• Vladimir Vyssotski : Chanson sur l’ami

    Vladimir Vyssotski, 'Chanson sur l'ami ' (Песня о друге) - 1967
    extrait du film Vertical (Вертикаль), réalisé par S. Govoroukhine et B. Durov

     Vladimir Vyssotski - Владимир Высоцкий

     Chanson sur l'ami - Песня о друге

    Petites nouvelles russes - Timbre représentant Vladimir Vyssotski
    Timbre de la poste russe représentant Vladimir Vyssotski (1999)

    Vladimir Vyssotski (Владимир Семёнович Высоцкий) était un artiste complet, auteur, compositeur et interprète de ses chansons, bien entendu, mais aussi comédien, acteur de théâtre et de cinéma. C'est par ce média qu'il a su se faire connaître, sous l'ère soviétique, et qu'il a pu se faire entendre -'officiellement' - auprès d'un large public...

    A ma connaissance, en dehors de ses prestations cinématographiques et de quelques enregistrements extraits de ces films (voir ci-dessous), le premier album de Vladimir Vyssotski commercialisé en URSS le fut en 1980*, l'année même de son décès : son titre 'Chansons' (Песни). Son premier morceau est justement Chanson sur l'ami...

    * A l'exception d'une adaptation du conte de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles (Алиса в стране чудес), paru en 1977 - écoutez sur Youtube.

    Песня о друге

    Если друг оказался вдруг
    И не друг, и не враг, а - так,
    Если сразу не разберёшь,
    Плох он или хорош,-

    Парня в горы тяни - рискни!
    Не бросай одного его,
    Пусть он в связке в одной с тобой -
    Там поймёшь, кто такой.

    Если парень в горах - не ах,
    Если сразу раскис и - вниз,
    Шаг ступил на ледник и - сник,
    Оступился - и в крик,-

    Значит, рядом с тобой - чужой,
    Ты его не брани - гони:
    Вверх таких не берут, и тут
    Про таких не поют.

    Если ж он не скулил, не ныл,
    Пусть он хмур был и зол, но - шёл,
    А когда ты упал со скал,
    Он стонал, но - держал,

    Если шёл за тобой, как в бой,
    На вершине стоял хмельной,-
    Значит, как на себя самого,
    Положись на него.

    Chanson sur l'ami

    Si tu veux savoir si l’ami
    est celui qu’il prétend, vraiment
    Et savoir s’il a dans le sang
    du courage ou du vent

    Les montagnes sont là pour ça
    vers les cimes avec lui, vas-y
    Dans la même cordée, liés
    tu sauras qui il est

    Si très vite accablé, crevé
    il se traîne, il se braque et craque
    Trébuchant sur le roc crissant
    s’il s’écroule en braillant

    Celui-là n’est pas un des tiens
    arrache-le de ta vie, sans cri
    On n’amène pas ceux-là là-bas
    et on ne les chante pas

    Mais s’il n’a pas bronché, flanché
    même sombre et méchant, marchant
    Et quand t’as dévissé, glacées
    ses mains t’ont pas lâché

    S’il te suivait comme au combat
    debout, ivres, au sommet, soudés
    C’est que les yeux fermés tu pourras
    compter sur celui-là

    Traduction française d'Annie-Pénélope Dussault © 2002 - Adaptation : Bia Krieger pour l'album d'Yves Desrosiers, 'Volodia' (2002).

    'Attends un peu !' - Extraits où est fredonné l'air de la 'Chanson sur l'ami'.

    'La Chanson à un ami’ en dessin animé :

    En 1969, le réalisateur Génnadine Sokolski (Геннадий Михайлович Сокольский) (1937-2014) s’apprête à réaliser un dessin animé intitulé ‘Attend sun peu !’ (Ну, погоди!), l’histoire d’un loup malchanceux qui ne rêve que de lièvre (en friture). Sokolski avait dès l’abord songé à la voix de Vladimir Vyssotski pour interpréter la voix du loup. Mais la censure soviétique interdit à l’artiste ce rôle (de composition ☺). Pourtant, l’air de la 'Chanson sur l’ami’ sera fredonné dans quelques épisodes de la série (dans les moments où il faut se hisser à la force des bras sur une corde, tel un alpiniste).

    La voix de Vladimir Vyssotski au cinéma

    Petites nouvelles russes - Vyssotski - Disque souple 'Vertical' 1968
    Couverture du premier disque de Vladimir Vyssotski (1968)

    En­ 1968­­ paraît­­ un­­ tout­‍ premier enregistrement sur disque souple comprenant, outre 'Chanson sur l'ami', les trois autres chansons que Vladimir Vyssotski interprète dans le film 'Vertical' (Вертикаль), réalisé par S. Govoroukhine et B. Durov (1967) : 'L'adieu aux montagnes' (Прощание с горами) - écoutez sur Youtube ; 'Chanson de guerre' (Военная песня) - écoutez sur Youtube ; 'Le sommet' (Вершина) - écoutez sur Youtube.

    De son vivant, Vladimir Vyssotski put, en quelque sorte, échapper à la censure soviétique grâce aux nombreux films dans lesquels il tourna - pas moins de 25 ! - et dans lesquels on peut l'entendre interpréter plusieurs de ses créations musicales.

    Les chansons de Vladimir Vyssotski
    au cinéma (1966-1974)

    Les chansons de Vladimir Vyssotski
    au cinéma (1975-1980)

  • Deux guitares – Rien ne va !

     Deux guitares - Две гитары

    Quand 'Plus rien ne va !'

    Vladimir Vyssotski, 'La tsigane' (Цыганская) - 1967
    extrait du film Courtes rencontres (Короткие встречи), réalisé par Koura Mouratov

    Vladimir Vyssotski (1938 – 1980) est un des rares chanteurs russes de variété à avoir acquis une notoriété certaine à l’extérieur de son pays – à l’époque, on parlait de l’URSS. Son mariage avec la française Marina Vlady lui a permis de séjourner dans notre pays et d'y faire connaître son répertoire.

    Longtemps, à quelques exceptions près, ses chansons furent interdites en Union soviétique, ses textes ne s'inscrivant pas dans les canons voulus par le système. Il est donc parfois difficile de connaître la date exacte de composition de toutes ses œuvres. Certaines ne seront officiellement diffusées dans le commerce que bien après sa mort, après la chute de l’URSS…

    Vladimir Vyssotski semble avoir beaucoup appréciée ‘Deux guitares’, puisqu'il aurait enregistré jusqu'à 34 (!) versions de la chanson entre 1967 et 1979 (dont une en français). Les premières reprenant les paroles traditionnelles, librement inspirées par les vers d’Apollon Grigoriev.

    Vladimir Vyssotski, Parle-moi donc, guitare !
    (Поговори хоть ты со мной), 1967

    Поговори хоть ты со мной, гитара,
    Гитара семиструнная, вся душа,
    Вся душа полна тобой, а ночь,
    А ночь такая лунная.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много раз.

    В чистом поле васильки
    Вам, дальняя дорога.
    Эх сердце стонет от тоски,
    А в глазах тревога.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много раз.

    На горе стоит ольха, а под горою вишня.
    Полюбил цыганку я, а она, она замуж вышла.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много раз.

    У меня жена была, она меня любила.
    Изменила только раз, а потом решила.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много раз.

    Если вас целуют раз,
    вы наверно вскрикните,
    Эх раз, да ещё раз,
    а потом привыкните.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много раз.

    Parle-moi donc, guitare !
    Guitare aux sept cordes : toute mon âme,
    Toute mon âme est pénétrée par toi. Et la nuit,
    La nuit s’illumine d’une lune pleine.

    Allez, encore une fois,
    Oui, encore de nombreuses, nombreuses fois.

    Pour vous une plaine couverte de bleuets
    et une longue route,
    Le cœur est affligé
    et l'anxiété trouble les yeux.

    Allez, encore une fois,
    Oui, encore de nombreuses, nombreuses fois.

    Sur la montagne ne se dresse qu’un seul aune,
    Et plus bas seulement un cerisier.
    J’ai aimé la Tzigane,
    mais elle a préféré se marier avec un autre.
    Allez, encore une fois,…

    J’ai épousé une femme qui m’aimait.
    Elle ne m’a trompé qu’une fois,
    et puis elle a recommencé...

    Encore une fois,
    Oui, encore de nombreuses, nombreuses fois.

    Si on vous embrasse une seule fois,
    peut-être sursauterez-vous,
    une fois, et puis encore une fois...
    ensuite vous vous y habituerez.

    Allez, encore une fois,
    Oui, encore de nombreuses, nombreuses fois.

    Rien ne va !

    L’enregistrement le plus connu, ‘Rien ne va !' (Всё не так, как надо) date de 1977 et fut gravé en France. Son texte , ‘existentialiste’, s’éloigne considérablement des poèmes originaux d’Apollon Grigoriev – même si on y retrouve certaines allusions.

    В сон мне – жёлтые огни,
    И хриплю во сне я:
    – Повремени, повремени, –
    Утро мудренее!
    Но и утром всё не так,
    Нет того веселья:
    Или куришь натощак,
    Или пьёшь с похмелья.

    Да, эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много-много раз.
    Да ещё раз, или пьёшь с похмелья.

    В кабаках – зелёный штоф,
    И белые салфетки.
    Рай для нищих и шутов,
    Мне ж – как птице в клетке!
    В церкви смрад и полумрак,
    Дьяки курят ладан.
    Нет! И в церкви всё не так,
    Всё не так, как надо.

    Эх раз, раз, да ещё раз,
    Да ещё много-много-много раз.
    Да ещё раз, всё не так, как надо.

    Я – на гору впопыхах,
    Чтоб чего не вышло.
    А на горе стоит ольха,
    А под горою вишня.
    Хоть бы склон увить плющом,
    Мне б и то отрада,
    Хоть бы что-нибудь ещё.
    Всё не так, как надо!

    Эх раз, раз, да ещё раз,...

    Я тогда по полю, вдоль реки.
    Света – тьма, нет бога!
    А в чистом поле васильки,
    Дальняя дорога.
    Вдоль дороги – лес густой
    С Бабами-Ягами,
    А в конце дороги той –
    Плаха с топорами.

    Эх раз, раз, да ещё раз,...

    Где-то кони пляшут в такт,
    Нехотя и плавно.
    Вдоль дороги всё не так,
    А в конце – подавно.
    И ни церковь, ни кабак –
    Ничего не свято!
    Нет, ребята, всё не так,
    Всё не так, ребята!

    Эх, раз, да ещё раз,
    Да ещё много, много-много-много раз,
    Да ещё раз: Всё не так, ребята!

    Dans mon rêve, dans les feux des gyrophares,
    Je râle. Dans mon sommeil je me répète :
    Pas tout de suite, juste attendre un peu,
    Au matin tout devrait finir par s’éclaircir...
    Mais quand arrive le matin rien ne va,
    Je n’y trouve aucune joie :
    Ou bien fumer à jeun,
    Ou boire encore avec une bonne gueule de bois,

    Allez, une fois, encore une fois,
    Encore de nombreuses, nombreuses fois !
    Oui encore une fois ou bien boire avec une gueule de bois

    Dans les troquets aux murs vert damassé,
    Dans les troquets aux serviettes blanches,
    Paradis pour les mendiants et les bouffons,
    Je tourne comme un oiseau en cage !
    Dans la puanteur et la pénombre des églises,
    Où des diacres font brûler l’encens,
    Rien ne va ! Non, même dans les églises,
    Rien ne va comme il faudrait.

    Allez, une fois, encore une fois...
    Oui encore de nombreuses, nombreuses fois !
    Encore une fois, rien ne va comme il faudrait.

    J’ai escaladé en toute hâte la montagne,
    Pour que rien de mal n’arrive.
    Mais sur la montagne je n’y voit qu’un seul aulne,
    Seul plus bas pousse un cerisier.
    Ah, si la pente pouvait se couvrir de lierre,
    Cela serait déjà bien suffisant pour moi !
    Juste y trouver encore quelque chose !
    Mais là-haut aussi rien ne va comme il faudrait !

    Allez, une fois, encore une fois...

    J’irai donc par les champs, le long de la rivière,
    Dans une nuée de lumière, et sans dieu aucun :
    Seulement dans la plaine des bleuets à perte de vue,
    Seulement la longue route.
    Mais le long de la route la forêt est profonde -
    C’est le domaine des sorcières maléfiques -,
    Et au bout de cette route juste
    Le billot du bourreau et ses haches qui m’attendent.

    Allez, une fois, encore une fois...

    Quelque part, là où des chevaux marquent le pas
    Et dansent sans entrain, lentement,
    Tout au long de cette route rien ne va,
    Et au bout, à la fin, c’est pire encore  !
    Il n’y a aucune église, aucun troquet,
    Rien de sacré !
    Rien, les gars, plus rien ne va !
    Plus rien ne va, les gars !

    Allez, une fois, encore une fois...
    Oui encore de nombreuses, nombreuses fois !
    Oui, encore une fois : rien ne va comme il faudrait, les gars.

    Deux guitares… en version française

    Vladimir Vyssotski a enregistré une version en langue française de sa chanson… à mon avis, moins convaincante...

    Vladimir Vyssotski, Plus rien de va !
    (version française de Charles Level, 1977)

    Voici enfin une autre version de 'Deux guitares' en français, chantée celle-là par Charles Aznavour, un Arménien d’origine et donc… presque un Tsigane !

  • Deux guitares – Une chanson tsigane ?

    Deux guitares - Две гитары 

    Une chanson tsigane ? Oui… et non !

    La mélodie, autant que les paroles de ‘Deux guitares’ sont à l’évidence d’inspiration tsigane, et résonnent comme nombre de leurs chants et de leurs danses. (Ci-dessous : une interprétation empreinte de liberté et de sensualité d'une chanson et d'une danse tsiganes par Sonia Timofeeva)

    Si ‘Deux guitares’ est aujourd’hui considérée comme une chanson tsigane traditionnelle, pour ne pas dire ‘éternelle’, et qu’elle est depuis longtemps chantée dans toutes les tavernes et restaurants russes, son histoire et sa naissance sont plus surprenantes.

    En effet, la première version, la version d’origine, date de la deuxième moitié du XIX° siècle, et elle n’a pas été écrite ni composée, comme on pourrait le croire, par des Tsiganes… mais bien par des Russes-Russes*.

    L'auteur des paroles originales en fut le poète Apollon Aleksandrovitch Grigoriev (en russe : Аполло́н Алекса́ндрович Григо́рьев) – 1822-1864 -. Il écrivit en 1857 deux poèmes: "La danse hongroise des Tsiganes" (Цыганская венгерка) et "Ô Toi, au moins, parle-moi" (О, говори хоть ты со мной…). Un de ses amis, Ivan Vasilievich Vasiliev (1810 - 1870), mis ses vers en musique, l’accompagnant à la guitare.

    Petites nouvelles russes - Apollon Gregoriev
    Apollon Aleksandrovitch Grigoriev (Аполло́н Алекса́ндрович Григо́рьев) – 1822-1864 -

    * Les Russes distinguent habituellement ‘citoyenneté’ de ‘nationalité’ : on peut être Russe (de citoyenneté) mais d’être d’une autre ‘nationalité’ : tatare, ukrainienne, juive, arménienne, tchouvache, etc. En 1989, au moment de la dislocation de l’ex-URSS, le pays comptait 128 nationalités. A la suite de nombreuses réformes constitutionnelles, on parle aujourd'hui d’« entités nationales » (21 républiques, 10 districts [okroug] autonomes, plus la Région autonome des Juifs)  – Source :  Anne GAZIER, « Régions et nationalités en Russie : aspects institutionnels et juridiques », openedition, 2006 ).

    Pour en savoir plus :  Qui est russe aujourd’hui ?’, The Conversation, mai 2018

    Apollon Alexandrovitch Grigoriev (1857)

    Аполлон Александрович Григорьев

    Цыганская венгерка
    (отрывок)

    Две гитары, зазвенев,
    Жалобно заныли...
    С детства памятный напев,
    Старый друг мой — ты ли?

    Как тебя мне не узнать?
    На тебе лежит печать
    Буйного похмелья,
    Горького веселья!

    Это ты, загул лихой,
    Ты — слиянье грусти злой
    С сладострастьем баядерки —
    Ты, мотив венгерки!

    Квинты резко дребезжат,
    Сыплют дробью звуки...
    Звуки ноют и визжат,
    Словно стоны муки.

    Что за горе? Плюнь да пей!
    Ты завей его, завей
    Веревочкой горе!
    Топи тоску в море!

    Вот проходка по баскам
    С удалью небрежной,
    А за нею — звон и гам
    Буйный и мятежный.

    Перебор... и квинта вновь
    Ноет-завывает;
    Приливает к сердцу кровь,
    Голова пылает.

    La danse hongroise des Tziganes
    (extrait)

    Deux guitares résonnent
    D’une plainte lancinante...
    Depuis l'enfance, une mélodie inoubliable,
    Mon vieil ami, est-ce toi ?

    Comment me serais-tu inconnu ?
    Toi, marqué par le sceau
    d’une violente gueule de bois,
    d’une amère joie.

    C'est toi, ô débauche plein de bravoure,
    Toi qui réunit la tristesse maligne
    Et la volupté d’une danse venue d’Inde -
    Toi, mélodie d’une danse hongroise !

    Les accords brusquement résonnent,
    Les sons répandent leurs éclats…
    Les sons geignent et grincent
    Pareils à des gémissements tourmentés.

    Quel est ce chagrin ?
    Crache-lui dessus et puis bois !
    Tords le cou au malheur
    Et pends-le au bout d’une corde !
    Noie ton cafard dans la mer !

    Et voici l’accord des basses
    D’une hardiesse nonchalante,
    Suivi de sonneries et vacarme
    Violents et rebelles.

    Les doigts glissent sur les cordes…
    Et un accord à nouveau qui gémit et puis hurle ;
    Le sang remplit le cœur,
    La tête brûle.

    О, говори хоть ты со мной...

    О, говори хоть ты со мной,
    Подруга семиструнная!
    Душа полна такой тоской,
    А ночь такая лунная!

    Вон там звезда одна горит
    Так ярко и мучительно,
    Лучами сердце шевелит,
    Дразня его язвительно.

    Чего от сердца нужно ей?
    Ведь знает без того она,
    Что к ней тоскою долгих дней
    Вся жизнь моя прикована…

    И сердце ведает моё,
    Отравою облитое,
    Что я впивал в себя её
    Дыханье ядовитое...

    Я от зари и до зари
    Тоскую, мучусь, сетую...
    Допой же мне - договори
    Ты песню недопетую.

    Договори сестры твоей
    Все недомолвки странные...
    Смотри: звезда горит ярчей...
    О, пой, моя желанная!

    И до зари готов с тобой
    Вести беседу эту я...
    Договори лишь мне, допой
    Ты песню недопетую!

    Ô Toi, au moins, parle-moi...

    Ô Toi, au moins, parle-moi,
    Mon amie aux sept cordes !
    Mon âme est pénétrée de tristesse,
    Alors qu’une lune pleine illumine la nuit !

    Là-bas brûle une étoile unique,
    Si brillante et douloureuse,
    Ses rayons font trembler mon cœur,
    Le taquinant avec sarcasme.

    Que veut-elle de mon cœur ?
    Déjà elle sait bien
    Que par elle toute ma vie est enchaînée
    A la tristesse des longues journées.

    Et mon cœur arrosé
    Par ce poison sait bien
    Que j’ai bu jusqu’à la lie
    Son parfum toxique…

    Et d'aube en aube
    Je vais soupirant, me tourmentant, me lamentant.
    Parle-moi donc et chante jusqu’au bout
    Тa chanson inachevée.

    Dis-moi guitare
    Toutes les étranges réticences de ta sœur...
    Regarde : l'étoile brûle plus fort ...
    Ô, chante encore, Toi, mon désir !

    Et jusqu’à l'aube avec toi je suis prêt
    A poursuivre ce dialogue...
    Continue seulement à chanter pour moi
    Тa chanson toujours inachevée !

    Rares sont, parmi les nombreuses versions que l'on peut écouter, celles qui indiquent les noms de l’auteur et du compositeur originaux. La rançon du succès sans doute. Voilà un oubli ici enfin réparé !

  • Deux guitares

    Petites nouvelles russes - Les deux guitares - chant tsigane

     Deux guitares - Две гитары

    Aux sources d'une chanson tsigane

    Voici l’histoire d’un air tsigane connu, chanté depuis ‘toujours’ dans les cabarets russes. Une musique venue du fond des âges, fredonnée et transmise par ces populations nomades le long des routes, durant leur longue pérégrination, peut-être venue d’Inde d’où ils seraient originaires.

    Поле, ветер, огоньки,
    Дальняя дорога.
    Ноет сердце от тоски,
    А на душе тревога.

    Эх, раз, да ещё раз,
    Да ещё много, много раз.

    В поле маки да васильки,
    Все они мне любы.
    Васильки - глаза твои,
    Маки - твои губы.

    Васильки - глаза твои,
    Маки - твои губы.
    Я одну тебя люблю,
    А остальных я мучаю.

    Я любил да я страдал,
    Мучился напрасно.
    А теперь любовь ушла.
    Стало всё прекрасно.

    Поговори хоть ты со мной,
    Подруга семиструнная.
    Вся душа полна тобой,
    А ночь такая лунная.

    Что любить? К чему любить?
    Зачем любовь позорить.
    Пей вина, и всë равно -
    Заменишь этим горе.

    Все мы любим кабачок -
    Весело там живëтся.
    Тот, наверное, дурачок,
    Кто там не напьется.

    Две гитары за стеной.
    Жалобно заныли.
    С детства памятный напев...
    Друг мой, это ты ли?

    Что болит да где болит?
    Голова с похмелья.
    Пьëм сегодня, завтра пьëм -
    Скоро уж неделя.

    Ах болит да что болит,
    Болит грудь и ноeт.
    То гитара говорит,
    А басы ей вторят.

    Отчего да почему
    На глазах слезинки?
    Это просто, ничего -
    По любви поминки.

    На горе стоит ольха,
    Под горою вишня.
    Полюбил я девушку -
    Она замуж вышла.

    У меня была жена -
    Она мне изменила.
    Изменила только раз
    А потом решила:

    Эх, раз, да ещё раз,
    Да ещё много, много раз.

    Эх, сидел я на горе,
    Посреди долинки -
    Разорвало сердце мне
    На три половинки.

    Как тебя мне не узнать,
    Страстного веселья?!
    На тебе лежит печать
    Бурного похмелья…

    Перебор, и сердце вновь
    Стонет, замирает,
    Полыхает в жилах кровь,
    Голова пылает.

    Смолкли струны в тишине,
    На сердце тревога,
    Нагадали карты мне
    Дальнюю дорогу.

    Долгий путь в далекий край,
    Да по трактам лунным,
    Ну, в последний раз сыграй,
    Вдарь-ка, брат, по струнам!

    Эх, раз, да ещё раз,
    Да ещё много, много раз.

    La plaine, le vent, des petites lumières
    Au loin et la longue route.
    Le cœur gémit de tristesse,
    Et l’âme est anxieuse.

    Allez, encore une fois,
    Oui : de nombreuses fois…

    Dans la plaine, des coquelicots et des bleuets,
    Tous me sont chers :
    Les bleuets sont tes yeux,
    Les coquelicots sont tes lèvres

    Les bleuets sont tes yeux,
    Les coquelicots sont tes lèvres.
    C’est seulement toi que j’aime,
    Alors que je tourmente toutes les autres.

    J’ai aimé et j’ai souffert
    D’inutiles tourments.
    L’amour à présent s’est enfui
    Et tout est redevenu parfait.

    Parle-moi donc un peu,
    guitare aux sept cordes.
    Toute mon âme est pénétrée par toi,
    Et la nuit s’éclaire d’une lune pleine.

    Quoi aimer ? Pourquoi aimer ?
    Pourquoi l’amour est si déshonorant ?
    Bois du vin : ce sera tout aussi bien,
    Laisse tomber ton chagrin.

    Tous nous aimons les troquets,
    Оn y passe son temps dans la joie :
    C’est un bel imbécile
    Celui qui ne s’y enivre pas.

    Deux guitares geignent derrière un mur.
    Depuis l'enfance, une mélodie inoubliable...
    Mon ami, est-ce toi ?

    Qu’est-ce qui me fait souffrir ?
    Pourquoi souffrir ?
    Mal de tête et gueule de bois.
    Boire aujourd’hui et boire aussi demain –
    Et bientôt toute la semaine.

    Ah ! Souffrir… De ce qui fait souffrir,
    Un cœur en peine, souffrant et gémissant.
    Ainsi parle la guitare,
    Et les basses reprennent son refrain.

    Pour qui et pourquoi ces larmichettes ?
    Ce n’est vraiment pas grand-chose -
    Juste le souvenir
    De la mort d’un amour.

    Sur la montagne ne se dresse qu’un aune,
    Et, plus bas, un cerisier.
    J’ai aimé une fille –
    Mais elle a préféré se marier avec un autre.

    J’ai épousé une femme et puis elle m’a trompé.
    Elle ne m’a trompé rien qu’une fois...
    Et puis elle a recommencé :

    Une fois, et encore une fois,
    De nombreuses, nombreuses fois...

    Alors, je me suis assis sur la montagne,
    Au milieu des vallons -
    Le cœur brisé en trois moitiés.

    Comment ne pas te reconnaître,
    Ô joie pleine de passion ?!
    Tu portes les stigmates
    D’une violente gueule de bois…

    Cette musique...
    Et le cœur à nouveau
    Qui gémit et se fige ;
    Le sang brûle dans les veines
    Et la tête explose.

    Les cordes se sont tues
    Еt mon cœur est anxieux.
    Les cartes m’ont prédit
    Une longue route,

    Un long voyage dans un pays lointain,
    Par des chemins lunaires,
    Alors, une dernière fois, joue, mon frère,
    Fais résonner de toutes tes forces
    Les cordes de ta guitare !

    Allez, encore une fois,
    Oui : de nombreuses fois…

    Si, en ligne, on peut trouver et écouter de nombreuses versions – plus ou moins réussies* – et si leurs paroles répètent plus ou moins le même thème, la même histoire, rien n’indique, en général, qui en est l’auteur et qui en fut le compositeur.

    C’est à cette recherche, tel des explorateurs partant sur la piste improbable d’une origine perdue que nous vous invitons…

    * D'ailleurs, si le cœur vous en dit, vous pouvez vous exercer au Karaoké et ainsi créer votre propre interprétation : Deux guitares version Karaoké - Две гитары (en russe)...

  • Les soirées de Moscou

    Les soirées près de Moscou
    ­
    Подмоско́вные вечера́

    Comme il est difficile de dire ou ne pas dire...

    Musique : Vassili Soloviev-Sédoï (Василий П. Соловьёв-Седой)

    Paroles : Mikhaïl Matoussovsky (Михаил Л. Матусовский)

    ­
    (1955)

    Comme égarée dans un documentaire en l'honneur de la Spartiakade de Moscou en 1956, cette chanson ne devait être qu’un bref ‘entracte’ au milieu d'images sportives...

    Не слышны́ в саду́ да́же шо́рохи,
    Всё здесь за́мерло до утра́.
    Eсли б зна́ли вы, как мне до́роги
    Подмоско́вные вечера́.

    Ре́чка дви́жется и не дви́жется,
    Вся из лу́нного серебра́.
    Пе́сня слы́шится и не слы́шится
    В эти ти́хие вечера́.

    Что ж бы, ми́лая, смо́тришь и́скоса,
    Ни́зко го́лову наклоня́?
    Тру́дно вы́сказать и не вы́сказать
    Всё, что на́ сердце у меня́.

    А рассве́т уже́ всё заме́тнее.
    Так, пожа́луйста, будь добра́.
    Не забу́дь и ты э́ти ле́тние
    Подмоско́вные вечера́.

    Séparateur 3

    Dans le jardin on n'entend ni même un bruissement,
    Tout ici est comme figé jusqu'au matin.
    Si vous saviez combien me sont chères
    Les soirées près de Moscou.

    La rivière coule et ne s’écoule pas,
    Tout argentée de lune.
    On entend une chanson, puis on ne l’entend pas
    En ces soirées tranquilles.

    Eh bien, ma douce, pourquoi ce regard,
    Pourquoi baisser la tête ?
    Comme il est difficile de dire ou de ne pas dire
    Tout ce que j’ai dans le cœur.

    Déjà l’aube se fait plus sensible.
    Alors, je t’en prie, sois gentille.
    N'oublie pas toi non plus ces soirées d’été
    Passées près de Moscou...

    De Leningrad à Moscou, itinéraire d’une chanson :

    Le compositeur, Vassili Soloviev-Sedoï (Василий П. Соловьёв-Седой) (1907-1979), natif de Léningrad, désirait au départ que la chanson s'intitule ‘Les soirées de Leningrad’ (Ленинградские вечера), mais à la demande du ministère soviétique de la culture, la chanson et son titre ‘déménagèrent’ dans ‘Les environs de Moscou’… pour les raisons sportives !

    Vassili Soloviev-Sedoï se ‘rattrapa’ quelque temps plus tard en composant la musique de la chanson ‘La chanson du soir – Ecoute Leningrad’ (Вечерняя песня - Слушай Ленинград…) : Ecouter sur Youtube, sur des paroles d’Alexandre Tchourkine (Александр Дмитриевич Чуркин).

    Une chanson aux paroles ‘bizarres’ pour un film sportif :

    La chanson était une commande destinée à figurer dans un long documentaire en plusieurs parties célébrant la Spartiakade des peuples de l’URSS (Спартакиада народов СССР) qui se déroula en 1956 à Moscou. Comme égarée dans cette ode au sport, avec ces mots en guise d’introduction :‘Et quand vient le soir…’ (А когда наступил вечер…), elle n’était en quelque sorte qu’un bref ‘entracte’ et aurait pu passer inaperçue au milieu de toutes ces images sportives.

    Petites nouvelles russes - Spartakiade
    Spartakiade de 1956 à Moscou

    Spartiakade (спартакиада) : compétition sportive de masse réunissant plusieurs disciplines sportives en URSS ainsi que dans d'autres pays, en particulier du bloc socialiste. La première Spartiakade de Moscou se déroula en 1928. Toujours existantes dans la Russie actuelle, les Spartakiades se voulaient/se veulent le pendant des Jeux olympiques dont fut longtemps – jusqu’en 1952 - privée l’URSS (et aujourd’hui, à nouveau, la Russie, depuis 2021, à la suite d’une affaire de dopage généralisé).

    La chanson et ses paroles ‘bizarres’ où, à la fois, ‘on entend et on n’entend pas’, où ‘la rivière coule et ne coule pas’ et où il est si ‘difficile de dire et de ne pas dire’, fut refusée par l’interprète le plus populaire de l’époque, Mark Bernès (Марк Наумович Бернес). Pourtant, elle connut rapidement le succès populaire, interprétée par le comédien Vladimir Trochine (Владимир Константинович Трошин) (1926-2008).

    Vladimir Trochine (Владимир Трошин), Подмосковные вечера, 1956

    Des ‘Nuits de Moscou’ au ‘Temps du muguet’ :

    Dans les années qui suivirent sa création, la chanson connut un succès international dont témoignent les nombreuses versions en de nombreuses langues.

    En français, une version se voulant proche du texte russe original fut chantée par Georges Ots (Георг Каaрлович Отс). Lire les paroles des 'Nuits de Moscou'.

    Mais la version française la plus connue est incontestablement celle qu'interpréta en 1959 Francis Lemarque : Le Temps du muguet’, dont le titre (et les paroles - lire) s’écartent totalement du sujet initial tout en conservant à l’ensemble son aspect nostalgique…

    Francis Lamarque, Le temps du muguet, 1959

    Mireille Mathieu, artiste célèbre dans l’ex-URSS,  a chanté la chanson, en français et en russe, en concert-live à Moscou en 1987…

  • Kalinka, Katioucha et Kasatchok

    Kalinka (Калинка) par les Chœurs de l'Armée Rouge  - Soliste : Vadim Ananiev
    (Ансамбль Российской Армии имени А.В.Александрова - Солист: Вадим Ананьев)

    Kalinka - Калинка

    Peut-être la chanson russe la plus célèbre...

    Auteur-compositeur : Ivan Larionov

    Aвтор-композитор: Иван Петрович Ларионов

    ­
    (1860)

    Припев:

    Калинка, калинка, калинка моя!
    В саду ягода малинка, малинка моя!

    Ах, под сосною, под зеленою,
    Спать положите вы меня!
    Ай-люли, люли, ай-люли, люли,
    Спать положите вы меня.

    (Припев)

    Ах, сосенушка, ты зеленая,
    Не шуми ты надо мной!
    Ай-люли, люли, ай-люли, люли,
    Не шуми ты надо мной!

    (Припев)

    Ах, красавица, душа-девица,
    Полюби же ты меня!
    Ай-люли, люли, ай-люли, люли,
    Полюби же ты меня!

    (Припев)

    nb. Les paroles russes se jouant allégrement de la place ‘normale’ des accents toniques, j’ai préféré ne pas les faire figurer, ni non plus les ё...

    Petites-nouvelles-russes - viorne

    Refrain :

    Petite baie d’obier, ma petite baie d’obier !
    Dans le jardin, il y a une petite framboise, ma petite framboise !

    Ah ! sous le pin, sous sa verdure,
    Laissez-moi y dormir !
    Qu’il fait bon dormir, dormir, dormir¹,
    Vous m’y allongerez pour y dormir.

    (Refrain)

    Ah, petit pin, toi si vert,
    Ne fais donc pas de bruit au-dessus de moi !
    Qu’il fait bon dormir, dormir, dormir,
    Au-dessus de moi, nul besoin que tu bruisses !

    (Refrain)

    Ah, la belle, chère jeune fille,
    Tombe donc amoureuse de moi !
    Qu’il fait bon dormir, dormir, dormir,
    Sois donc amoureuse de moi !

    (Refrain)

    1- Ici les paroles russes répètent quatre fois : ‘Liouli’ (люли) un mot semble-t-il dérivé de ‘lioulka’ (люлька) : un berceau en osier. La chanson n’ayant rien d’une berceuse, j’ai repris ici en traduction les mots de ‘Auprès de ma blonde’ : ‘qu’il fait bon dormir’...
    Petites-nouvelles-russes - Иван Петрович Ларионов
    Ivan Larionov (Иван Петрович Ларионов), 1830-1889

    Voici une petite chanson bien russe, peut-être la plus célèbre entre toutes hors de Russie, que les Russes adorent reprendre en chœur en tapant dans leurs mains.

    Cet air qui semble tout droit sorti des campagnes profondes, telle une chansonnette paysanne sans âge, n’a pourtant au départ rien de proprement folklorique. Elle fut écrite et composée en 1860 par Ivan Larionov (Иван Петрович Ларионов) (1830-1889), compositeur, écrivain, folkloriste, musicologue et chef de chœur. Il se serait, pour la musique, inspiré d’un chœur de l’opéra ‘Gromoboï’ (Громобой) du compositeur Alexeï Verstovsky (Алексей Николаевич Верстовский) (1799-1862) écrit quelques années plus tôt. On ne trouve, à ma connaissance, aucun extrait de cet air original sur le Net. (Voici, peut-être, ce qui pourrait s’en rapprocher : une interprétation symphonique : Ecouter sur Youtube.)

    Quant aux paroles, naïves et simples, elles ont donné lieu à diverses interprétations. Ainsi, la baie de l’obier, la viorne (калина), évoquerait l’amour triste tandis que la framboise (малина) l’amour heureux. A chacun de s’en faire une idée…

    Pour en savoir plus : Comment Kalinka est devenue la chanson russe la plus populaire.

    En 1962, Les Compagnons de la Chanson interprètent une version française sur un arrangement de Miguel Barrios et Jean Broussolle.

    Katioucha - Катю́ша

    Une chanson bien innocente...

    Auteur : Mikhaïl Issakovsky - Автор слов: Михаил Исаковский

    Compositeur : Matveï Blanter - Композитор: Матвей Блантер

    ­
    (1938)

    Расцвета́ли я́блони и гру́ши,
    Поплыли́ тума́ны над реко́й.
    Выходи́ла на́ берег Катю́ша,
    На высо́кий бе́рег на круто́й.

    Выходи́ла, пе́сню заводи́ла
    Про степно́го си́зого орла́,
    Про того́, кото́рого люби́ла,
    Про того́, чьи письма́ берегла́.

    Ой ты, пе́сня, пе́сенка деви́чья,
    Ты лети́ за я́сным со́лнцем вслед:
    И бойцу́ на да́льнем пограни́чье
    От Катю́ши переда́й приве́т.

    Пусть он вспо́мнит де́вушку просту́ю,
    Пусть услы́шит, как она́ поёт,
    Пусть он зе́млю бережёт родну́ю,
    А любо́вь Катю́ша сбережёт.

    Расцвета́ли я́блони и гру́ши,
    Поплыли́ тума́ны над реко́й.
    Выходи́ла на бе́рег Катю́ша,
    На высо́кий бе́рег на круто́й.

    Petites nouvelles russes - Etoile rouge

    Les pommiers et poiriers fleurissaient,
    De la brume flottait sur la rivière.
    Katioucha est apparue,
    Sur la rive haute et escarpée.

    En sortant, elle a commencé à chanter
    Une chanson parlant de l'aigle bleu des steppes,
    Une chanson à propos de celui qu’elle aimait,
    De celui dont elle a conservé les lettres.

    O toi, chanson, chansonnette de jeune fille,
    Envole-toi après le clair soleil :
    A celui qui combat sur la lointaine frontière
    Porte-lui le bonjour de Katioucha.

    Qu'il se souvienne d'une jeune fille simple,
    Qu’il puisse entendre comme elle chante,
    Qu'il prenne soin de notre terre natale,
    Et Katioucha saura conserver leur amour.

    Les pommiers et poiriers fleurissaient,
    De la brume flottait sur la rivière.
    Katioucha est apparue,
    Sortant sur une rive haute et escarpée.

    Composée en 1938 alors que se profilait la guerre à venir, la chanson évoque les combats, la séparation du soldat d’avec la fille qu’il a dû quitter, laissée loin derrière lui au pays. Une fille qui saura l’attendre et conserver leur amour. Katioucha devint durant la Grande guerre patriotique (1941-1945) ‘la’ chanson chère au cœur des soldats soviétiques, à l’instar de la célèbre ‘Lili Marleen’ allemande ou de ‘La Madelon’ pour les Poilus de la Première guerre mondiale.

    Voici une version enregistrée par les Chœurs de l’Armée Rouge...

    Petites-nouvelles-russes - Les orgues de Staline
    Katioucha : Les orgues de Staline

    Les orgues de Staline...

    Si Katioucha (Катюша) est le diminutif affectif du prénom Katia (lui-même diminutif d’Ekaterina), elle deviendra, au pluriel, durant la Grande guerre patriotique, le surnom donné par les Soviétiques à ce que les troupes allemandes nommeront de leur côté ‘les orgues de Staline’ (Stalinorgel) : des batteries de lance-roquettes multiples destinées aux tirs de barrage contre l’ennemi.

    Katioucha, comme hymne russe de substitution ?

    Au-delà des paroles, qui somme toute restent bien innocentes, la chanson Katioucha est aujourd’hui chargée en Russie et alentour d’une forte connotation politique, patriotique, voire ‘nationaliste’. Ainsi, en 2021, la Russie demande au Tribunal arbitral du sport (TAS) de pouvoir jouer la chanson en lieu et place de l’hymne russe, interdit lors de toute compétition internationale - à l’époque, à cause des sanctions pour cause de dopage généralisé des athlètes soviétiques – pardon : russes. Demande qui fut rejetée. Lire : '«Katioucha» ne peut pas remplacer l’hymne russe'.

    Petites nouvelles russes - Etoile rouge

    * * *

    Petites-nouvelles-russes - Kasatchok, Boris Roubachkine
    Kasatchok, Boris Roubachkine (Борис Рубашкин)

    Kasatchok - Казачо́к

    Auteur : Boris Roubachkine

    Автор слов: Борис Семёнович Рубашкин

    Sur la mélodie de Matveï Blanter
    (Матвей Блантер)

    Казачо́к, Казачо́к,
    Казачо́к, Раз, два, три!

    Как услы́шу "Казачка́" я зву́ки,
    На душе́ стано́вится легко́
    Забыва́ю ско́рби я и му́ки,
    Ах, друзья́, как э́то хорошо́!
    Забыва́ю ско́рби я и му́ки,
    Ах, друзья́, как э́то хорошо́!

    Припе́в:

    "Казачо́к" - подпрыгива́ют но́ги,
    Ах, Таню́ша, как ты хороша́!
    "Казачо́к" танцу́ем без трево́ги,
    Ах, Таню́ша, ми́лая, целу́й меня́!

    Раз, два, три!
    Казачо́к, казачо́к,
    Казачо́к, раз, два, три!

    С "Казачко́м" живётся веселе́е,
    А с буты́лкой - ещё веселе́й!
    Эй, бра́ток, нале́й-ка поскоре́е,
    Во́дочки, нале́й, нале́й, нале́й!
    (Два ра́за)

    (Припе́в)

    Раз, два, три!

    (Инструмента́льная мелодия : Эй, у́хнем!)

    Как услы́шу "Каза́чка" я зву́ки,
    На душе́ стано́вится легко́
    Забыва́ю ско́рби я и му́ки,
    Ах, друзья́, как э́то хорошо́!
    Забыва́ю ско́рби я и му́ки,
    Ах, друзья́, как э́то хорошо́!

    (Припе́в два ра́за)

    Ла, ла, ла, дава́й Ва́ня,
    Кружи́ нале́во, а напра́во немно́го!
    Ха-ха-ха...
    Хоп! Хоп! Хоп! Хоп! Хоп!..

    Petites-nouvelles-russes - Kasatchok 2

    Danse cosaque, cosaque,
    Cosaque, Un, deux, trois !

    Quand j'entends cette danse cosaque,
    Je me sens l’âme légère,
    J'oublie chagrins et tourments,
    Oh, les amis, comme c'est bon !
    J'oublie chagrins et tourments,
    Oh, les amis, comme c'est bon !

    Refrain:

    Danse cosaque - mes jambes font des bonds,
    Oh, Tanioucha¹, comme tu es douce !
    Danse cosaque - on danse sans souci,
    Oh, Tanioucha, ma chérie, embrasse-moi !

    Un deux trois !
    Danse cosaque, cosaque,
    Cosaque, un, deux, trois !

    La vie est plus amusante accompagnée d’une danse cosaque,
    Et avec une bouteille elle est plus drôle encore.
    Hé, frère, verse-moi vite
    Une petite vodka, verse, verse, verse !
    (bis)

    (Refrain)

    Un deux trois !

    (Instrumental sur le thème des ‘Bateliers de la Volga’)

    Quand j'entends cette danse cosaque,
    Je me sens l’âme légère,
    J'oublie chagrins et tourments,
    Oh, les amis, comme c'est bon !
    J'oublie chagrins et tourments,
    Oh, les amis, comme c'est bon !

    (Refrain deux fois)

    La, la, la, allez Vania,
    Danse et tourne un peu à gauche et puis à droite !
    Ha, ha, ha...
    Hop ! Hop ! Hop ! Hop ! Hop !

    1- Tianoucha (Танюша)  et le  diminutif affectif de Tatiania.
    Petites-nouvelles-russes - Kasatchok
    Kasatchok, hop ! hop ! hop !

    La chanson 'Katioucha' connaîtra une nouvelle popularité internationale à la fin des années 60, sous le titre ‘Kasatchok’ (Казачок) – La danse cosaque – réarrangée et interprétée par Boris Roubachkine (Борис Семёнович Рубашкин) (1932-2022), chanteur d'opéra (et de variétés) naturalisé autrichien, né à Sofia en Bulgarie dans une famille de Cosaques du Don qui avait fui l'URSS lors de la Guerre civile.

    La notoriété de ses reprises des airs russes populaires lui permit, en 1989, d’être le premier des chanteurs auparavant interdits de scène en URSS à donner une série de concerts à Moscou.

    Lire (en russe) : ‘Bravo, Mister ‘Kasatchok’ !

    En 1969, la chanteuse Rika Zaraï (dont le père était russe) en offre une version française, sous le même titre : ‘Kasatchok’, sur des paroles de Tony Perdone.

  • Plaine ma plaine

    Plaine, ma plaine - По́люшко-по́ле

    Encore un grand classique du folklore russe ?

    Musique : Lev Knipper (Лев Константинович Книппер)

    Paroles : Viktor Goussev (Виктор Михайлович Гусев)

    ­
    (1934)

    Cette chanson, qui semble surgir tout droit du folklore éternel et des immenses plaines de Russie, a été composée bien tardivement, au XX° siècle, en 1934. A l’origine chant symphonique, elle est devenue rapidement populaire. De nombreuses fois reprise et interprétée, la plupart des Russes (et des étrangers) en ignorent l’origine.

    По́люшко-по́ле, по́люшко, широ́ко по́ле,
    Е́дут по́ полю геро́и,
    Эх, да кра́сной а́рмии геро́и.

    (Оригина́льная ве́рсия:

    По́люшко-по́ле,
    По́лю́шко, широ́ко по́ле.
    Е́дут по́ полю ребя́та,
    Эх, да молоды́е партиза́ны.)

    Де́вушки пла́чут,
    Де́вушкам сего́дня гру́стно,
    Ми́лый надо́лго уеха́л,
    Эх, да ми́лый в а́рмию уеха́л.

    Де́вушки, гля́ньте,
    Гля́ньте на доро́гу на́шу,
    Вьётся да́льняя доро́га,
    Эх, да развесёлая доро́га.

    То́лько мы ви́дим,
    Ви́дим мы седу́ю ту́чу,
    Вра́жья зло́ба из-за ле́са,
    Эх, да вра́жья зло́ба, сло́вно ту́ча.

    Эх, де́вушки, гля́ньте,
    Мы врага́ приня́ть гото́вы,
    На́ши ко́ни быстроно́ги,
    Эх, да на́ши та́нки быстрохо́дны.

    Эх, пусть же в колхо́зе
    Дру́жная кипи́т рабо́та,
    Мы дозо́рные сего́дня,
    Эх, да мы сего́дня часовы́е.

    Де́вушки, гля́ньте,
    Де́вушки, утри́те слёзы.
    Пусть си́льнее гря́нет пе́сня,
    Эх, да на́ша пе́сня боева́я!

    Petites nouvelles russes - Etoile rouge

    Plaine, ma plaine, chère plaine, immense plaine,
    Par la plaine s’en vont les héros,
    Ah ! Les héros de l'Armée rouge.

    (Version originale :

    Plaine, ma plaine,
    Chère plaine, immense plaine,
    Par la plaine s’en vont les braves gars,
    Ah ! Les jeunes partisans)

    Les jeunes filles pleurent,
    Les jeunes filles aujourd’hui sont tristes,
    Leurs tendres pour longtemps sont partis,
    Ah ! Leurs tendres à l'armée sont partis.

    Jeunes filles, regardez,
    Regardez notre route,
    La route serpente au loin.
    Ah ! La joyeuse route !

    Seulement nous voyons,
    Nous voyons un nuage gris.
    L'hostilité ennemie vient de la forêt.
    Ah ! L'hostilité ennemie, pareille à un nuage.

    Eh ! Jeunes filles, regardez !
    Nous sommes prêts à recevoir l’ennemi !
    Nos chevaux ont le pied alerte,
    Ah, nos chars sont si rapides !

    Ah, que donc dans le kolkhoze,
    Le travail batte son plein dans l’amitié,
    Nous patrouillons aujourd’hui,
    Ah ! Aujourd'hui, nous montons la garde.

    Jeunes filles, regardez !
    Jeunes filles, essuyez vos larmes.
    Que notre chanson retentisse plus fort,
    Oh, oui, notre chanson de combat !

    A l’origine, un chant symphonique :

    Sur des paroles du poète et dramaturge Viktor Goussev (Виктор Михайлович Гусев) 1909-1944, la chanson était initialement destinée au premier mouvement de la quatrième symphonie du compositeur Lev Knipper (Лев Константинович Книппер) 1898-1974, intitulée ‘Poème à un jeune combattant du Komsomol’ («Поэма о бойце-комсомольце»). Très vite cet hymne à la jeunesse communiste soviétique connut le succès et fut dissocié de l’œuvre symphonique.

    Lev Knipper, Quatrième symphonie, premier mouvement :
    Poème à un jeune combattant du Komsomol’ («Поэма о бойце-комсомольце»), 1934.

    Petites nouvelles russes - plaine, ma plaine
    Poème à un jeune combattant du Komsomol

    Comme de nombreux airs populaires russes (ou chansons de l’époque soviétique), il existe plusieurs versions aux paroles chaque fois légèrement différentes, exaltant là les ‘jeunes soldats du Komsomol’ (version originale), ailleurs ‘les héros de l’Armée Rouge’ (la plus courante), ‘ceux de l’Armée russe’, ou ‘les héros du passé’, voire la lutte contre 'les bandes rouges’ (!). Lire (en russe) le poème original de Viktor Goussev.

    Pour en savoir plus, lire et écouter (en russe) : Plaine, ma plaine - histoire d'une chanson.

    Un hymne en l’honneur des combattants de la Jeunesse communiste :

    Petites nouvelles russes - Les jeunes communistes
    'En avant, les jeunes communistes, en avant !

    Komsomol (Комсомол : Коммунистический союз молодёжи) est le nom courant que portait l'organisation de jeunesse du Parti communiste de l'Union soviétique, fondée en 1918 et qui disparut en 1991, après la dislocation de l'URSS. Son nom officiel était : ‘Union de la jeunesse communiste léniniste de toute l'Union’ (Всесоюзный ленинский коммунистический союз молодёжи — ВЛКСМ).

    De cette organisation étatique étaient issus, une fois adultes, nombre des membres du Parti communiste soviétique. Un garçon membre du Komsomol était un ‘komsomolets’ (комсомолец) et une fille une ‘komsomolka’ (комсомолка). Ils étaient l’élite de la jeunesse soviétique et en étaient conscients.

    (Pour mémoire, 'Plaine, ma plaine' (Полюшко-поле) est aussi le titre d'un long-métrage soviétique réalisé en 1956 par Vera Stroeva (Вера Павловна Строева), un mélodrame se déroulant dans un kolkhose. Une toute autre histoire donc, où l'on n'entend jamais le chant si célèbre. Visionner le film 'Plaine, ma plaine' (Полюшко-поле) sur Youtube.)

    Voici, enfin, de ce ‘grand classique du folklore russe’, une version française de 'Plaine, ma plaine' sur des paroles de Francis Blanche - 1945 (Lire)

  • Le chant des Partisans

    "Elle fit de son talent une arme pour la France"
    Charles de Gaulle

    "Свой талант Вы превратили в оружие для Франции"
    Генерал Шарль де Голль

    Petite histoire d’une chanson :

     

    Le chant des Partisans

    Марш Партизан

    Voici l’histoire d’une autre chanson, une petite histoire qui résonne au cœur de la grande Histoire. Son titre est presque identique à celui de l’Hymne des Partisans (soviétiques). Une proximité de nom – et de destinée – peut-être pas si fortuite…

    Directement inspirée, à son auteure-compositrice, Anna Marly, par la résistance des soldats russes de Smolensk durant la Seconde guerre mondiale, ses paroles furent écrites, à l’origine, en russe, avant de devenir le chant de ralliement de la Résistance française qui luttait alors contre l’occupant nazi.

    Марш Партизан

    От леса до леса
    Дорога идёт
    Вдоль обрыва,

    А там высоко
    Где-то месяц плывёт
    Торопливо

    Пойдём мы туда,
    Куда ворон не влетит,
    Зверь не входит

    Никто, никакая сила
    Нас не покорит,
    Не отгонит

    Народные мстители,
    Мы отобьём
    Злую силу

    Пусть ветер свободы
    Засыплет
    И нашу могилу…

    Пойдём мы туда
    И разрушим до конца
    Вражьи сети

    Пусть знают, как много
    За правду нас легло,
    Наши дети!...

    La marche des Partisans

    De forêt en forêt
    La route longe
    Le bord du précipice.

    Et loin, tout en haut,
    Là où vogue
    Hâtivement, un croissant de lune

    Nous irons.
    Là où le corbeau ne volera pas,
    Là où la bête n’entrera pas

    Personne, aucune force,
    Ne nous soumettra,
    Ne nous chassera.

    Nous, les vengeurs du peuple,
    Ferons reculer
    La force maléfique.

    Dût-ce le vent
    De la liberté recouvrir
    Aussi nos tombes,

    Là-bas nous irons
    Et nous détruirons
    Les pièges et les rets de l'ennemi.

    Et que nos enfants sachent
    Combien d’entre nous
    Sont tombés pour la Vérité

    Petites nouvelles russes - Portrait d'Anna Marly
    Tableau d'Anna Marly par Xenia

    Anna Marly (de son nom complet Anna Iourievna Smirnova-Marly - en russe : Анна Юрьевна Смирнова-Марли) s’appelait à l’origine Anna Betoulinskaïa (Анна Юрьевна Бетулинская). Elle naquit en 1915 à Pétrograd. En 1918, pendant la Révolution russe son père sera fusillé. Elle quittera sa terre natale pour rejoindre la France au début des années 1920 avec sa mère, sa sœur et sa gouvernante.

    Quelques années plus tard, elle prend le nom d'Anna Marly (patronyme qu'elle trouve dans l'annuaire) et deviendra danseuse au sein de la compagnie des Ballets russes. Ensuite elle entame une carrière de chanteuse et se produira dans les grands cabarets parisiens.

    En mai 1940, elle connaît un nouvel exode qui la mène, via l'Espagne et le Portugal, à Londres. En 1941, elle s'engage comme cantinière au quartier général des Forces françaises libres.

    En même temps, elle continue, à Londres, à chanter et se produire sur scène. Cette année-là, elle compose la musique de La marche des Partisans (Марш Партизан), ou ‘Guerilla’s Song’ sur laquelle elle rajoute ses propres paroles, dans sa langue maternelle.

    A la même époque, en URSS, est créée la chanson Les partisans' (Партизаны) - 1943 : Ecoutez sur Youtube.

    Dire qu’Anna Marly connaissait ce chant des Partisans soviétiques, cela paraît plausible. S’en est-elle inspirée ? Peut-être...

    Parfaitement bilingue, voici comment elle présente les circonstances de cette création  dans sa langue maternelle :

    Faite Chevalier de l'ordre national du Mérite et Chevalier de la Légion d'honneur, Anna Marly décèdera en 2006 en Alaska… peut-être pour reposer plus près de sa Russie natale !

    ***

    Le Chant des Partisans

    Version française de Joseph Kessel et Maurice Druon (1943)

    Petites nouvelles russes - Joseph Kessel
    Joseph Kessel

    En 1943, la mélodie du Chant des Partisans (ou Chant de la Libération) est choisie comme indicatif musical d’une émission de la France libre diffusée par la BBC destinée aux Français de l’intérieur. Sifflé pour échapper au brouillage de l’ennemi, cet air deviendra, avec des paroles françaises écrites par Joseph Kessel - également d’origine russe* - et Maurice Druon, l’hymne de la Résistance française et le signe de reconnaissance dans les maquis.

    * Joseph Kessel - en russe : Жозеф (Иосиф) Кессель - (1898 – 1979) était fils d’une famille juive de Lituanie – à l’époque, partie intégrante de la Russie impériale. Il vécu quelques années de son enfance à Orenbourg (en russe : Оренбург), ville située sur le fleuve Oural, avant que sa famille ne vienne immigrer en France.

    Le Chant des Partisans

    Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
    Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
    Ohé partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme !
    Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

    Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
    Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades;
    Ohé les tueurs, à la balle et au couteau tuez vite !
    Ohé saboteur, attention à ton fardeau, dynamite !

    C’est nous qui brisons les barreaux des prisons, pour nos frères,
    La haine à nos trousses, et la faim qui nous pousse, la misère.
    Il est des pays où les gens aux creux des lits font des rêves
    Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue nous on crève

    Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe ;
    Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place.
    Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes
    Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute.

    Песнь Партизан

    Мой Друг, слышишь ты как летят чёрныe стаи над нами?
    Мой Друг, слышишь ты стоны нашей страны что страдает?
    Тревога! Вставай партизан, крестьянин и рабочий,
    И крови, и слёз мы врагу уж сегодня пророчим,

    Из шахты шахтёр и с полей крестьянин уже с нами,
    Из укрытий возьмём ружья мы для борьбы со врагами,
    Боец, убивай же врага как ножом, так и пулей,
    Вложи динамит под проклятый осиный их улей,

    Сорвём мы решётки с темниц, где заточены братья,
    Пройдём сквозь пургу, сквозь туман, сквозь ненастья,
    Есть страны, где люди в постелях спокойно мечтают,
    У нас, кто в бою, кто на марше в крови умирает,

    Но каждый из нас твёрдо знает, зачем он встал с нами,
    Друг, знай коль падёшь, мы продолжим борьбу со врагами,
    Вот сушиться чёрная кровь, а наш враг уж не дышит,
    Споём же, друзья, этой ночью свобода нас слышит!

    Le chant des partisans a été enregistré par les plus grandes vedettes françaises, d’Yves Montant à Mireille Mathieu, de Léo Ferré à Johnny Hallyday… Et aussi par les Chœurs de l'Armée rouge !

    Petites nouvelles russes - Les Chœurs de l'Armée rouge - Le Chant des Partisans

    Voici, enfin, une version plus récente dû au groupe Zebda ! (Chacun appréciera…)

  • Par les vallées et les collines – fin

    Photo : 1939 : miliciens en arme dans une rue de Barcelone pendant la Guerre civile espagnole

    Petite histoire d’une chanson :

     

    Par les vallées et les collines

    По долинам и по взгорьям

    Fin

    Un chant devenu international

    Cette chanson connut une diffusion internationale, célébrant (un peu) l’héroïsme des armées blanches, (beaucoup) les partisans communistes, et, parfois,… d’autres luttes et d’autres héros.

    Dès 1934, il existe une version allemande ‘rouge’, d’abord portée par les Socio-démocrates, puis reprise, après-guerre en Allemagne de l’Est – sous le titre : "Partisanen vom Amur" - lire le texte en allemand  et sa traduction... en russe. Rappelons-nous que Karl Marx et Friedrich Engels étaient tous deux natifs germaniques...

    En 1937, l’année même où Piotr Parfionov, l’auteur putatif de la version pro-bolchevique, fut exécuté par ordre de Staline, le chant était repris par les partisans espagnols qui combattaient le régime franquiste sous le titre "El Himno del Guerrillero". Différentes versions du texte (en espagnol) ont été rajoutées sur cet air, décidément très inspirateur ! Lire le texte en espagnol .

    Diffusée après la Seconde guerre mondiale dans l'ensemble des pays du 'Bloc de l'Est', la version rouge fut traduite en de nombreuses langues.

    Voici celle, en serbe (ou en croate - je vous laisse choisir), qu'on fredonnait dans la défunte Yougoslavie...

    La version ‘rouge’ reste encore aujourd’hui très appréciée... en Corée (du Nord, bien entendu). Les paroles sont sous-titrées en coréen : je vous laisse le soin de les traduire…

    En France : ‘Par les vallées et les collines’

    en blanc, rouge et noir...

    Une version française fut écrite dans les années soixante qui rend hommage aux Russes blancs anti-communistes, avant qu’elle ne passe dans le florilège des scouts, de certaines troupes d’élite et de quelques royalistes nostalgiques…

    7. Les partisans blancs

    (Nota : on y parle ici de Dénikine : Le général Anton Dénikine, chef d'état-major dans les armées impériales pendant la Première Guerre mondiale et commandant en chef de l'Armée des Volontaires – ‘blancs’ - pendant la guerre civile russe.)

    De leur côté, les ‘Rouges’ déclament une autre version qui honore les partisans de Lénine (dans cette adaptation, Dénikine cède la place au Grand Lénine – ça rime !). La voici chantée par Catherine Ribeiro et les Chœurs de l’Armée Rouge en 1976 .

    Après les versions ‘blanche’ et ‘rouge’, il fallait bien une version ‘noire’ – c’est-à-dire anarchiste. Voici celle d’Etienne Roda-Gil (1968), un fils d’exilés catalans, parolier libertaire et proche du mouvement anarchiste : La Makhnovchtchina, écrite en mémoire des troupes de Nestor Makhno, commandant pendant la Guerre civile l’Armée Révolutionnaire Insurrectionnelle Ukrainienne qui combattit à la fois les forces bolcheviques et celles des Russes blancs. Pas de chance (pour les Anarchistes  et peut-être pour les Ukrainiens), elle fut défaite par les Rouges et Maxhno mourut en exil...

    Leur slogan, « Mort à tous ceux qui font obstacle à la liberté des travailleurs » (Смерть всім, хто на перешкоді добутья вільності трудовому люду en ukrainien), en dit long sur leurs intentions...

    A l’époque, une version, semble-t-il, aurait existé en langue ukrainienne, sans qu’il n’en soit restée de traces. La version française a depuis été traduite (lire la traduction de La Makhnovchtchina en russe) Retour à l’envoyeur, en quelque sorte !

    © 19.07.2009 владимир платоненко

    Voici, enfin, pour nos amis Corses (parfois un peu nationalistes), une version plus insulaire.

    Chjami Aghjalesi : U Partigianu

  • Par les vallées et les collines – 2

    L’Hymne des Partisans (1922)

    Партиза́нский гимн

    Ce chant fut presque immédiatement ‘récupéré’ par les partisans bolcheviques. Les paroles de la version ‘rouge’ ont été écrites par Piotr Parfionov (Пётр Семёнович Парфёнов) en 1920, puis remaniées par lui en 1922 pour célébrer les victoires sur le front de l’Extrême-Orient contre les Russes blancs. C'est cette version, plus ou moins remaniée, qui fut chantée tout au long de l'ère soviétique.

    По доли́нам и по взго́рьям
    Шла диви́зия вперёд
    Что́бы с бо́ем взять Примо́рье -
    Бе́лой а́рмии опло́т

    Налива́лися знамёна
    Кумачо́м после́дних ран
    Шли лихи́е эскадро́ны
    Приаму́рских партиза́н

    Э́тих дней не смо́лкнет сла́ва
    Не поме́ркнет никогда́
    Партиза́нские отря́ды
    Занима́ли города́

    И оста́нутся как в ска́зке
    Как маня́щие огни́
    Штурмовы́е но́чи Спа́сска
    Волоча́евские дни

    Разгроми́ли атама́нов
    Разогна́ли воево́д
    И на Ти́хом океа́не
    Свой зако́нчили похо́д

    Par les vallées et les collines
    La division allait de l'avant
    Pour prendre d’assaut le Primorié (1)
    (Ultime) rempart de l'armée blanche

    Les bannières saignaient
    De l’étoffe de leurs récentes blessures
    Ils avançaient, les vaillants escadrons
    Des Partisans de l'Amour (2)

    La gloire de ces journées ne s'éteindra pas
    Jamais elle ne se pâlira
    Les bataillons des partisans
    Occupèrent les villes

    Et resteront dans la légende
    Telles des lumières étincelantes
    Les nuits d'assaut sur Spassk (3)
    Et les jours de combat de Volotchaev (4)

    Les atamans (5) furent vaincus
    Et le voïvode chassé (6)
    C’est sur les rivages de l’Océan Pacifique
    Qu’ils achevèrent leur campagne

    1. Le Primorié est une région de l’Extrême-Orient russe – Capitale : Vladivostok ;
    2. Ici, il s’agit du fleuve Amour marquant la frontière entre la Russie et la Chine ;
    3. Spassk-la-Lointaine : ville de l’Extrême-Orient russe, dernière poche de résistance des Russes blancs ;
    4. En 1922, près du village Volotchaevska eut lieu une bataille décisive de la fin de la guerre civile ;
    5. Atamans : chefs militaires cosaques ;
    6. Voïvode : gouverneur militaire et administratif de l’ancienne Russie tsariste.

    Différentes variantes furent par la suite écrites, sous l'ère soviétique. Lire (en russe) : Histoire de la chanson, alimentant l'exaltant souvenir des héros de la Révolution bolchevique.

    Une histoire (une propagande diront certains) que se devait de connaître tout bon citoyen soviétique... y compris les enfants ; et pour cela : quoi  de mieux qu'un petit dessin animé ?

    ***

    Mais changeons d'époque...

    L’Hymne de l’Armée de Libération Russe (1943)

    Гимн Русской Освободительной Армии

    Lors de la Grande Guerre Patriotique, en juillet 1942, Andreï Vlasov - Андрей Андреевич Власов - (ci-dessus, haranguant ses troupes), commandant de la 2ème armée de choc de l'Armée rouge, est capturé par les Allemands, il trahit et se range ouvertement aux côtés de l’agresseur nazi. Il forme quelque mois plus tard la ‘ROA’ - ‘Armée de libération russe’ (en russe 'РОА'). L’auteur Anatole Iakoblevitch Flaume (Анатолий Яковлевич Флауме) écrit en 1943 deux nouvelles versions sur l’air de ‘Par les vallées et les collines’, aux paroles farouchement anti-bolcheviques.

    (Première version - Первая версия)

    Мы идём широ́кими поля́ми.
    На восхо́де у́тренних луче́й,
    Мы идём на бой с большевика́ми
    За свобо́ду Ро́дины свое́й.

    Припев:

    Марш вперёд, желе́зными ряда́ми,
    В бой за Ро́дину, за наш наро́д!
    То́лько ве́ра дви́гает гора́ми,
    То́лько сме́лость города́ берёт

    Мы идём вдоль тле́ющих пожа́рищ,
    В го́ды тя́жких бе́дствий и войны́ -
    Приходи́ и ты к нам в полк, това́рищ,
    Е́сли лю́бишь Ро́дину, как мы.

    Мы идём, нам да́льний путь не стра́шен,
    Не страшна́ суро́вая война́,
    Твёрдо ве́рим мы в побе́ду на́шу,
    И твою́, люби́мая страна́!

    Мы идём, над на́ми флаг трёхцве́тный,
    Льётся пе́сня по родны́м поля́м...
    Наш напе́в подхва́тывают ве́тры
    И несу́т к моско́вским купола́м.

    Nous marchons dans de vastes champs.
    Au lever des rayons du matin,
    Nous allons au combat contre les Bolcheviks
    Pour la liberté de notre Patrie.

    Refrain :

    En avant, avec les bataillons de fer !
    Au combat pour la Patrie et pour le peuple !
    Seule la foi déplace les montagnes,
    Seul le courage fait tomber les villes !

    Nous marchons parmi les incendies qui couvent,
    Dans ces années de misères et de guerre.
    Et toi aussi, rejoins notre régiment, camarade,
    Si comme nous tu aimes ta Patrie.

    Nous marchons, sans craindre le long chemin,
    Sans craindre la dureté de la guerre,
    Nous croyons fermement en notre victoire,
    Et en Toi, ô pays bien-aimé !

    Nous marchons, sous notre bannière tricolore
    Notre chant vole à travers nos champs ...
    Les vents reprennent notre chanson
    Et la portent jusqu’aux coupoles de Moscou.

    (Seconde version - Вторая версия)

    Боевы́м желе́зным ша́гом
    За полка́ми шли полки́
    И под сла́вным ру́сским фла́гом
    Бле́щут гро́зные штыки́

    Ча́стым ле́сом, по́лем чи́стым
    Их ведёт оди́н прика́з:
    Что́бы стали́нским чеки́стам
    Не хозя́йничать у нас!

    Про́тив кра́сного заси́лья
    Мы идём в жесто́кий бой
    - Возрождённая Росси́я -
    Вот наш ло́зунг боево́й!

    Власть чеки́стов минова́ла
    Враг нигде́ не устои́т
    Бу́дет вы́бит враг с Ура́ла
    За Ура́лом бу́дет бит!

    Боевы́м желе́зным ша́гом
    За полка́ми шли полки́
    И под сла́вным ру́сским фла́гом
    Блещу́т гро́зные штыки

    D’un pas de fer, ils marchaient au combat,
    Régiments après régiments,
    Et sous le glorieux drapeau russe
    Les redoutables baïonnettes étincelaient

    Par les forêts épaisses et à travers champs
    Un ordre les conduit :
    Que les Tchékistes staliniens*
    Ne soient plus nos maîtres !

    Contre le pouvoir des Rouges
    Nous nous lançons dans la féroce bataille.
    ‘La Russie renaissante’
    Tel est notre slogan au combat !

    Le pouvoir des Tchékistes est fini
    L'ennemi nulle part ne résistera
    L'ennemi sera délogé de l'Oural
    Par-delà l'Oural il sera battu !

    D’un pas de fer, ils marchaient au combat,
    Régiments après régiments,
    Et sous le glorieux drapeau russe
    Les redoutables baïonnettes étincelaient

    * Tchékistes : membres de la Tchéka : police politique soviétique de 1917 à 1922.

     

    Le souvenir du traître Andrei Vlasov et de ses escadrons de fer révulse encore les Russes : c’est peu dire !