), réalisé par N. Guguyeva (Н. Гугуева) et A. Kogan (А. Коган), 2007

    Vladimir Vissotsky en France :

    ‘Je respire donc j’aime, j'aime donc je vis…’

    En 1976, Vladimir Vissotski obtient enfin l’autorisation de voyager hors d’URSS et se rend aux Etats-Unis, au Mexique et, bien sûr, en France où il donna en 1977 deux récitals. Ci-dessus un des rares interviews de Vladimir Vissotski à la télévision française où il interpréta deux de ses chansons : ‘Ballade d’amour’ (Баллада о любви) et ‘La chasse aux loups’ (Охота на волков).

    Petites nouvelles russes - Vladimir Vissotski

    ‘Le vol arrêté’ : une chanson, un album, un livre mémoire :

    En 1987, Marina Vlady publiera ‘Vladimir ou le vol arrêté’ un livre hommage, en mémoire de Vladimir Vyssotski. L’année suivante, en 1988, paraîtra l’album ‘Vlady – Vissotsky’ dans lequel Marina interprétera des chansons du barde soviétique. Ecoutez sur Youtube l'album ‘Vlady – Vissotsky’ dans son intégralitée.

    Voici enfin une dernière version du ‘Malheur’ (Беда), interprétée par Nina Troufanova (Инна Труфанова) :