• Alice – Des nouvelles de la fin du XXI° siècle (I.01)

    Petites-nouvelles-russes - Alice - Réveil
    Le réveil du XXI siècle, dessin de Zlata S.

    Chapitre premier :
    Des nouvelles de la fin du XXIe siècle

    Глава первая:
    Новости конца двадцать первого века

     

    Premier épisode - Первый эпизод

    Алиса
    Умная, любознательная
    Встаёт, смотрит, завтракает
    Любит животных: богомол, дракон
    Будущее

    Синквейн, написанный детьми, изучающими русский язык в школе "Теремок" в Марселе.

    Alice,
    Intelligente et curieuse,
    Se réveille, regarde et prend son petit-déjeuner
    Elle aime les animaux : sa mante religieuse, et Kouzia le dragon.
    L’avenir…

    Quintil rédigé par les enfants de l’école Teremok-Marseille

    Утром будильник становится на цыпочки, выглядывает в окно. Хоть он и помнит, какую обещали погоду, но проверить никогда не мешает. Если не учтёшь погоду, можно ошибиться с пробуждением ребёнка.

    Будильник видит: за окном дует ветер, сгибаются берёзки, быстрые серые облака бегут по небу. Но дождя нет и не предвидится. Тогда будильник подключается к домашнему компьютеру и запрашивает следующие данные: какие уроки сегодня у Алисы в школе, причём очень важно узнать — какие из них Алиса любит, а какие только терпит? Что сегодня домработник приготовил на завтрак? Не поссорилась ли вчера Алиса с кем-нибудь из друзей?

    Это всё не пустые вопросы. Будильник должен знать: каким звуком ему сегодня будить свою хозяйку?

    Наконец информация собрана. Оказывается, к пасмурной погоде Алиса относится терпимо, уроков на сегодня не задали, потому что начались летние каникулы, домработник приготовил геркулесовую кашу, которую Алиса не выносит, но с вишнёвым вареньем, которое Алиса обожает. Вчера Алиса ни с кем не ссорилась, если не считать чисто научного спора с Аркашей Сапожковым и беспокойства за Пашку Гераскина, который сразу после последнего урока умчался в Эквадор¹, потому что выменял в соседнем классе тайную карту клада, зарытого в 1560 году конкистадором Хуаном Монтанья, а вернулся домой, весь исцарапанный, искусанный москитами, только в одиннадцать часов вечера. И, разумеется, без клада.

    Обдумав и взвесив всю информацию, будильник повернулся к Алисе и исполнил на кларнете старинный авиационный марш «Всё выше, и выше, и выше, стремим мы полет наших птиц!», так как именно эта мелодия, и именно на кларнете, лучше всего подходила для того, чтобы разбудить Алису.

    От звука марша Алиса открыла глаза, потянулась и подумала: «Почему же это у меня такое хорошее настроение?» Будильник почувствовал её настроение и внутренне улыбнулся, потому что внешне улыбаться не умел.

    Алиса вскочила, распахнула окно, сделала гимнастику и побежала в ванную. Будильник, довольный собой, заснул до следующего утра.

    1- Эквадор: страна в Южной Америке.
    Petites-nouvelles-russes - Mante martienne

    Le matin, le réveil se dresse sur la pointe des pieds et regarde par la fenêtre. Bien qu'il se souvienne du temps prévu, il n’oublie jamais de vérifier. Si vous ne tenez pas compte de la météo, vous pouvez vous tromper sur l’heure et la façon de réveiller un enfant !

    Le réveil jette un coup d’œil dehors : le vent souffle, les bouleaux se courbent, des nuages gris traversent rapidement le ciel. Mais il ne pleut pas et aucune averse n'est prévue. Ensuite, il se connecte à l'ordinateur de la maison et demande les informations suivantes : quelles sont les leçons d'Alice pour l'école aujourd'hui ? (Il est très important de savoir celles qui lui plaisent et lesquelles elle n’aiment vraiment pas du tout) ; qu’a préparé la gouvernante pour le petit-déjeuner ce matin ? Alice ne s'est-elle pas disputée avec l'un ou l’autre de ses amis hier ?

    Ce ne sont pas là des questions futiles. Le réveil doit savoir tout ça afin de déterminer avec quelle mélodie il doit réveiller sa maîtresse aujourd'hui...

    Enfin, ces informations recueillies, il s'avère qu'Alice tolère le temps nuageux, qu’aucune leçon ne l’attend aujourd’hui - car les vacances d'été ont commencé -, que la gouvernante a préparé des flocons d'avoine, qu'Alice déteste, mais les servira avec de la confiture de cerises, qu'Alice adore. Hier, elle ne s'est disputée avec personne, à l'exception d'une querelle purement scientifique avec Arkacha Sapojkov. Seulement s’est-elle un peu inquiétée pour Pachka Guéraskine, qui immédiatement après la dernière heure de classe s'est précipité jusqu’en Équateur, en Amérique du sud. Paska avait échangé une carte secrète d'un trésor enfoui en 1560 par le conquistador Juan Montaña et n’est rentré chez lui, tout égratigné, dévoré par les moustiques, qu'à onze heures du soir. Et, bien sûr, sans trésor !

    Après avoir examiné et pesé toutes ces informations, le réveil s'est tourné vers Alice et a exécuté la version orchestrale de : "Hello, le soleil brille, brille, brille!", car cette mélodie, interprétée précisément aux fifres et aux tambours, était la meilleure façon de réveiller Alice.

    Au son de cet air entraînant, Alice ouvre les yeux, étend les bras et se dit : « Pourquoi suis-je de si bonne humeur ? » Le réveil a détecté son humeur et a souri intérieurement parce qu'il ne peut pas sourire extérieurement.

    Alice saute du lit, ouvre la fenêtre, fait sa gymnastique et court jusqu’à la salle de bain. Le réveil, content de lui, s'endort alors jusqu'au lendemain matin...

  • Alice – Introduction

    Petites-nouvelles-russes - Alice - affiche du film
    Affiche du film : 'L’île du général rouillé’ (1988)

    Kir Boulytchev - Кир Булычёв
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    ­Les aventures d'Alice - Приключения Алисы
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    L’île du général rouillé
    ­Остров ржавого генерала

    (1968)

    Traduit et adapté par Georges Fernandez
    (2023)

    Traduction dédicacée à Emma, qui entre dans sa douzième année...
    Heureux anniversaire, Emma ! 

    Introduction

    Alice (Алиса) est une enfant qui vit à la fin du XXI° siècle à Moscou. Au cours de plus de 50 récits, elle vivra des ‘millions d’aventures’. Son père, le célèbre zoologiste cosmique, le professeur Seleznev, ne l’a-t-il pas déjà emmenée visiter d’autres planètes ? (Voir sur Youtube : Le mystère de la troisième planète.)

    Dans l’épisode que nous vous présentons ici, Alice explorera Moscou et ses environs puis se rendra en Crimée, sur les rivages de la mer Noire, en compagnie d’un drôle de grand-père, à bord d’un ‘flyer’ – une sorte de soucoupe volante. Là, elle fera de bien surprenantes rencontres...

    Il existe deux versions de ce récit, l’une s’intitulant ‘Le maréchal rouillé’ (Ржавый фельдмаршал) et l’autre ‘L’île du lieutenant rouillé’ (Остров ржавого лейтенанта). La seconde version, destinée à un public plus jeune, est écourtée et par endroit modifiée.

    Sources :

    - pour ‘Le maréchal rouillé’ : lire en russe, page 43 et suivantes ;
    - pour ‘L’île du lieutenant rouillé’ : lire en russe.

     

    Une traduction/adaptation :

    J’ai repris dans cette traduction/adaptation le fil du récit et les personnages de la première version en y ajoutant quelques passages extraits de la seconde.

    Quelques petites modifications ont été apportées dans la traduction sans que cela ne bouleverse le sens du récit. Seul un personnage se trouve substantiellement modifié, celui du grand-père ‘Ci-et-là itou’ (Туды-сюды дедушка) qui, dans la version russe, est un paysan russe du XIX° siècle et, dans l’adaptation française, un grognard de l’époque napoléonienne. Les nombreuses références historiques qu’il ne cesse d’évoquer sont elles aussi volontairement adaptées pour les jeunes lectrices et lecteurs francophones à l’Histoire de France.

    L'ensemble des notes sont du traducteur.

     

    Sur la forme :

    J’ai découpé la nouvelles en chapitres plus courts (11 au lieu de 7), eux-mêmes découpés en petits épisodes pour en rendre la lecture plus aisée sur le Net.

    La traduction est au présent narratif et non au passé (afin d'éviter les passés simples et accords du subjonctif, qui aujourd'hui, sont bien difficiles pour les nouvelles générations).

    Petites-nouvelles-russes - Alice - Kir Boulytchev
    Kir Boulytchev

    Quelques mots sur l’auteur :

    Peu de gens, même en Russie, savent que Kir Boulytchev (Кир Булычёв) (1934-2003) s’appelait en réalité Igor Mojeïko (Игорь Всеволодович Можейко). Expert en Histoire médiévale de la Birmanie, il écrivit des récits de science-fiction publiés sous de nombreux pseudonymes, y compris des noms exotiques comme Sven Thomas Purkiné et Maun Sein Dji. Il tint son vrai nom secret jusqu’en 1982, de peur que l’université où il travaillait - considérant la science-fiction comme un domaine manquant de sérieux - ne le limoge.

    Autres nouvelles de Kir Boulytchev en français, traduites par P. et V. Lajoye : La Robe Blanche de Cendrillon - Deux aventures du docteur Pavlych’ (2011) (Lire).

    Alice au cinéma :

    En 1988, la nouvelle que nous vous présentons a été adaptée pour l’écran sous le titre ‘Un million d’aventures – L’île du général rouillé’ (Миллион приключений. Остров ржавого генерала) par Valentin Khovenko (Валентин Ховенко). L’auteur n’avait pas, dit-on, apprécié cette adaptation.

    L’île du général rouillée’ (Остров ржавого генерала) - 1988 -
    Réalisé par Valentin Khovenko (Валентин Ховенко)

    D'autres films et dessins animés inspirés des aventures d'Alice sont en ligne (en russe) sur Youtube. Visionner aussi, en français, 'Le mystère de la troisième planète' (Тайна третьей планеты), réalisé en 1981 par Roman Katchanov (Роман Качанов).

    Versions sonores :

    - en russe : Ekaterina Khlystova (Екатерина Хлыстова) et Valentina Motsar (Моцарь Валентина) ;
    - en français : Martine Guille ;

    Que je remercie infiniment.

    Illustrations :

    Les illustrations du premier chapitre (et de quelques autres épisodes) ont été réalisées par les enfants de l’école russe Térémok de Marseille. Qu'ils en soient tous remerciés ainsi que leurs professeures : Mesdames Yulia Maslennikova (Юлия Масленникова) et Marina Maltseva (Марина Мальцева).

    D'autres illustrations sont notamment l’œuvre de l'illustrateur Evguéni Migounov (Евгений Тихонович Мигунов).

    Autres remerciements :

    - Madame Svetlana Weiss, qui m'a accompagné tout au long de ce travail ;

    - Madame Olga Moutouh, pour sa relecture, ses corrections et ses remarques, côté russe ;
    - Madame Martine Guille et Monsieur Bernard Pollet, pour leur relecture et corrections, côté français.

    Conception Web : Eléna Ogievetsky – EK-PRINT-WEBDESIGN, que je remercie chaleureusement.

    Bonne lecture à vous !

    G.F. LogoGeorges Fernandez, avril 2023 ©

  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Epilogue

    Petites nouvelles russes : Wrounguel et les harengs
    "Moi, mon garçon, bien sûr que j'ai navigué, et comment ! ...", illustration Vadim Tchélak (Вадим Челак)

    Andreï Nekrassov - Андрей Некрасов
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    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Epilogue

    Глава́ XXII, дополни́тельная, без кото́рой ино́й чита́тель мог бы и обойти́сь

    До по́зднего ве́чера сиде́л я тогда́ и слу́шал, боя́сь пророни́ть сло́во. А когда́ Вру́нгель зако́нчил свой необыкнове́нный расска́з, я спроси́л почти́тельно и скро́мно:

    — А что, Христофо́р Бонифа́тьевич, е́сли бы записа́ть э́ту исто́рию? Так сказа́ть, в назида́ние пото́мству…

    — Ну что же, — отве́тил он, поду́мав, — запиши́те, пожа́луй. Мне скрыва́ть не́чего, пра́вду не утаи́шь… Пиши́те, голу́бчик, а как зако́нчите, я посмотрю́ и попра́влю, е́сли что не так…

    В ту же ночь я сел за рабо́ту, и вско́ре объёми́стый труд, на́чисто перепи́санный кру́пным по́черком, лежа́л у Вру́нгеля на столе́.

    Христофо́р Бонифа́тьевич внима́тельно просмотре́л мои́ запи́ски, кое-где́ сде́лал незначи́тельные, но весьма́ це́нные попра́вки, а че́рез два дня, возвраща́я мне ру́копись, сказа́л не́сколько огорчённо:

    — Записа́ли вы всё пра́вильно, сло́во в сло́во… Вот то́лько с ва́ми-то я по-сво́йски говори́л, как моря́к с моряко́м, а ино́й попадётся бестолко́вый чита́тель и, мо́жет случи́ться, не так поймёт. У меня́ у самого́ в мо́лодости презаба́вный был слу́чай: я ещё тогда́ то́лько-то́лько на мо́ре пришёл, ю́нгой пла́вал. И вот стоя́ли мы ка́к-то на я́коре… Шту́рман был у нас — серьёзный тако́й челове́к, не дай бог. И вот собра́лся он на бе́рег. Пры́гнул в шлю́пку и кричи́т мне:

    — Эй, ма́лый, трави́ ко́шку, да жи́во!

    Я услы́шал и уша́м не ве́рю: у нас на су́дне кот был сиби́рский. Пуши́стый, морда́стый, и хвост, как у лисы́. Тако́й ла́сковый да у́мный, то́лько что не говори́т. И вдруг его́ трави́ть! За что? Да и чем трави́ть, опя́ть же? Я в э́том смы́сле спроси́л у шту́рмана… Ну и вы́драли меня́ тогда́ — как говори́тся, линько́в отве́дал.Да-с. Вот я и бою́сь: ста́нут лю́ди чита́ть, напу́тают в терминоло́гии…

    И всё же, так и вы́шла кни́жка, без слова́рика. И ничего́, чита́ли лю́ди и, в о́бщем, ка́жется, пра́вильно всё понима́ли...

    Petites nouvelles russes - Les voiles écarlates - Grine - Un petit bateau

    Addendum dont certains lecteurs sauront se passer¹

    Assis, j’écoutais ainsi Wrounguel jusqu'à tard dans la soirée, craignant de dire un mot. Et quand il eut terminé son extraordinaire récit, je lui proposai respectueusement et bien modestement : - Et si, Christophore Bonifatievitch, nous rédigions cette histoire ? Pour ainsi dire, pour la postérité...

    - Eh bien, me répondit-il après avoir longuement réfléchi, pourquoi pas ? Ecrivez donc : je n'ai rien à cacher et la vérité est toujours bonne à dire... Ecrivez, mon jeune ami, et quand vous aurez fini, je regarderai et vous corrigerai au besoin...

    Cette même nuit, je me mis au travail et bientôt je lui remettais un volumineux manuscrit, mis au propre, et écrit en grosses lettres.

    Le capitaine Wrounguel relut soigneusement mes notes, y apporta ici et là quelques corrections mineures mais très précieuses.

    Deux jours plus tard, en me rendant le manuscrit, il me dit un peu tristement : - Tout ce que vous avez relaté là est correct, mot pour mot... Seulement, c’est dit dans une langue familière, celle d’un marin s’adressant à un autre marin. Mais un lecteur ignorant, saura-t-il tout comprendre ?

    ...Etant jeune, il m’est arrivé une drôle d’histoire, poursuivit-il : je venais d’embarquer pour la toute première fois, comme mousse. Nous étions donc au mouillage... Nous avions un pilote - un homme tout ce qu’il y a de plus sérieux. Et alors qu’il s’apprêtait à aller à terre, sautant dans une chaloupe, il m'a crié : - Hé, gamin, « empoisonne le chat », et vite !

    ...Je n’en croyais pas mes oreilles : nous avions à bord un chat, un chat sibérien². Duveteux, mafflu, avec une queue comme celle d'un renard. Tellement affectueux et intelligent, à qui il ne manquait que la parole. Et soudain, il fallait l’empoisonner ! Quelle idée ! et, en plus, comment l’empoisonner ?

    ...Illico j’interroge le pilote. Eh bien, vous savez, j’en ai pris pour grade, recevant une volée de bois vert, comme on dit...

    ...Eh oui, jeune homme, voilà ce que je crains : que les gens commencent à lire et ne se perdent dans tous ces termes de marine...

    Et pourtant, c’est ainsi que fut publié l’ouvrage, sans glossaire. Et, semble-t-il, sans que cela ne pose souci : ses lecteurs, en général, ayant tout correctement compris...

    ***

    En russe, ‘empoisonner le chat’ (травить кошку) signifie dans le jargon de marine  ‘ jeter (mouiller) le grappin’, c’est-à-dire mettre à l’eau et laisser filer une petite ancre...

    1- Extrait du supplément à l’édition de 1959 à laquelle est attaché un petit glossaire de termes de marine. (Lire en russe).
    2-Le chat sibérien est réputé pour être un excellent chasseur de rats qui adore sauter et grimper...
  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 21b

    Petites nouvelles russes : Les sosies 4
    "Lom et Fuchs se sont habilement départis de leur double...", illustration Vadim Tchélak (Вадим Челак)

    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XXI - Wrounguel voit double

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    Second épisode - Второ́й эпизо́д

    Ну́жно вам сказа́ть, что я ни в каку́ю чертовщи́ну не ве́рю, но тут пришло́сь призаду́маться. А как же, понима́ете? Стои́т передо мной живо́е привиде́ние и разгова́ривает са́мым наха́льным о́бразом.

    А гла́вное, я в дура́цком положе́нии. Вро́де э́такого мистифика́тора и́ли самозва́нца… «Ну ла́дно, — ду́маю, — погляди́м, что да́льше бу́дет».

    И вот, зна́ете, схо́дят они́ на бе́рег. Я стремлю́сь вы́яснить положе́ние, пробира́юсь к ним, но меня́ оттира́ют, и слы́шу, тому́ Вру́нгелю расска́зывают, что тут есть уже́ оди́н Вру́нгель с кома́ндой.

    Он останови́лся, осмотре́лся круго́м и вдруг заявля́ет:

    — Ерунда́! Не мо́жет быть никако́го Вру́нгеля: я его́ сам потопи́л в Ти́хом океа́не.

    Я как услы́шал, так сра́зу всё по́нял. Ви́жу, что ста́рый прия́тель, адмира́л, господи́н Хаму́ра Куса́ки под меня́ рабо́тает.

    Ну проби́лся я со свое́й кома́ндой, подхожу́ вплотну́ю к нему́.

    — Здра́вствуйте, — говорю́, — адмира́л! Как дое́хали?

    Он растеря́лся, молчи́т. А тут Лом подступи́л, да как размахнётся — и Ло́ма но́мер два одни́м богаты́рским уда́ром пове́рг на́земь. Тот упа́л, и гляди́м — у него́ вме́сто ног ходу́ли торча́т из брюк.

    Тут Фукс осмеле́л, подлете́л к Фу́ксу но́мер два, вцепи́лся ему́ в бо́роду и оторва́л ра́зом.

    Ло́му-то с Фуксом хорошо́: у одного́ рост, у друго́го борода́, а у меня́ никаки́х характе́рных при́знаков… «Чем же, — ду́маю, — мне-то своего́ двойника́ доня́ть?»

    И вот, пока́ ду́мал, он сам приду́мал лу́чше меня́. Ви́дит, де́ло дрянь, достаёт ко́ртик, хвата́ет двумя́ рука́ми — раз-ра́з! — и распоро́л живо́т на́крест… Хараки́ри, са́мый самура́йский аттракцио́н… Я да́же зажму́рился. Не могу́ я, молодо́й челове́к, на таки́е ве́щи хладнокро́вно смотре́ть. Так с закры́тыми глаза́ми и стою́, жду.

    Вдруг слы́шу — наро́д на берегу́ тихо́нько посме́ивается, пото́м погро́мче, а там и хо́хот пошёл. Тогда́ я откры́л глаза́ — и опя́ть ничего́ не понима́ю: тепло́, со́лнце све́тит, и не́бо чи́стое, а отку́да-то вро́де снег идёт.

    Ну, пригляде́лся, ви́жу — двойни́к мой заме́тно похуде́л, одна́ко жив, а на животе́ у него́ зия́ет огро́мная ра́на и из неё пух лети́т по всему́ бе́регу…

    Тут, зна́ете, ко́ртик у него́ отобра́ли, взя́ли под бе́лые ру́ки дово́льно ве́жливо и повели́. И кома́нду его́ повели́. А мы не успе́ли опо́мниться, смо́трим — кача́ют нас.

    Ну, покача́ли, успоко́ились, вы́яснили отноше́ния, пото́м пошли́ я́хту осма́тривать.

    Я ви́жу — не моя́ я́хта, одна́ко о́чень похо́жа. Не обошёл бы я на свое́й весь мир — сам мог бы перепу́тать. Да. Ну, заприхо́довали э́ту посу́дину, как полага́ется а на друго́й день и парохо́д пришёл.

    Распроща́лись мы, a Лом там оста́лся, кома́ндовать э́той я́хтой. Я с Фу́ксом уе́хал и вот, ви́дите, до сих пор жив, здоро́в и мо́лод душо́й. Фукс испра́вился, поступи́л на кинофа́брику злоде́ев игра́ть: у него́ вне́шность для э́того подходя́щая.

    Вско́ре я от Ло́ма письмо́ получи́л. Писа́л он, что ничего́, справля́ется, и я́хта непло́хо хо́дит. Коне́чно, э́та «Беда́» не «Беда́». Ну, да э́то не беда́, всё-таки пла́вает… Да.

    Вот та́к-то, молодо́й челове́к. А вы говори́те, что я не пла́вал. Я, ба́тенька мой, пла́вал, да ещё как пла́вал! Вот, зна́ете, стар стал, па́мять слабе́ет, а то бы я вам рассказа́л, как я пла́вал.

    Petites nouvelles russes : Les sosies 2
    Les sosies, Illustration Radna Sakhaltouev (Радна Сахалтуев)

    Il faut vous dire que, bien que je ne croie en aucune façon à la sorcellerie, tout ça me laisse pantois. Et comment ne pas l’être ? Il y a là un fantôme, bien en chair, qui se tient devant moi et qui s’adresse à tous en mon nom de la plus effrontée des manières.

    Et surtout, je me retrouve, gros bêta, comme si j’étais moi-même quelque imposteur, le mystificateur de service...

    « OK, pensé-je, attendons de voir de quoi il en retourne… »

    Et les voilà qui s’avancent sur le quai. Moi, tentant d’éclaircir la chose, je me dirige droit sur eux, mais aussitôt on m’écarte. Et j'entends les gens qui racontent à ce drôle de Wrounguel qu’il y a déjà en ville un autre Wrounguel et son équipage…

    Celui-ci s'arrête, regarde autour et déclare sans ambages : - N'importe quoi ! Il ne peut y avoir de Wrounguel : je l'ai moi-même envoyé par le fond, dans l'océan Pacifique...

    Dès que j’entends ces mots, je comprends tout. Je reconnais bien là encore un vilain tour de mon vieil ami, l'amiral Hamoura Kézako.

    Eh bien, avec Lom et Fuchs je me fraie un chemin et me colle devant lui : - Bien le bonjour amiral ! Avez-vous fait bon voyage ?

    Honteux et tout confus, Kézako, ne trouve rien à redire. Et voilà que mon Lom se tourne et s’en va ficher un sacré coup de poing au Lom numéro deux qui, illico, s’effondre. Et on peut voir alors, dépassant de son pantalon, qu'au lieu de jambes, il porte des échasses.

    Ici, Fuchs – mon Fuchs à moi - s'enhardit, se précipite sur le Fuchs numéro deux, l’attrape par la barbe et la lui arrache.

    Bon, Lom et Fuchs se sont habilement départis de leur double : l’un était grand, l’autre avait une barbe. Mais moi, je n'ai aucun signe distinctif... « Comment, me dis-je, confondre mon sosie ? »

    Et pendant que je réfléchis, mon double a une meilleure idée. Voyant que les choses tournent mal, il sort sa dague, la saisit des deux mains, et, flip-flop !, il s’ouvre le ventre par le travers...

    L’amiral Kézako vient de se faire hara-kiri, le geste samouraï le plus sensationnel... je ferme même les yeux pour ne pas regarder. Savez-vous, jeune homme, je n’aime pas voir de telles effusions de sang-froid.

    Alors je me tiens les yeux clos, sans bouger...

    Soudain, j'entends des gens autour commencer doucement à rire, puis de plus en plus fort, et enfin à gorge déployée. J’ouvre les yeux, encore une fois sans comprendre : il faisait chaud ce jour-là, le soleil brillait et le ciel était sans nuage, mais on aurait pourtant dit qu’il neigeait.

    Eh bien, je regarde de plus près et me rends compte que mon sosie a sensiblement perdu de son embonpoint, mais qu'il est toujours bien en vie. De sa bedaine, une énorme plaie béante laisse échapper des peluches et des plumes qui bientôt voltigent sur la berge.

    Là, bien entendu, les gens se précipitent sur lui pour lui saisir sa dague, l’empoignent courtoisement mais fermement puis l’embarquent au poste. Et son équipage itou. Avant que nous puissions reprendre nos esprits, on nous portait en triomphe.

    Après cet instant de gloire, tout le monde s’étant calmé, nous avons pu éclaircir toute l’histoire. Puis nous sommes allés inspecter le voilier.

    Là, je m’aperçois que ce n'est pas le vrai « Pitoyable » mais qu’il lui ressemble beaucoup. Si je n’avais pas parcouru le monde à bord de l’original, j’aurais pu moi-même m’y tromper. Voilà. Puis le faux « Pitoyable » fut bien évidemment mis sous séquestres et nationalisé.

    Le lendemain, un vapeur appareillait.

    Nous avons fait nos adieux mais Lom, lui, a choisi de s’établir là-bas. Depuis, il commande le voilier. Fuchs et moi sommes rentrés. Et, comme vous le voyez, je suis de nos jours encore bien vivant, en bonne santé et resté jeune au fond de mon cœur.

    Fuchs depuis s’est amendé : il travaille à présent pour les studios de cinéma où il joue des rôles de méchant : il a le physique de l’emploi.

    Il y a peu, j'ai reçu une lettre de Lom où il me dit que va tout bien, qu'il se débrouille pas mal et que le voilier est un bon bateau. « Bien sûr, ce n’est pas LE « Pitoyable », mais, ajoute-t-il, inutile de s’apitoyer : il flotte, et après tout c’est là le plus important... »

    Voici l’histoire, jeune homme. Et vous dites que je n’ai jamais navigué ! Moi, mon garçon, bien sûr que j'ai navigué, et comment ! Savez-vous, je me fais vieux à présent, et ma mémoire faiblit, sinon je vous raconterais tous mes voyages...

  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 21a

    Petites nouvelles russes : Les sosies 1
    Quand Wrounguel voit double, , illustration Vitold Bordzilovsky (Витольд Бордзиловский)

    Andreï Nekrassov - Андрей Некрасов
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    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XXI - Wrounguel voit double

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    Premier épisode - Пе́рвый эпизо́д

    Глава́ XXI, в кото́рой адмира́л Куса́ки сам помога́ет Вру́нгелю вы́путаться из весьма́ затрудни́тельного положе́ния

    Дня три мы гости́ли в Юко́не, са́ми отдохну́ли, да́ли живо́тным отдохну́ть. Ну, а пото́м запрягли́ мы свои́ на́рты и тро́нулись в путь. Юко́н пролете́ли стрело́й, вы́брались в Бе́рингов проли́в и взя́ли курс пря́мо на Чуко́тку.

    Запрягли́ мы свои́х рысако́в в после́дний раз и помча́лись пря́мым ку́рсом на Петропа́вловск.

    При́были, вы́садились. Ну, до́лжен сказа́ть, при́няли нас великоле́пно. Тут, зна́ете, за на́шим похо́дом следи́ли по газе́там, после́днее вре́мя беспоко́ились, и, когда́ я рассказа́л, кто мы, нас, как родны́х, обласка́ли: ко́рмят, уха́живают, по гостя́м во́дят. Коро́ву мы сда́ли в колхо́з, волчо́нка ребя́там в шко́лу подари́ли… Да что расска́зывать… Век бы там гости́ть, так и то ма́ло.

    Но тут, зна́ете, весна́ подошла́, слома́ло льды, и мы затоскова́ли по мо́рю. Как у́тро — на бе́рег - про́сто так посмотре́ть на океа́н.

    И вот одна́жды выхо́дим все втроём, прогу́ливаемся. Фукс на со́пку поле́з. Вдруг слы́шу — кричи́т стра́шным го́лосом:

    — Христофо́р Бонифа́тьевич, «Беда́»!

    Я ду́мал, что случи́лось. А Фукс всё кричи́т:

    — «Беда́», «Беда́»!

    Взобрали́сь мы к нему́ и, предста́вьте, действи́тельно ви́дим — идёт «Беда́» под все́ми паруса́ми.

    Ну, бро́сились в го́род. А там уже́ гото́вятся к встре́че… Мы — на при́стань. Нас пропусти́ли, ничего́. Одна́ко смо́трят уже́ не́сколько недове́рчиво.

    Я ничего́ не понима́ю. Как же так, чёрт возьми́! Ведь на мои́х глаза́х «Беда́» пошла́ ко дну. Да что глаза́, глаза́ и обману́ть мо́гут. Но ведь есть соотве́тствующая за́пись в ва́хтенном журна́ле. А ведь э́то как-ника́к докуме́нт, бума́га. И Фукс свиде́тель, а выхо́дит так, что я дезерти́ровал, что ли, с су́дна в мину́ту опа́сности. «Ну, — ду́маю, — подойду́т побли́же, разберёмся».

    А подошла́ я́хта — и во́все ста́ло непоня́тно. Смотрю́ — за рулём стои́т Лом, тут же ря́дом — Фукс, шко́товым. А у ма́чты — я и кома́ндую подхо́дом.

    «Да тако́го, — ду́маю, — не мо́жет быть! Мо́жет быть, э́то не я?» Пригляде́лся: нет, я. Тогда́ на берегу́ не я? Пощу́пал живо́т: нет, и на берегу́ вро́де я. «Что же э́то, — ду́маю, — раздвое́ние ли́чности, что ли? Да нет, ерунда́ всё э́то, про́сто сон мне присни́лся…»

    — Лом, — говорю́, — ну-ка ущипни́те меня́.

    А Лом то́же сам не свой.

    Одна́ко, зна́ете, ущипну́л, постара́лся так, что я не сдержа́лся, вскри́кнул да́же…

    Тут внима́ние собра́вшихся обрати́лось на меня́, на Ло́ма, на Фу́кса. Обступи́ли нас.

    — Ну, — говоря́т, — капита́н, мо́жет быть, вы объясни́те созда́вшееся положе́ние?

    А «Беда́» ме́жду тем подхо́дит по всем пра́вилам. Вот, зна́ете, кра́нцы1 вы́ложили. Да́ли вы́броску, пристаю́т. Вот э́тот двойни́к мой раскла́нивается, берёт под козырёк.

    — Разреши́те, — говори́т, — предста́виться: капита́н да́льнего пла́вания Вру́нгель с кома́ндой. Зака́нчивая кругосве́тный спорти́вный похо́д, при́был в порт Петропа́вловск-Камча́тский.

    Пу́блика на при́стани кричи́т «ура́», а я, зна́ете, так ничего́ и не понима́ю.

    Petites nouvelles russes : Les sosies 1
    "Mais c'est pas possible", illustration Anatoly Elisséïev (Анатолий Елисеев)

    Chapitre XXI, dans lequel l'amiral Kézako lui-même aide Wrounguel à se tirer d’embarras

    Nous sommes restés à Yukon trois jours, nous nous sommes reposés et avons laissé nos animaux souffler.

    Ensuite, nous avons harnaché nos montures et repris notre route. Nous avons survolé l’Alaska comme une flèche, atteint le détroit de Béring et, de là, sommes passé en Sibérie.

    Après une dernière étape, notre traîneau a directement fondu sur Petropavlovsk au Kamtchatka¹. Enfin nous étions arrivés à bon port.

    Et je dois témoigner que nous fûmes magnifiquement accueillis. Là, vous savez, les gens suivaient notre périple dans les journaux, s’inquiétaient de nous ces derniers temps, et quand je leur annonce qui nous sommes, ils nous accueillent comme des frères : hébergés, nourris, aux petits soins, invités chez les uns chez les autres.

    La vache, nous l’offrons au kolkhoze² du district et le louveteau aux enfants de l'école...

    Que dire ?... Nous aurions pu passer là le reste de nos vies, et plus encore. Mais, voyez-vous, le printemps est arrivé et, avec lui, la débâcle. Nous avons commencé à ressentir l’appel du grand large. Chaque jour, dès le matin, nous allions sur le rivage, simplement pour contempler l'océan.

    Et un jour, nous promenant ainsi tous les trois, voici que Fuchs monte sur une butte dominant la mer. Soudain, je l’entends crier d’une voix assourdissante : - Capitaine Wrounguel, l’ « Pitoyable » !

    Je me demande ce qui lui arrive. Mais Fuchs continue de crier de plus belle : - « Pitoyable », « Pitoyable »  !

    Lom et moi le rejoignons et, imaginez, ce que nous voyons : le « Pitoyable » approchant toutes voiles dehors.

    Là, vite nous rentrons au port prêts à attendre son arrivée... Sur le quai, on nous laisse passer sans difficulté bien que déjà tous nous observent avec une certaine incrédulité.

    Je ne comprends goutte à toute cette histoire. Comment diable est-ce possible ! Après tout, j’avais vu de mes propres yeux, le « Pitoyable » sombrer par le fond. Mais qu’est-ce qu’une paire d’yeux ? Les yeux aussi peuvent nous tromper. Pourtant, j’avais bien rapporté l’événement dans mon journal de bord, noir sur blanc. Et Fuchs, aussi avait été témoin. Et, malgré tout, c’était comme si, en quelque sorte, j’avais déserté le navire au moment crucial...

    « Bon, me dis-je, ils vont débarquer et nous verrons bien... »

    Mais quand le voilier s’approche, tout se brouille complètement. Je regarde et qui je vois ? Lom debout au gouvernail, et juste à côté de lui, Fuchs, desserrant une écoute³. Et près du mât, je me vois moi, dirigeant la manœuvre.

    « Mais c’est pas possible, c’est pas possible ! me répété-je. Peut-être que ce n'est pas moi ? » Je regarde de plus près : mais non, c’est bien moi...

    « ...Alors celui-là ici, sur le quai, c’est qui ? » Je palpe ma bedaine : non, on dirait bien que tout ça, en quelque sorte, c’est moi. « C'est quoi ce bazar ? un dédoublement de personnalité ou quoi ? Non, non : c’est du grand n'importe quoi, je dois juste rêver… »

    - Lom, pincez-moi ! m’exclamé-je...

    Et Lom ne paraît pas non plus lui-même.

    Mais, voyez-vous, il m’a tout de même pincé. Si fort que je n’ai pu me retenir de crier…

    A ce moment, tous ceux qui se trouvaient sur le quai se retournent vers nous. Les voilà qu’ils se rapprochent, nous entourent.

    - Eh bien, s’exclament-ils, capitaine, peut-être pourriez-vous nous expliquer tout ça ?…

    Pendant ce temps, le « Pitoyable » accostait dans règles de l’art : disposant ses pare-battages4, jetant ses amarres. Puis voilà que son équipage débarque au grand complet.

    Mon double s'incline et salue : - Permettez-moi, dit-il, de me présenter : Christophore Wrounguel, capitaine au long cours. Achevant ici mon tour du monde à la voile, me voici de retour, parmi vous, au port de Petropavlovsk, accompagné de tout mon équipage.

    Sur le quai la foule pousse des hourras ! - mais moi, imaginez, je reste sans rien comprendre du tout.

    1- Petropavlovsk-Kamtchatski (Петропавловск-Камчатский) est une ville de l'Extrême-Orient russe, capitale du Kamtchatka. Cette ville, aux confins de la Russie, serait, dit-on, à l’origine de l'expression ‘Pétaouchnok’, désignant un lieu lointain, perdu, difficile à trouver. Les Russes disent simplement « au Kamtchaka » (на Камтчатке) pour désigner figurativement un endroit du 'bout du monde'.
    2- Kolkhoze : exploitation agricole collective, dans l'ex-URSS.
    3- Sur un voilier, une écoute est un cordage servant à régler la position d'une voile.
    4- Pare-battage ou défenses (termes de marine) : éléments (souvent des bouées) utilisés par les navires pour se garantir des chocs, en particulier entre la coque du bateau et le quai.
  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 20b

    Petites nouvelles russes : A bride abattue 2
    A bride abattue, Illustration Radna Sakhaltouev (Радна Сахалтуев)

    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XX - A bride abattue !

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    Second épisode - Второ́й эпизо́д

    Сло́вом, не успе́ли огляну́ться — грани́ца Аля́ски. Тут шери́фы с винто́вками, с фла́гами…

    Я, зна́ете, реши́л притормози́ть: неудо́бно пересека́ть грани́цу без соблюде́ния форма́льностей. Кри́чу:

    — Ма́лый ход, стоп!

    Куда́ там! Оле́нь мой не смо́трит, не слу́шает, несётся как заводно́й.

    Тут оди́н шери́ф взма́хнул платко́м, други́е да́ли залп… Я ду́мал — коне́ц, одна́ко ви́жу — всё благополу́чно. Понесли́сь да́льше. И мину́т э́так че́рез пять обгоня́ем упря́жку, пото́м ещё две упря́жки, пото́м я уже́ и счита́ть переста́л — сто́льких пообгоня́ли. Те торо́пятся, а я рад бы поти́ше е́хать, да не могу́ удержа́ть свою́ па́ру…

    И вот открыва́ется Форт Юко́н за поворо́том. Там наро́д столпи́лся на льду. Ма́шут, крича́т, паля́т в во́здух. Сто́лько наро́ду собрало́сь, что не вы́держал лёд, провали́лся.

    Толпа́ раздала́сь к берега́м, а у нас пря́мо по но́су огро́мная полынья́, и мы с опа́сной ско́ростью приближа́емся пря́мо к ней. Я ви́жу — де́ло пло́хо. Ну и реши́лся: накрени́л на́рты на́бок, огло́бли слома́лись, я — хлоп в снег со всем экипа́жем, а оле́нь мой с разго́на пря́мо в во́ду, и с соба́кой, со всем.

    Могли́ бы и утону́ть, да спаса́тельный круг не дал. Смотрю́ — пла́вают, фы́ркают, отдува́ются…

    Тут благожела́тели из пу́блики принесли́ арка́н, зача́лили оле́ня за рога́, потяну́ли… И, предста́вьте, хвалёные рога́ благоро́дного живо́тного отдели́лись без вся́кого труда́, а из-под них вы́глянули коро́тенькие ро́жки, на мане́р коро́вьих! Ну, э́ти, к сча́стью, про́чно держа́лись. За них вы́тащили всю упря́жку на лёд. Оле́нь мой встряхну́лся, полиза́л в ноздря́х, да как замычи́т жа́лобно, как коро́ва.

    Я пригляде́лся, ви́жу — коро́ва и есть, то́лько без хвоста́. И поня́тно, почему́ наш оле́нь танцева́л без подко́в, как коро́ва на льду. Обману́ли Ло́ма в Кана́де.

    Специали́сты-соба́чники и э́то мне разъясни́ли: Фукс то́же, ока́зывается, попа́л впроса́к: ему́ вме́сто соба́ки молодо́го волчо́нка подсу́нули.

    И вот заме́тьте, как интере́сно: волчо́нок сам по себе́, как соба́ка, ничего́ не сто́ит — дрянь, а не соба́ка; коро́ва сама́ по себе́ не оле́нь, а вме́сте как сла́вно получи́лось. Вот тут зако́н а́лгебры как раз подошёл: ми́нус на ми́нус даёт плю́с, как говори́тся. Да...

    Ну, когда́ не́сколько улегли́сь стра́сти, вы́яснилась и причи́на столь торже́ственной встре́чи. У них там в э́тот день была́ зи́мняя го́нка, и мы не ду́мали, не гада́ли, а вы́шло так, что пе́рвое ме́сто за́няли.

    Ну, доложу́ я вам, и го́нка доста́лась!

    Petites nouvelles russes : L'attelage
    Un attelage récalcitrant, illustration Viktor Bokovnia (Виктор Боковня)

    Bref, avant même de nous en rendre compte, nous avions atteint l’Alaska. Là, à la frontière, il y a des shérifs armés de fusils, agitant des drapeaux...

    Bien sûr, je décide de ralentir : ça ne se fait pas de passer d’un pays à un autre comme ça, sans respecter les formalités.

    Je tance mon attelage : - Holà... halte-là !

    Que nenni ! Mon renne ne regarde rien, n'écoute pas. Il continue sa course, tout simplement, remonté tel un jouet mécanique.

    C’est alors qu’un shérif brandit son fanion, que d'autres tirent une salve... Je me dis que c’est la fin des haricots…

    Mais heureusement nous nous en tirons et galopons toujours plus loin. Puis, environ cinq minutes plus tard, nous doublons un attelage, puis deux autres, puis je cesse de compter les traîneaux tellement nous en dépassons. Tout ce petit monde m’a l’air bien pressé, tandis que moi, j'aimerais ralentir mais sans pouvoir retenir mes deux vaillants coursiers...

    Et puis voilà qu’apparaît Fort Yukon¹ au détour d’un virage. Une foule se presse. Tous agitent les bras, crient et tirent des salves. Il y a tant de gens sur la glace que celle-ci ne peut résister, craque sous le poids et s’affaisse.

    La foule s’écarte, et juste devant s’ouvre un trou béant, un abîme vers lequel nous fonçons à bride abattue. Oh là là, je vois que ça va mal tourner !

    Eh bien, je me dois de réagir : j’incline le traîneau sur un patin qui, sous la pression, se brise. Et vlan ! tout mon équipage, et moi avec, basculons dans la neige, pendant que notre pauvre renne finit sa course dans l'eau glacée, le chien à sa suite, et tout le reste à l’avenant.

    Sans la bouée de sauvetage, nos braves bêtes auraient pu se noyer, et, impuissant, je les vois qui surnagent, soufflent et se débattent…

    Mais, heureusement, une bonne âme dans la foule lance un lasso, saisit le renne par ses bois, et tente de le tirer de là... Mais, imaginez, les bois tant vantés du noble cervidé se séparent alors du crâne de l’animal, laissant deviner, dessous, juste deux petites cornes, courtes comme celles d'une vache ! Eh bien, par bonheur, celles-ci ont tenu bon, et tout l’attelage a pu être remonté sur la glace. Mon renne se secoue, se lèche les narines et meugle pitoyablement, comme une veau appelant sa mère.

    Je regarde alors l’animal plus attentivement. Pour de bon : je m’aperçois que c’est une vache ! une vache sans queue. C'était clair, à présent, pourquoi notre renne, sans fer aux sabots, patinait sur la glace comme une vache espagnole qui danse le tango. Lom s’était fait avoir !

    Et Fuchs aussi s’était fourvoyé ! Des experts en gente canine nous expliquent qu’au lieu d'un chien, les Canadiens lui ont refilé un jeune louveteau.

    Et remarquez comme c'est intéressant : un louveteau, à lui seul, en tant que chien, ne vaut pas un kopeck ; une vache seule, en l’occurrence, n’égale pas un renne, mais ensemble, ils forment une jolie paire. Et c’est là que les règles algébriques entrent en jeu : moins par moins égal plus, comme on dit...

    Eh bien, lorsque toute cette agitation se fut apaisée, nous apprîmes la raison de tout cet attroupement. A Fort Yukon ce jour-là il y avait un grand rallye hivernal, et c’est bien nous, sans même nous en douter ni le savoir, qui l’avions remporté !

    Ah, je vous jure : ce fut-là pour de bon une sacrée course !

    1- Fort-Yukon : petite localité d'Alaska d’à peine aujourd’hui 500 habitants.
  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 20a

    Petites nouvelles russes : A bride abattue
    A bride abattue..., illustration Vitold Bordzilovsky (Витольд Бордзиловский)

    Andreï Nekrassov - Андрей Некрасов
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    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XX - A bride abattue !

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    Premier épisode - Пе́рвый эпизо́д

    Глава́ XX, в кото́рой Лом и Фукс проявля́ют неосмотри́тельность в поку́пках, а Вру́нгель практи́чески проверя́ет зако́ны а́лгебры

    И вот, наконе́ц, при́были мы в Кана́ду. Мы с Фу́ксом сошли́, распроща́лись с капита́ном, а но́чью и Ло́ма контраба́ндным поря́дком перепра́вили на бе́рег.

    Се́ли в ти́хой таве́рне, обсуди́ли положе́ние и сообража́ем, как да́льше добира́ться. Маршру́т нас не смути́л. Реши́ли так: из Кана́ды в Аля́ску, из Аля́ски че́рез Бе́рингов проли́в на Чуко́тку, а там мы до́ма, там уж ка́к-нибудь…

    В э́той ча́сти план утверди́ли.

    А вот сре́дства передвиже́ния заста́вили призаду́маться. Тут зима́, зна́ете, ре́ки ста́ли, снег круго́м, желе́зных доро́г нет, на автомоби́ле не прое́дешь. Парохо́дом — э́то на́до ждать до весны́…

    Мы посове́товались и реши́ли купи́ть на́рты, ну и там что попадётся — оле́ня и́ли соба́к. Ну и разошли́сь промышля́ть кто куда́…

    Я за на́ртами отпра́вился, Лом пошёл иска́ть оле́ня, а Фукс взя́лся соба́к доста́ть.

    На́рты мне попа́лись про́чные, краси́вые, удо́бные. Лом не́сколько ме́ньше преуспе́л. Привёл пятни́стого оле́ня средне́й упи́танности. Тут его́ специали́сты осмотре́ли, освиде́тельствовали и да́ли характери́стику: по рога́м, мол, оле́нь пе́рвого кла́сса, а по нога́м ни́же сре́днего — копы́та узки́.

    Тут Фукс пришёл со свое́й поку́пкой. Привёл э́дакую небольшу́ю соба́чку с о́строй мо́рдочкой. По аттеста́ту соба́чка — призово́й вожа́к, передово́й. Ну, мы её и реши́ли запряга́ть по специáльности, «вперёдсмотря́щим» так сказа́ть.

    Но э́то легко́ сказа́ть. А соба́ка, зна́ете, не даётся, куса́ется, ска́лит зу́бы. Поди́-ка запряги́ таку́ю!

    Ну, доложу́ я вам, и начало́сь представле́ние! Оле́нь бьёт копы́тами, потряса́ет рога́ми, соба́ка во́ет, и живо́тные, предста́вьте, дово́льно ре́зво пя́тятся за́дом.

    Я уже́ хоте́л так, за́дним хо́дом, и отправля́ться, но для о́пыта реши́л их места́ми поменя́ть. Хоть и говори́тся, что от перестано́вки слага́емых результа́т не меня́ется, но э́то, зна́ете, в а́лгебре, а тут совсе́м друго́е де́ло.

    И что́ бы вы ду́мали? Припусти́л наш оле́нь и́ноходью1, то́лько пя́тки сверка́ют.

    И соба́ка — за ним. Ля́згает зуба́ми, подвыва́ет, одна́ко то́же тя́нет, как парово́з.

    Мы с Ло́мом едва́ на на́рты суме́ли вскочи́ть, а Фукс — тот то́лько и успе́л ухвати́ться за верёвку.

    Селе́ния мелька́ют, проно́сятся, как в тума́не, на́рты пры́гают по льду, вро́де штормово́го я́коря, в уша́х свисти́т.

    У оле́ня пар из ноздрей, и соба́чка стара́ется, скули́т, подвыва́ет, язы́к на сто́рону сверну́ла, одна́ко то́же не отстаёт.

    Petites nouvelles russes - Les voiles écarlates - Grine - Un petit bateau

    Chapitre dans lequel Lom et Fuchs manquent de vigilance dans leurs achats, et où Wrounguel teste pratiquement quelques règles algébriques

    Et voilà, finalement nous arrivons au Canada. Fuchs et moi disons au revoir au capitaine et quittons le vapeur. La nuit venue, nous faisons descendre Lom, le débarquant comme qui dirait en contrebande.

    Puis nous nous asseyons dans une taverne tranquille et discutons de la suite à donner à notre expédition. Le chemin à suivre n’est pas compliqué : du Canada nous passerons en Alaska, et puis, par le détroit de Béring, nous rejoindrons la Sibérie orientale¹. De là, enfin de retour chez nous, nous saurons bien nous débrouiller, d’une manière ou d’une autre…

    Cette partie du plan est approuvée par tous. Mais le moyen de le réaliser me laisse quelque peu dubitatif. C’était l'hiver, voyez-vous, et les rivières étaient prises par les glaces, il y avait de la neige partout. Nul chemin de fer, impossible de tenter la traversée en voiture. Et quant à prendre un ferry il eut fallu attendre le printemps...

    Après en avoir discuté nous nous sommes décidés pour le traîneau, tiré par un renne ou des chiens. Et puis, chacun est parti de son côté, moi à la recherche d’un traîneau, Lom d’un renne et Fuchs de chiens.

    Le traîneau que j’achète est élégant, solide et confortable. Lom quant à lui a un peu moins de chance : il nous ramène un renne de taille moyenne à la robe mouchetée. Ici, les spécialistes du cru nous assurent que d'après ses bois, il s’agit d’un cervidé de première classe, mais que d'après ses pattes, il est bien en dessous de la moyenne : ses sabots paraissant particulièrement étroits.

    Enfin, Fuchs arrive et nous montre fièrement sa trouvaille : un petit chien au museau pointu. Selon le certificat qu’on lui a fourni, le chien est un champion, un meneur. Et donc, nous décidons de l’atteler à l’avant, ‘à la proue, comme vigie’ comme on dit dans la marine.

    Mais c’était chose plus facile à dire qu’à faire : l’animal, vous savez, résiste, mord, montre les dents. Impossible d’en tirer quelque chose !

    Et bien, laissez-moi vous décrire le spectacle : le renne rechigne, frappe du sabot, secoue ses bois, le chien, devant, hurle comme un loup et les deux de concert, imaginez, commencent à reculer allégrement.

    De guerre lasse, j’étais prêt à nous mettre en route en marche arrière mais, pour l'expérience, je décide de les repositionner : faisant passer le renne devant et attelant le chien derrière. Bien qu’on prétende qu’en algèbre le résultat ne change pas en inversant l’ordre des termes, il s’agissait là d’une toute autre affaire.

    ...Et qu'en dites-vous ? Notre renne se met à courir à l’amble², ses sabots faisant mille étincelles, et le chien galope derrière, claquant des dents et hurlant sans cesse. Et lui aussi tire l’attelage telle une locomotive. Lom et moi avons même de la peine à sauter en marche, quand Fuchs, lui, réussit in extremis à saisir la corde de traîne.

    Les villages défilent et puis s’effacent comme dans un brouillard, le traîneau voltige sur la glace pareil à une ancre flottante³, le vent siffle à nos oreilles. Le renne a de la vapeur qui lui sort des narines, et le petit chien de toutes ses forces s’évertue, gémit, hurle, la langue pendant sur le côté, sans jamais cependant ne vouloir lui non plus renoncer.

    1- Plus exactement, la Tchoukotka (Чукотка) précise l’auteur : le territoire le plus oriental de la Russie (et de l’URSS de l’époque).
    2- Aller l’amble : Allure naturelle ou acquise d'un quadrupède consistant à avancer en levant alternativement les deux jambes d'un même côté.
    3- Une ancre flottante,  rattachée à une corde et jetée à l'eau, sert de frein et limite les mouvements de dérive d’un petit bateau.
  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 19b

    Petites nouvelles russes : Une voix de sirène
    Une voix de sirène, illustration Anatole Alicéev (Анатолий Елисеев)

    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XIX - Une voix de sirène

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    Second épisode - Второ́й эпизо́д

    Экипа́ж «Беды́» опя́ть соедини́лся, и мы ста́ли стро́ить пла́ны возвраще́ния. И вот я поразмы́слил: мы-то с Фу́ксом попа́ли на парохо́д зако́нным поря́дком, как потерпе́вшие бе́дствие, а Лом — во-пе́рвых, «за́яц», а во-вторы́х, вро́де бе́глого престу́пника. Кто его́ зна́ет, э́того капита́на? Пока́ по-хоро́шему — и он хоро́ш, а узна́ет об э́той исто́рии, вы́даст Ло́ма властя́м. Сло́вом, я посове́товал.

    — Сиди́те, — говорю́, — тут. Вы тепе́рь привы́кли. Поку́шать мы вам принесём. Да так и безопа́снее бу́дет.

    Ну, Лом согласи́лся без спо́ров.

    — То́лько, — говори́т, — скучнова́то бу́дет. Там темно́, а я тепе́рь вы́спался. Не зна́ю, чем заня́ться.

    — Ну, — возража́ю я, — э́то мо́жно приду́мать. Стихи́ хорошо́ в темноте́ сочиня́ть, и́ли вот попро́буйте до миллио́на счита́ть — э́то о́чень помога́ет от бессо́нницы…

    — А мо́жно петь, Христофо́р Бонифа́тьевич? — спра́шивает он.

    — Да ка́к вам сказа́ть? — говорю́. Осо́бенно я не рекомендова́л бы, но е́сли нра́вится — по́йте, то́лько про себя́.

    Да. Ну, достоя́ли ва́хту. Смени́лись. Лом наза́д в бу́нкер поле́з, мы с Фу́ксом — на па́лубу. Вдруг, смотрю́, вылеза́ют кочега́ры как ошпа́ренные.

    Я спра́шиваю.

    — Что случи́лось?

    — Да там, — отве́чают они́, — в бу́нкере, кака́я-то не́чисть завела́сь. Во́ет, как сире́на, а что во́ет — непоня́тно.

    Ну, я по́нял сра́зу.

    — Посто́йте, — говорю́, — я спущу́сь, вы́ясню, в чём там де́ло.

    Спуска́юсь, слы́шу — действи́тельно, зву́ки ужа́сные: мело́дия не́сколько неопределённая, и слова́ не о́чень скла́дные, но го́лос, го́лос… Не зна́ю, как вам и переда́ть. Я раз на Цейло́не слы́шал, как слоны́ трубя́т, так то́ было ра́йское пе́ние.

    Да. Прислу́шался я и по́нял, что э́то Лом поёт.

    Ну, поле́з в бу́нкер, хоте́л отчита́ть его́ за несоблюде́ние осторо́жности. И пока́ лез, догада́лся, что сам винова́т: опя́ть, зна́ете, нето́чно о́тдал распоряже́ние. Всегда́ у меня́ с Ло́мом на э́той по́чве недоразуме́ния.

    Ле́зу и слы́шу:

    Я ста́рший помо́щник
    С корве́та «Беда́».
    Его́ поглоти́ла
    Морска́я вода́.
    И вот я тепе́рь
    На чужо́м корабле́,
    Сижу́, как престу́пник,
    На жёстком угле́…

    И ничего́, зна́ете, не ска́жешь: действи́тельно про себя́ поёт, всё ве́рно… Вот то́лько насчёт корве́та он, коне́чно, не́сколько преувели́чил. Како́й там корве́т!.. А впро́чем, э́то своего́ ро́да украше́ние ре́чи. В пе́сне э́то допуска́ется.

    Я всё-таки Ло́ма останови́л.

    — Вы, — говорю́, — не так меня́ по́няли, дорого́й. Вы лу́чше про нас по́йте, то́лько что́бы никто́ не слы́шал. А то́ как бы неприя́тностей не вы́шло.

    Ну, замолча́л он, согласи́лся.

    — Ве́рно, — говори́т, — а я не поду́мал. Не ста́ну я бо́льше петь, я уж лу́чше посчита́ю…

    Вы́лез я, успоко́ил кочега́ров. Объясни́л, что, мол, э́то в то́пке ого́нь гуде́л.

    Petites nouvelles russes - Les voiles écarlates - Grine - Un petit bateau

    L'équipage du « Pitoyable » à nouveau réuni au grand complet, nous commençons à réfléchir comment rentrer chez nous. Je me dis :  « Fuchs et moi sommes montés à bord de ce navire marchand légalement, recueillis comme naufragés, mais Lom est un passager clandestin, et, en quelque sorte, un criminel en fuite. Que sait-on du capitaine de ce navire ? Pour l'instant, tout baigne, et il est de bonne composition, mais s'il a vent de cette histoire, ne livrera-t-il pas Lom aux autorités japonaises ? »

    En bref, je conseille à mon second : - Restez sous ce tas de houille, Lom, vous vous y êtes fait maintenant. Fuchs et moi vous apporterons de quoi manger. Oui, ce sera plus sûr ainsi.

    Lom accepte sans discuter tout en ajoutant : - Je risque de m’ennuyer dans cette obscurité, et maintenant que j'ai bien dormi, je ne sais pas comment je vais m’occuper.

    - Eh bien, objecté-je, on peut y remédier. Dans le noir, une bonne solution est de composer des poèmes ou d’essayer de compter les moutons jusqu’à un million : c’est un excellent remède contre l’insomnie…

    - Et chanter, capitaine, est-ce que je peux ? me demande-t-il.

    - Que puis-je vous dire ? Je ne vous le recommande pas particulièrement, mais si ça vous chante, chantez donc ! Mais seulement pour vous-même...

    Fuchs et moi finissons notre travail et sommes relevés. Lom a regagné sa cachette. A peine remonté sur le pont, soudain, je vois les chauffeurs sortir de la soute tout échaudés.

    - Que se passe-t-il ? leur demandé-je.

    - Il y a en bas, dans la chaufferie, quelque esprit maléfique qui hurle d’une voix de sirène, et ce qu’il vitupère est incompréhensible...

    Eh bien, je pige tout de suite : - Attendez, je vais descendre voir ce qui se passe.

    Je descends et là j'entends effectivement des sons terribles : la mélodie est un peu vague et les paroles confuses, mais la voix, la voix... Je ne sais comment vous la décrire : un jour, me trouvant à Ceylan, j’ai entendu des éléphants barrir, eh bien, en comparaison de ce que j’entendais là, c'était un chant céleste.

    Je comprends que c’est Lom qui vocalise depuis sa cachette.

    Alors je m’apprête à le gronder, à lui dire de faire plus attention. Mais je me rends compte qu'une fois de plus c'est de ma faute : vous savez, je n’avais pas été suffisamment clair. Lom et moi avions toujours des malentendus sur le sens de mes ordres.

    J’arrive et j'entends :

    Je suis le second
    De la corvette le « Pitoyable ».
    Que les flots de la mer
    Ont engloutie.
    Et me voici à présent
    Sur ce navire inconnu,
    Comme un criminel,
    Assis sur un tas d’anthracite…

    Et vous savez, il n’y avait rien à rectifier : ce qu’il chantait correspondait à ce que ce pauvre garçon avait enduré, tout était vrai... Juste à propos de la corvette, bien sûr, c’était un peu exagéré. Le « Pitoyable », une corvette ?¹... Cependant, ce n’était là qu’une sorte d'embellissement, une licence poétique, comme on dit. Dans une chanson, c'est autorisé.

    Malgré tout, je le prie d’arrêter : - Vous m’avez mal compris, Lom. Chantez donc « sur » nous si ça vous chante, mais seulement « pour » vous ! Sinon, ça risque de mal tourner...

    Eh bien, il s'est tu et a acquiescé : - C’est vrai, capitaine, je n’y avais pas pensé. Je ne chanterai plus, je préfère alors compter...

    Je suis remonté sur le pont calmer les chauffeurs, leur expliquant que ce n’était que le feu qui grondait dans le foyer de la chaudière…

    1- Corvette : Trois-mâts léger possédant une large voilure. (Le « Pitoyable » ne possédait, lui, qu’un seul mât !… avant son naufrage...)
  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 19a

    Petites nouvelles russes : Dans la chaufferie
    "Holà, Fuchs, faut travailler...", illustration Vitold Bordzilovsky (Витольд Бордзиловский)

    Andreï Nekrassov - Андрей Некрасов
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    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XIX - Une voix de sirène

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    Premier épisode - Пе́рвый эпизо́д

    Глава́ XIX, в конце́ кото́рой неожи́данно появля́ется Лом и поёт про себя́

    Вот, со́бственно, и всё, что я узна́л из газе́т. Но, зна́ете, и э́того доста́точно, что́бы расстро́иться. И так не сла́дко. Шу́тка ли! Су́дно потеря́л, а тут ещё това́рищ и помо́щник попа́л в таку́ю исто́рию. Была́ бы я́хта, плю́нул бы на Куса́ки, пошёл бы выруча́ть Ло́ма. А тепе́рь жди, пока́ придём в порт назначе́ния. И отту́да на́до как-то выбира́ться, и в ка́ссе у нас с Фу́ксом не гу́сто, и парохо́д ид́ёт ме́дленно.

    Я — к капита́ну.

    — Нельз́я ли, — говорю́, — приба́вить хо́ду?

    — Рад бы, — отвеча́ет тот, — да у меня́ кочега́ров ма́ло, не справля́ются, е́ле пар де́ржат.

    Ну, зна́ете, я поду́мал, с Фу́ксом посове́товался, и наня́лись кочега́рами. Жа́лованье, коне́чно, небольшо́е, но, во-пе́рвых, на стол не тра́титься, а во-вторы́х, за рабо́той всё-таки не так ску́чно, да и парохо́д скоре́е пойдёт…

    Ну, вста́ли на ва́хту.

    Я в кочега́рке спра́влялся легко́, мне не вперво́й, а Фукс, ви́жу, сдаёт.

    — Эх, — говорю́, — разве́ здесь лопа́той что сде́лаешь? Здесь рабо́тать на́до! Где Лом?

    И вот, пове́рите ли, слы́шу — за спино́й кто́-то глу́хо так:

    — Есть Лом к ва́шим услу́гам!

    Оберну́лся, смотрю́ — из ку́чи угля́ вылеза́ет мой ста́рший помо́щник Лом: то́щий, чёрный, небри́тый, но всё же Лом со́бственной персо́ной. Я, зна́ете, так и сел от неожи́данности!..

    Ну, поня́тно, облобыза́лись. Фукс да́же слезу́ пророни́л. И Лом рассказа́л о свои́х злоключе́ниях.

    В газе́те о нём всё ве́рно писа́ли, кро́ме налёта и зло́го у́мысла. Како́й там налёт — про́сто ве́тром занесло́. Да. Ну, а когда́ колеба́ния по́чвы прекрати́лись, он спусти́лся в го́род. Идёт, бои́тся, огля́дывается по сторона́м. И куда́ ни посмотри́ — полице́йский, куда́ ни поверни́сь — шпик…

    Бежи́т, огля́дывается. А за ним бегу́т шпи́ки, жанда́рмы, полице́йские, мальчи́шки, соба́ки, ри́кши, автомоби́ли… Крик, гам, то́пот…

    Ну, и куда́ тут пода́ться? Он, зна́ете, вниз, к мо́рю. Забра́лся в у́гольную га́вань, закопа́лся в у́голь и сиди́т. А тут как раз э́тот парохо́д встал под погру́зку. Гру́зят там по кана́тной доро́ге, цепля́ют пря́мо ковшо́м, ско́лько захва́тят, а над парохо́дом ковш опроки́дывается.

    Вот, зна́ете, и захвати́ло Ло́ма, и — хлоп в бу́нкер!

    Закопа́лся в у́голь и засну́л. Так и спал, пока́ не услы́шал мое́й кома́нды. Да!

    Petites nouvelles russes : Lom réapparaît
    Lom réapparaît..., Illustration Radna Sakhaltouev (Радна Сахалтуев)

    Chapitre XIX, où, enfin, Lom réapparaît de façon inattendue puis chante pour lui-même

    Voilà, la lecture des journaux ne m’apprend rien d’autre. Mais, vous savez, cela suffit à fichtrement me contrarier. La chose était amère, que diable ! Non seulement j’avais perdu mon voilier mais j’apprenais que mon fidèle compagnon, mon second, se trouvait dans la panade.

    Si j'avais pu, sans même me préoccuper du sieur Kézako, je me serais porté à son secours. Mais il nous fallait patienter jusqu’à la prochaine escale. Puis, de là, d’une manière ou d’une autre, je me dis qu’il nous faudrait encore nous en sortir. Et Fuchs et moi étions un peu à court d’argent.

    Et ce steamer qui avançait si lentement !...

    J’interpelle le capitaine : - Ne pourrions-nous pas un peu accélérer l’allure ?

    - J’en serais ravi, me répond-il, mais je manque de bras en chaufferie. On a du mal à maintenir le niveau de vapeur des machines.

    Eh bien, vous savez, j'ai réfléchi, j'ai consulté Fuchs, et nous nous sommes fait embaucher comme chauffeurs. Le salaire était certes modeste, mais premièrement, nous allions être nourris, deuxièmement, travailler un peu nous éviterait de nous morfondre et, surtout, le navire ainsi irait plus vite...

    Bon, nous descendons en chaufferie...

    Là, pour ma part, je m’en tirais facilement, ce travail n'était pas une première pour moi, mais Fuchs, je voyais bien, ne tenait pas la cadence.

    - Eh, dis-je, que fais-tu avec cette pelle ? Faut travailler mon gars ! Ici, c’est Lom qu’il nous faudrait ! Lom, où es-tu ?

    Et, le croiriez-vous ou non, j'entends derrière moi une voix étouffée qui murmure : - A votre service, capitaine Wrounguel !

    Je me retourne et qui je vois sortant d'un tas de charbon ? Lom, Lom en personne, mon fidèle second. Tout amaigri, noir de suie, mal rasé, mais toujours semblable à lui-même. Imaginez, j’en reste sur les fesses !

    Et bien sûr, nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Fuchs verse même une larme. Puis il nous fait le récit de ses mésaventures...

    Tout ce qui était écrit dans la presse était exact, à l'exception du ‘raid aérien’ et de son ‘intention malveillante’. Quel genre de raid était-ce en l’occurrence ? Tout simplement le vent qui l’avait entraîné là-bas...

    Il nous raconte qu’après le tremblement de terre, il était descendu jusqu’en ville. Déambulant, apeuré, scrutant à droite et à gauche. Et partout de la flicaille, partout où il tournait son regard, des indics…

    Il court, il court, regardant tout autour. Et à ses trousses les sbires, les gendarmes, les policiers ; des chiens, des pousse-pousse, des voitures… ; des cris, du brouhaha, des bruits de bottes…

    Eh bien, comment s’en sortir ? Il se trouve alors, voyez-vous, près du port. Là, il se faufile dans les docks à charbon, s'enfouit dans un tas de houille et se cache. Et juste à ce moment-là, un steamer fait escale pour ravitailler. Et voilà qu’on commence à charger la houille à l’aide d’une grue, par pelletées entières, autant qu’on peut en mettre, et qu’on déverse le tout dans la soute du navire. C’est ainsi, voyez-vous, que Lom fut transbahuté, et patatras ! au fond de la soute...

    Là, il s’était terré, enfoui dans un tas de charbon, et s’était endormi jusqu'à ce qu'il entende mon appel…

  • A. Nekrassov – Le capitaine Wrounguel Chapitre 18c

    Petites nouvelles russes : A la dérive
    A la dérive..., illustration Vitold Bordzilovsky (Витольд Бордзиловский)

    Les aventures du capitaine Wrounguel
    Приключе́ния капита́на Вру́нгеля
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    Chapitre XVIII - De profundis

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    Episode trois - Тре́тий эпизо́д

    ...Мы с капита́ном парохо́да за ча́ркой ро́ма обсужда́ли э́тот заба́вный слу́чай…

    Да. Па́льму я ему́ подари́л, он её в сало́не приказа́л поста́вить, вёсла, ко́мпас то́же отда́л, а себе́ оста́вил круг и кормову́ю на́дпись. Всё-таки, зна́ете, па́мять.

    Ну, посиде́ли. Он рассказа́л, что идёт в Кана́ду за ле́сом, пото́м он ушёл, а я оста́лся ещё почита́ть све́жие но́вости.

    Сижу́, перели́стываю газе́ты. Ну, что там в газе́тах? Бо́льше все объявле́ния, ко́миксы, у́тки, спле́тни, вся́кая дезинформа́ция… И вдруг — заголо́вок на всю страни́цу: «Налёт с во́здуха… Престу́пник бежа́л!»

    Я заинтересова́лся, поня́тно. Чита́ю и ви́жу — весь э́тот шум из-за Ло́ма. Он, ока́зывается, на своём зме́е сни́зился во́зле са́мой Фудзия́мы.

    А змей-то ведь был из газе́т. Ну и взяла́сь за э́то де́ло поли́ция. Обвини́ли Ло́ма в незако́нном прово́зе запрещённой литерату́ры. Я не зна́ю, чем бы э́то зако́нчилось, но тут, к сча́стью, не́бо покры́лось ту́чами, раздали́сь глухи́е подзе́мные уда́ры… Па́ника, и все разбежа́лись в у́жасе.

    На скло́не свяще́нной горы́ то́лько и оста́лись мой ста́рший помо́щник Лом и чины́ япо́нской поли́ции.

    Стоя́т, смо́трят друг на дру́га. Земля́ под ни́ми коле́блется… Э́то, коне́чно, необы́чное состоя́ние для пове́рхности на́шей плане́ты, и у мно́гих оно́ вызыва́ет разли́чные проявле́ния стра́ха. Но Лом — он, зна́ете, всю жизнь на борту́, привы́к к ка́чке… Ну, и не суме́л надлежа́щим о́бразом оцени́ть гро́зную си́лу происходя́щего, пошёл не спеша́ вверх по скло́ну горы́. А тут, понима́ете, как э́то говори́тся, «земля́ разве́рзлась», и широ́кая тре́щина легла́ ме́жду беглецо́м и пого́ней. А зате́м всё покры́́лось хло́пьями са́жи и мра́ком неизве́стности.

    Поли́ция потеря́ла следы́ Ло́ма и тепе́рь и́щет его́. Но тще́тно.

    Petites nouvelles russes - Lom sur les pentes du Fuji-Yama
    Lom sur les pentes du mont Fuji, illustration Viktor Bokovnia (Виктор Боковня)

    …Avec le capitaine du vapeur, nous discutons autour d'un verre de rhum, souriant de la tournure des choses…

    Je lui offre le palmier, qu’il fait porter dans son salon, ainsi que les rames et la boussole, ne gardant pour moi que la bouée et le panneau portant le nom du « Pitoyable ». Après tout, c’était là un souvenir. Et le brave homme me raconte qu'il fait route vers le Canada pour y charger du bois, puis il me laisse seul et je reste un moment encore à m’informer des dernières nouvelles du monde.

    Je feuillette la presse...

    Eh bien, que découvre-t-on habituellement dans les journaux ? Des publicités, des bandes dessinées, des blagues à deux sous, des ragots, toutes sortes de fausses nouvelles... Et soudain, un titre en pleine page attire mon attention : « Raid aérien... Le criminel a pris la fuite ! »

    A la lecture, je comprends qui a causé tout ce tintouin : Lom, mon second ! En effet, lui et son cerf-volant avaient atterri sur les pentes du mont Fujiyama.

    Rappelez-vous, nous avions confectionné le cerf-volant à partir de journaux. La police japonaise s’était immédiatement saisie de l'affaire, accusant Lom d’avoir introduit illégalement de la littérature interdite dans le pays.

    Qui sait comment cela aurait pu finir, mais heureusement à cet instant, le ciel s’était couvert de nuages, accompagnés de grondements sourds venus des entrailles de la terre… La panique : tout le monde s’était enfui, terrifié.

    Sur le versant de la montagne sacrée, ne restaient que Lom et la police nipponne.

    Se faisant face, ils se toisent. Le sol sous leurs pieds se met à trembler... C'est, bien sûr, une chose bien peu courante sur le plancher des vaches, et chez beaucoup, cela provoque une peur panique. Mais Lom, vous savez, avait passé son existence en mer, il était habitué à ce que ça tangue…

    Bon, bien qu’incapable d’analyser et de comprendre les forces formidables en œuvre sous ses pieds, il avance prudemment sur le flanc de la montagne. Et puis, voyez-vous, à ce moment, comme il est dit dans les Ecritures, « la terre s’est ouverte »¹, et une large béance s’est creusée entre le fugitif et ses poursuivants. Enfin, dans une obscurité insondable, une neige de cendre a tout recouvert.

    L’article s’achevait en disant que la police avait perdu sa trace et le recherchait. Mais, en vain...

    1- « Et la terre ouvrit sa bouche, et les engloutit... » (Bible, livre des Nombres 16:32)