• Par les vallées et les collines

    Художник / Illustration : Виктор Васильевич Шаталин

    A mes amis Jean G., royaliste nostalgique et
    Léon J.P., bolchevik non moins nostalgique...

    Petite histoire d’une chanson :

     

    Par les vallées et les collines

    По долинам и по взгорьям

    Voici l’histoire d’une chanson russe qui aura connu au cours du XX° siècle les vicissitudes de son temps, modifiant à chaque fois ses paroles pour s’adapter aux évènements militaires et politiques de l’époque. En particulier, elle fut reprise par tous les ‘camps’ lors de la Guerre civile russe (1917 – 1922), et, avec d’autres paroles, lors de la Grande Guerre Patriotique (1941 - 1945)* ; elle connut, par la suite, une diffusion internationale, traduite en de multiples langues.

    Un internaute, Ivan Amraamski, a tenté la gageure de rassembler (les) différentes versions enregistrées de ce chant depuis un tout premier enregistrement datant de 1934, sans toutefois parvenir à l'exhaustivité.

    Malheureusement le site est en japonais ce qui n'en facilite pas lecture (à moins de parler aussi le japonais, évidemment !). Lire en japonais : 谷を渡り丘を越え.

    Par les vallées et les collines’ aurait été composée en 1828 lors d’un des nombreux conflits russo-turcs. L’auteur-compositeur aurait pu être un certain Tcherniaev, sans que tout cela soit certain. Nous n’en connaissons pas le texte original...

    * Cela rappelle les différentes versions de l’hymne soviétique, redevenu, avec d'autres paroles, depuis l’an 2000, l’hymne de la Russie de Vladimir Poutine…

    La marche des fusiliers sibériens (1915)

    Марш сиби́рских стрелко́в

    Sur cet air ancien, en 1915, de nouvelles paroles furent rajoutées par l’écrivain, poète et journaliste Vladimir Guiliarovski (Владимир Алексеевич Гиляровский). La Russie tsariste était à ce moment-là engagée, sur le front de l’Est, dans la Première Guerre Mondiale

    Из тайги́, тайги́ дрему́чей,
    От Аму́ра, от реки́,
    Молчали́во, гро́зной ту́чей
    Шли на бой сибиряки́.

    Их суро́во воспита́ла
    Молчали́вая тайга́,
    Бу́ри гро́зные Байка́ла
    И сиби́рские снега́.

    Ни уста́лости, ни стра́ха (не зна́я стра́ха) ;
    Бью́тся ночь и бью́тся день,
    То́лько се́рая папа́ха
    Ли́хо сби́та набекре́нь.

    Эх, Сиби́рь, страна́ ро́дная,
    За тебя́ ль мы постои́м,
    Во́лнам Ре́йна и Дуна́я
    Твой приве́т (покло́н) передади́м!

    Дополне́ние в зави́симости от ве́рсии:

    Знай, Сиби́рь, в лихи́е го́ды
    В памя́ть сла́вной старины́
    Честь вели́кого наро́да
    Отстоя́т твои́ сыны́.

    Русь свобо́дная воскре́снет,
    На́шей ве́рою горя́,
    И услы́шат э́ту пе́сню
    Сте́ны дре́внего Кремля́.

    Depuis la taïga, l’épaisse taïga,
    Depuis l’Amour, depuis ce fleuve,
    Silencieux, tel un nuage menaçant
    Les Sibériens sont partis au combat,

    La taïga silencieuse
    Les a éduqués âprement.
    Redoutables tempêtes du Lac Baïkal,
    Neiges de Sibérie !

    Sans fatigue ni peur (Sans connaître de fatigue),
    Ils frappent la nuit, ils frappent le jour,
    Seulement avec leur bonnet de laine grise
    Posé crânement sur l’oreille.

    Ô Sibérie, pays natal,
    Pour Toi nous nous battrons,
    Et aux vagues du Rhin et du Danube
    Nous transmettrons ton salut !

    Rajout selon les versions :

    Sache, Sibérie, que dans les mauvaises années,
    En mémoire du glorieux passé,
    Tes fils défendront
    L'honneur de notre grand peuple.

    La libre Rouss’ (ancien nom de la Russie) ressuscitera,
    Brûlant de notre Foi.
    Et les murailles de l’ancien Kremlin,
    Entendront ce chant.

    Marche du Régiment Drozdovski (1919)

    Марш Дроздо́вского Полка́

    Après la Révolution d’octobre 1917, en 1919 – en pleine guerre civile -, le colonel de l’Armée blanche - pro-tsariste - Anton Tourkoul (Антон Васильевич Туркул), engagé sur le front roumain, demanda au compositeur Dmitri Pokrass (Дмитрий Яковлевич Покрасс) un hymne régimentaire. Pokrass repris à son compte le motif de la Marche des fusiliers sibériens et y arrangea de nouvelles paroles. Le 29 juin retentit pour la première fois le Chant du régiment de Drozdovski en présence du commandant en chef, le général Anton Dénikine (Антон Иванович Деникин).

    Из Румы́нии похо́дом
    Шёл Дроздо́вский сла́вный полк,
    Во спасе́ние наро́да
    Исполня́я тя́жкий долг.

    Мно́го он ноче́й бессо́нных
    И лише́ний выноси́л,
    Но геро́ев закалённых
    Путь далёкий не страши́л!

    Генера́л Дроздо́вский сме́ло
    Шёл с полко́м свои́м вперёд.
    Как геро́й, он ве́рил твёрдо,
    Что он Ро́дину спасёт!

    Ви́дел он, что Русь Свята́я
    Погиба́ет под ярмо́м
    И, как све́чка воскова́я,
    Угаса́ет с ка́ждым днём.

    Ве́рил он: наста́нет вре́мя
    И опо́мнится наро́д -
    Сбро́сит ва́рварское бре́мя
    И за на́ми в бой пойдёт.

    Шли Дроздо́вцы твёрдым ша́гом,
    Враг под на́тиском бежа́л.
    И с трёхцве́тным Ру́сским Флаго́м
    Сла́ву полк себе́ стяжа́л!

    Пусть вернёмся мы седы́е
    От крова́вого труда́,
    Над тобо́й взойдёт, Росси́я,
    Со́лнце но́вое тогда́!

    Припе́в:

    Э́тих дней не смо́лкнет сла́ва,
    Не поме́ркнет никогда́.
    Офице́рские заста́вы,
    Занима́ли города́!
    Офице́рские заста́вы,
    Занима́ли города́!

    Depuis la Roumanie
    Marchait le glorieux régiment Drozdovski,
    Au secours du peuple
    Accomplissant son grand devoir.

    Il endura beaucoup de privations
    Et de nuits sans dormir
    Mais la longue route n'effrayait pas
    Les héros endurcis.

    Le général Drozdovski hardiment
    S'avança avec son régiment,
    Tel un héros,
    Convaincu de sauver la Patrie !

    Il voyait la Sainte Russie
    Succomber sous le joug,
    Et comme une bougie de cire
    Dépérir de jour en jour.

    Il en était sûr : le temps viendrait
    Où le peuple comprendrait,
    Rejetterait le joug barbare,
    Et avec nous irait au combat !

    Ses troupes avançaient d'un pas ferme.
    L'ennemi, sous la pression, s'enfuyait.
    Sous le drapeau tricolore de la Russie,
    Le régiment se couvrait de gloire.

    Même si nous devons rentrer tout grisonnants
    De ce sanglant labeur,
    Sur Toi, Russie,
    Un soleil nouveau se lèvera !

    Refrain :

    La gloire de ces jours ne s'éteindra pas.
    Jamais, elle ne pâlira.
    Ses officiers aux avant-postes,
    Occupaient les villes !
    Ses officiers aux avant-postes,
    Occupaient les villes !

  • Stenka Razine 3

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine - affiche 1939
    Affiche du film 'Stéphane Razine' (Степан Разин), 1939

    Stenka Razine et Louis Mandrin :
    deux destins parallèles.

    Stenka Razine (1630 ?-1671) :
    un héros (pré)-révolutionnaire ?

    La légende de Stenka Razine, interprétée par
    Charles Aznavour et les Compagnons de la chanson (1962)

    ‘Je suis venu donner à tous la liberté et la délivrance...’
    (Я пришёл дать вам всем свободу и избавление)

    Stenka Razine de son vrai nom Stéphane Razine (Степан Тимофеевич Разин) fut un chef cosaque, brigand et pirate qui mena un soulèvement contre la noblesse et le pouvoir impérial tsariste dans le sud de la Russie.

    Issu d'une riche famille, décrit par ses contemporains comme un homme d'expérience, énergique et intelligent, il se fit d'abord connaître comme ataman (chef militaire) des Cosaques du Don. Puis sa vie bascula et il choisit de devenir son propre maître, chef d'une communauté de bandits de grand chemin, vivant de pillages et de vols. Son armée de Cosaques fut bientôt rejointe par des paysans qui tentaient ainsi d'échapper aux lourdes taxes, à la conscription, au servage, ainsi que par de nombreux laisser-pour-compte d'une société fortement inégalitaire. Parmi eux figuraient nombre de membres d'ethnies non russes opprimées.

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine 2
    Stenka Razine

    On raconte que Razine descendit la Volga à la tête d'une flotte de quarante-cinq galères, s'emparant de forts importants et dévastant la contrée. Puis il mena une expédition jusqu'en Perse (actuel Iran). Peut-être est-ce de ces régions lointaines qu'il ramena sa belle princesse captive dont parle le poème (et la chanson) ? Nul ne le sait précisément.

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine 3
    Stenka Razine

    Le petit peuple du sud de la Russie se passionna pour ses aventures. Les potentats locaux ainsi que le pouvoir central ne pouvaient plus ignorer la puissance de Stenka et le risque qu'il représentait pour l'ordre impérial. En 1670, il s'empara d'Astrakhan (ville située sur le cours inférieur de la Volga) et y fonda une république cosaque dont il devint le souverain (государь). Mais quelques semaines plus tard, alors qu’il marchait sur Moscou, ses troupes furent mises en déroute et Razine s’enfuit, abandonnant sur le champ de bataille près de 20 000 combattants.

    Mais la rébellion qu’il avait initiée se propagea. Razine proclamait que son objectif était de renverser les boyards et les officiers, d'installer l'absolue égalité dans toute la Moscovie, en abolissant toute hiérarchie. Le petit peuple et les simples soldats firent bon accueil à ses idées. Les populations de la Volga se joignirent aux insurgés. Dans les villes investies, les élites locales fuyaient sous peine d’être massacrées. Toute une grande partie du sud de la Russie venait de se soulever contre ses oppresseurs.

    Petites-nouvelles-russes - L'exécution de Stenka Razine
    L'exécution de Stenka Razine

    Mais tout à une fin...

    En 1671, après de sanglantes batailles, Stenka Razine et son frère cadet Frol (Фрол Тимофеевич Разин) furent capturés et furent conduits jusqu’à Moscou. Stenka fut équarri et brûlé sur la Place rouge. Son frère obtint un sursis. Emprisonné, il ne fut exécuté que quelques années plus tard, en 1676.

    Le pouvoir impérial et la noblesse avaient triomphé mais la mémoire des exploits de Stenka Razine survécut, et de nombreux récits, poèmes et chansons racontèrent l’histoire de ce héros devenu populaire. Les Bolcheviks voyaient même en lui l’un des précurseurs de la Révolution prolétarienne et paysanne à venir…

    Pour en savoir plus (en russe) : Степан Разин: Я пришёл дать вам всем свободу и избавление.

    Louis Mandrin (1725-1755), le Stenka Razine français ?

    Comment ne pas faire le parallèle entre ces deux héros, dont les parcours de vie, et les légendes qu’ils suscitèrent après leur mort paraissent, par bien des aspects, similaires ?

    « Beau de visage, blond de cheveux, bien fait de corps, robuste et agile. À ces qualités physiques, il joint un esprit vif et prompt, des manières aisées et polies. Il est d'une hardiesse, d'un sang-froid à toute épreuve. Son courage lui fait tout supporter pour satisfaire son ambition... »¹

    Petites-nouvelles-russes - Louis Mandrin
    'Ici sévit Mandrin'

    Aîné d'une famille autrefois riche, mais sur le déclin, Louis Mandrin, à la mort de son père, alors qu’il avait dix-sept ans, devient chef de famille. Très tôt, dès 1748, alors qu’il n’a que vingt-trois ans, il connaît ses premiers démêlés avec la Ferme générale, chargée au nom du roi (à l’époque : Louis XV), de lever l’impôt et les taxes.

    Le 27 juillet 1753, à la suite d'une rixe mortelle, Louis Mandrin est condamné à mort. Pierre Mandrin, son frère cadet, est lui pendu. Réussissant à échapper au gibet, Louis déclare alors la guerre aux fermiers généraux, haïs par une population écrasée d’impôts et de taxes.

    Mandrin se fait alors contrebandier, passant les frontières, de Suisse en Savoie (alors indépendante du Royaume) et de Savoie en France, au sein d’une bande dont il devient vite le chef. Il se proclame alors lui-même « capitaine général des contrebandiers de France ».

    Sa cible principale est la Ferme générale, et non le peuple. Des prisons, il libère seulement les prisonniers victimes de conflits avec l'administration des impôts, et se garde de s'entourer de brigands et d'assassins. En France, son brigandage rayonne bien au-delà du Dauphiné, sur une zone couvrant pratiquement les régions actuelles de Rhône-Alpes et Auvergne, de Franche-Comté, ainsi qu'une partie de la Bourgogne.

    En 1754, à la tête de centaines d'hommes, « ni voleurs, ni assassins », il organise six campagnes en investissant des villes par surprise. La population est enchantée, son aura s’accroît et Mandrin gagne même l'admiration d'un personnage tel que Voltaire.

    Mais tout à une fin…

    Petites nouvelles russes - Le testament politique de Louis Mandrin (1755)
    Le Testament politique de Louis Mandrin (1755)

    La Ferme générale, exaspérée par ce « bandit » devenant chaque jour plus populaire, demande le concours de l'armée du roi. Mandrin parvient à se réfugier en Savoie, mais il est appréhendé par une troupe de cinq cents hommes déguisés en paysans qui ont illégalement franchi la frontière pour le capturer.

    Très rapidement jugé, condamné et exécuté, Louis Mandrin est soumis au supplice de la roue, le 26 mai 1755, dans la ville de Valence, devant 6 000 curieux. Il aurait enduré son calvaire sans une plainte et aurait même demandé à la population de poursuivre sa révolte.

    L'homme est mort. C'est alors le début de la légende du bandit justicier qui aura lutté contre l'iniquité des taxes de l'Ancien Régime. Son nom même, ‘Mandrin’, devient à l'époque un nom commun résonnant tel le terme de ‘malandrin’. Son portrait gravé et ses aventures finissent par être colportés par tout le pays.

    Dès 1755, paraît à Genève (à l’abri de la censure royale française) le ‘Testament politique de Louis Mandrin’ portant le sous-titre : ‘Généralissime des Troupes de contrebandiers, écrit par Lui-même dans sa prison’².

    « J'ai cherché la cause de cette grande affluence de Peuple qui venait chaque jour s'enrôler sous mes drapeaux ; en remontant à sa source, j'ai découvert qu'elle prenait elle-même son origine dans le système des Fermes... »

    En particulier, une chanson ‘La complainte de Mandrin’, devenue très populaire, et que chantaient les Communards lors du soulèvement de la Commune de Paris en 1871, raconte sa légende. On ne sait quand ni par qui cet air fut composé et ses paroles écrites. (Lire les paroles de la Complainte de Mandrin.)

    Pour en savoir plus : https://www.mandrin.org/

    1. D'après ‘La Gazette de Hollande’, citée par A. Besson, Contrebandiers et gabelous, 1993.
    2. En fait, le véritable auteur de cet ‘autobiographie’ posthume était un certain Ange Goudar (1708-1791 ?).

    Voici une version toute récente, interprétée par le chanteur Renaud. Comme quoi la légende de Mandrin est toujours vivace...

    La Complainte de Mandrin, Renaud (2022)

  • Stenka Razine 2

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine
    Stenka Razine

    Alexandre Pouchkine :
    Les chants dédiés à Stenka Razine

    (1826)

    Александр Пушкин - Песни о Стеньке Разине

    "Молодец удалой, ты разбойник лихой,
    Ты разбойник лихой, ты разгульный буян..."

    А.С. Пушкин

    "Jeune homme courageux, toi - bandit audacieux,
    Brigand hardi, bagarreur effréné..."

    Alexandre Pouchkine

    En 1826, Alexandre Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин) (1799-1837) consacra trois poèmes à ce héros dont il admirait les exploits. Voici le premier de ces chants, qui, à la lecture, semble à l’évidence avoir directement inspiré Dimitri Sadovnikov pour son poème. En raccourci, on peut donc prétendre sans trop se tromper que Pouchkine est à l’origine de la chanson de Stenka Razine.

    Récitant : Viatcheslav Geracimov (Вячеслав Герасимов)

    Как по Волге-реке, по широкой
    Выплывала востроносая лодка,
    Как на лодке гребцы удалые,
    Казаки, ребята молодые.
    На корме сидит сам хозяин,
    Сам хозяин, грозен Стенька Разин,
    Перед ним красная девица,
    Полонённая персидская царевна.
    Не глядит Стенька Разин на царевну,
    А глядит на матушку на Волгу.
    Как промолвил грозен Стенька Разин:
    «Ой ты гой еси¹, Волга, мать родная!
    С глупых лет меня ты воспоила,
    В долгу ночь баюкала, качала,
    В волновую погоду выносила,
    За меня ли молодца не дремала,
    Казаков моих добром наделила.
    Что ничем тебя ещё мы не дарили».
    Как вскочил тут грозен Стенька Разин,
    Подхватил персидскую царевну,
    В волны бросил красную девицу,
    Волге-матушке ею поклонился.

    Sur le grand fleuve, la large Volga,
    Court un vaisseau à la proue acérée.
    Sur le vaisseau rament les braves,
    Des Cosaques, de jeunes gars.
    A la poupe se tient le maître,
    Le maître en personne, le rude Stenka.
    Face à lui est assise une belle jeune femme,
    Captive de Perse, la fille d’un roi.
    Stenka ne la regarde pas,
    Seulement regarde-t-il la Volga, sa petite mère.
    Voici les mots que prononça le rude Stenka :
    « Longue vie à toi, Volga, mère chérie.
    J’ai bu ton eau dès le berceau,
    Tu m’as bercé de longues nuits,
    Soutenu dans la fureur des vagues.
    Tu as veillé sur ton fils valeureux,
    Tu as comblé tous mes Cosaques,
    Alors qu’en retour tu n’as rien obtenu de nous ».
    Et, se levant d’un bond, le rude Stenka Razine
    Prit la belle princesse par la taille,
    Et la précipita dans les flots,
    S’inclinant très bas devant sa mère la Volga.

    1. L’expression ‘гой еси’ [Goy essi] est caractéristique de l'art populaire oral et se retrouve principalement dans les textes des anciennes épopées. ‘Еси’ est la forme de la 2e personne du singulier du verbe être au présent, perdu dans la langue russe moderne. Quаnt à ‘гой’, il s’agit-là d’une forme figée d'un autre verbe ancien - ‘гоить / гоити -, qui signifie "vivre, être en bonne santé".

    ***

    Le songe de Stéphane Razine (Степан Разин Видит Сон)
    Interprété par le groupe Pelagea (группа Пелагея) 2009

    Le songe de Stenka Razine

    (Сон Степана Разина)

    Auteur et compositeur inconnus
    Слова и музыка неизвестных авторов

    Voici une vieille chanson populaire honorant Stenka Razine. Elle raconte le rêve prémonitoire de ce héros de légende sur sa fin prochaine. Ce chant (et ses inévitables variantes) avait été référencé en tant que chant cosaque traditionnel dès la seconde partie du XIX°.

    Ой, то не вечер, то не вечер.
    (вариант: «Ой, да не вечер…»)
    Ой, мне малым-мало спалось.
    Мне малым-мало спалось,
    Ой, да во сне привиделось...

    Ой, мне во сне привиделось,
    Будто конь мой вороной
    Разыгрался, расплясался,
    Ой да разрезвился подо мной.

    Ой, налетали ветры злые.
    Да с восточной стороны
    Да сорвали чёрну шапку
    Ой, да с моей буйной головы.

    А есаул догадлив был,
    Он сумел сон мой разгадать.
    Ой, пропадёт, он говорил,
    Твоя буйна голова.

    Oh, ce n'est pas le soir,
    ce n'est pas le soir.
    Oh, je n'ai pas beaucoup dormi.
    j'ai dormi si peu,
    Oh oui, j'ai fait un rêve...

    Oh, j'ai fait un rêve
    Comme si mon cheval noir tel un corbeau
    Jouait, dansait,
    Oh, gambadait sous ma selle.

    Oh, combien les vents mauvais soufflaient,
    Les vents venant de l’est,
    Comment ils arrachaient mon chapeau noir,
    Oh, de ma tête impétueuse.

    Et le iessaoul² à l'esprit vif
    Réussit à démêler mon rêve.
    « Oh, ta tête impétueuse, dit-il,
    Tombera. »

    2. Iessaoul : grade militaire cosaque de l’armée impériale russe (le terme est dérivé du terme turc yasaul – chef).

    Voici une dernière version de la chanson 'Oh, ce n'est pas le soir...' ("Ой, да не вечер..."), interprétée par le groupe Piknik (группа Пикник)...

    Quand la musique classique russe rend hommage à Stenka Razine :

    En 1949, la compositrice Galina Oustvolskaya (Галина Ивановна Уствольская) (1919 – 2006) composa un chant épique (былина) symphonique à partir du thème de la chanson Oh, ce n'est pas le soir’ (Ой, то не вечер, то не вечер) - Ecoutez sur Youtube.

    Plus tôt, en 1885, Alexandre Glazumov (Александр Константинович Глазунов) (1865-1936) composa le poème symphonique ‘Stenka Razine’ (Стенька Разин) dont le premier thème reprend un autre air célèbre du répertoire populaire russe, Le chant des ‘Bateliers de la Volga’ (Эй, ухнем! - ho hisse, halons, tirons !) - Ecoutez sur Youtube.

    Enfin, en 1964, Dimitri Chostakovich (Дмитрий Дмитриевич Шостакович) (1919-1975) composa la cantate symphonique ‘L’exécution de Stenka Razine’ (Казнь Степана Разина) d'après le poème d'Evgeni Evtouchenko (Евгений Александрович Евтушенко) (1933-2017). Lire (page 14 et suivantes) le poème et sa traduction. Ecoutez sur Youtube ‘L’exécution de Stenka Razine’.

  • Stenka Razine 1

    La chanson de Stenka Razine (Из-за острова на стрежень...)
    interprétée en 1973 par Boris Chtokolov (Борис Штоколов)

    La chanson de Stenka Razine - Стенька Разин

    L’histoire d’un héros devenu légendaire...

    D’après un poème de Dimitri Sadovnikov (1883)
    На стихи Дмитрия Николаевича Садовникова (1883 г.)

    Musique :
    Mikhail Ippolitov-Ivanov (1908) Михаил Михайлович Ипполитов-Иванов

    Les paroles de cette chanson ont connu – comme nombre d’airs populaires russes – plusieurs variantes – certains vers ayant été modifiés, certains couplets déplacés ou tout simplement ignorés. J’ai mis entre parenthèses () les vers et strophes absents dans l’interprétation ci-dessus.

    Из-за острова на стрежень,
    На простор речной волны
    Выплывают расписные
    Стеньки Разина челны.
    (Острогрудые челны.)
    ­­­

    ­На переднем Стенька Разин
    Обнявшись сидит с княжной,
    Свадьбу новую справляет,
    Сам весёлый и хмельной.

    Позади их слышен ропот:
    "Нас на бабу променял,
    Только ночь с ней провожжался,
    Сам наутро бабой стал"

    Этот ропот и насмешки
    Слышит грозный атаман,
    И он мощною рукою
    Обнял персиянки стан…

    (Брови чёрные сошлися,
    Надвигается гроза.
    Буйной кровью налилися
    Атамановы глаза.)

    "Всё отдам не пожалею,
    Буйну голову отдам!", -
    Раздаётся голос властный
    По окрестным берегам.

    А она, потупя очи,
    Не жива и не мертва,
    Молча слушает хмельные
    Атамановы слова.

    "Волга-Волга, Мать родная,
    Волга - русская река!
    Не видала ты подарка
    От донского казака!"

    ("Чтобы не было раздора
    Между вольными людьми,
    Волга, Волга, мать родная,
    На, красавицу прими!")

    Мощным взмахом поднимает
    Он красавицу княжну
    И за борт её бросает
    В набежавшую волну...

    ("Что ж вы, братцы, приуныли?
    Эй ты, Филька, чёрт, пляши!
    Грянем песню удалую
    На помин её души!..")

    Depuis l’île, au plus fort du courant,
    Jusqu’au large, sur les vagues du fleuve,
    Fondant les flots de leurs rames,
    Courent les vaisseaux aux vives couleurs
    De Stenka Razine.
    (Les vaisseaux à la proue acérée.)

    A l’avant se tient Stenka Razine.
    Enlaçant sa princesse assise à ses côtés,
    Joyeux et tout grisé,
    Il fête ses nouvelles noces.

    Derrière eux, un murmure se fait entendre :
    "Il nous a échangés contre une femme,
    Une seule nuit avec elle a suffi,
    Et au matin le voilà lui-même devenu femme."

    Le redoutable ataman¹
    Entendant ces murmures et ces moqueries
    D'une main puissante
    Saisit sa princesse persane...

    (Ses sourcils noirs se froncent,
    Une tempête est à venir.
    Les yeux de l’ataman
    Se gorgent d’un sang violent.)

    "Je donnerai tout, sans regret,
    J’offrirai ma tête impétueuse !", -
    Sa voix puissante résonne
    Le long des rives environnantes.

    Et elle, baissant les yeux,
    Ni vivante ni morte,
    Écoute en silence
    Les paroles de l’ataman, pleines d’ivresse :

    "Volga-Volga, chère mère,
    Volga - fleuve russe !
    Tu n'as pas vu encore le cadeau
    Que t’offre le Cosaque du Don !"

    ("Pour éviter la discorde
    Entre les hommes libres
    Volga, Volga, chère mère,
    Tiens, prends la belle !")

    Et d’un geste puissant il soulève
    La belle princesse
    Et la jette par-dessus bord
    Dans le flot du courant…

    ("Pourquoi donc, mes frères, êtes-vous tristes ?
    Eh toi, Filka, mon ami, que diable, danse donc !
    Entonnons une chanson
    En mémoire de son âme !... ")

    1. Un ataman était un chef de guerre cosaque.

    Voici une autre version interprétée par les Chœurs de l’Armée rouge :

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine - Dimitri Sadovnikov
    Dimitri Sadovnikov (1847-1883)

    Un air sur des paroles originelles du poète Dimitri Sadovnikov :

    Avec quelques différences mineures (et quelques raccourcis), la chanson reprend les paroles d'un poème de Dimitri Sadovnikov (Дмитри Николаевич Садовников) (1847-1883) - poète, folkloriste et ethnographe. Le poème, intitulé 'Chanson' (Песния) fut publié en 1883. L’auteur s’inspira de nombreux airs et récits populaires qui circulaient en Russie sur ce personnage quasi-mythique du XVII° siècle, ainsi que des ‘Chants dédiés à Stenka Razine’ (Песни о Стеньке Разине) écrits en 1826 par Alexandre Pouchkine.

    La chanson de Stenka Razine (Песния), poème de Dimitri Sadovnikov (1883).
    Lecture : Vladimir Antonik (Владимир Антоник)

    Песния

    Из-за острова на стрежень,
    На простор речной волны
    Выбегают расписные,
    Острогрудые челны.

    На переднем Стенька Разин,
    Обнявшись с своей княжной,
    Свадьбу новую справляет,
    И весёлый и хмельной.

    А княжна, склонивши очи,
    Ни жива и ни мертва,
    Робко слушает хмельные,
    Неразумные слова.

    "Ничего не пожалею!
    Буйну голову отдам!" –
    Раздаётся по окрестным
    Берегам и островам.

    "Ишь ты, братцы, атаман-то
    Нас на бабу променял!
    Ночку с нею провозился –
    Сам наутро бабой стал..."

    Ошалел... Насмешки, шёпот
    Слышит пьяный атаман –
    Персиянки полонённой
    Крепко обнял полный стан.

    Гневно кровью налилися
    Атамановы глаза,
    Брови чёрные нависли,
    Собирается гроза...

    "Эх, кормилица родная,
    Волга-матушка река!
    Не видала ты подарков
    От донского казака!..

    Чтобы не было зазорно
    Перед вольными людьми,
    Перед вольною рекою, –
    На, кормилица... возьми!"

    Мощным взмахом поднимает
    Полонённую княжну
    И, не глядя, прочь кидает
    В набежавшую волну...

    "Что затихли, удалые?..
    Эй ты, Фролка, чёрт, пляши!..
    Грянь, ребята, хоровую
    За помин её души!.."

    Chanson

    Depuis l’île, au plus fort du courant,
    Jusqu’au large, sur les vagues du fleuve,
    Fondant les flots de leurs rames,
    Courent les vaisseaux aux vives couleurs,
    A la proue acérée.

    A l’avant se tient Stenka Razine.
    Enlaçant sa princesse assise à ses côtés,
    Joyeux et tout grisé,
    Il fête ses nouvelles noces.

    Et la princesse, les yeux baissés,
    ni vivante ni morte,
    Écoute timidement
    Les folles paroles de l’ataman ivre :

    "Je n’aurai aucun regret !
    J’offrirai ma tête impétueuse !"
    Ses mots résonnent alentour,
    Sur les rives et jusqu’aux îles.

    "Voyez donc, mes frères, comment l'ataman
    Nous a échangés contre une femme !
    Une petite nuit avec elle a suffi,
    Et au matin, lui-même est devenu femme..."

    Il a perdu la tête... Voilà les railleries,
    Les chuchotements qu’entend l’ataman ivre.
    Et il enlace de toutes ses forces
    La Persane captive aux formes généreuses.

    Les yeux de l’ataman
    Débordent d’une colère sanguinaire,
    Ses sourcils noirs se froncent,
    Prémices de tempête...

    "Oh, douce nourrice,
    Volga-Petite mère !
    Tu n'as pas vu encore les présents
    Que t’offre le Cosaque du Don ! ..

    "Pour ne pas subir l’opprobre
    De tous ces hommes libres,
    L’opprobre de la rivière qui court librement -
    Voilà, nourrice... prends-la !"

    Et d’un geste puissant il soulève
    La princesse captive
    Et, sans un regard, la précipite
    Dans le flot du courant…

    "Pourquoi ce silence, mes braves ?...
    Eh toi, Frol, mon frère²,
    Que diable, danse donc !...
    Grondez, les gars, chantez en chœur,
    A la mémoire de son âme !..."

    2. Frol Razine était le frère cadet de Stenka Razine.

    Dimitri Sadovnikov écrivit par ailleurs un autre poème sur ce héros, 'L'ataman et le iessaoul' (Атаман и есаул). Lire (en russe)

    Voici une version de la chanson interprétée par le Chœur des Cosaques du Don.

    Stenka Razine au cinéma :

    Si l’imaginaire populaire s’est emparé très tôt de ce héros, dès son apparition en Russie le cinéma ne fut pas en reste. Ainsi, dès 1908, Stenka Razine fut porté à l’écran dans ce qui est considéré comme le premier film russe, réalisé par Vladimir Romachkov (Владимир Фёдорович Ромашков), sous le titre ‘La liberté en aval [de la Volga]’ (Понизовая вольница).

    Le film, muet, de moins d’une dizaine de minutes, projeté pour la première fois à Saint-Pétersbourg, bénéficia à sa sortie d’un accompagnement musical : la Chanson de Stenka Razine (Из-за острова на стрежень...), enregistrée pour l’occasion sur gramophone. Composé par Mikhail Ippolitov-Ivanov (Михаил Михайлович Ипполитов-Иванов), cet air était initialement destiné à une pièce de théâtre écrite par Vassili Goncharov (Василий Михайлович Гончаров).

    Petites-nouvelles-russes - Stenka Razine - Affiche
    Stenka Razine - affiche du film (1908)

    Ce fut là, en l’occurrence, le premier cas attesté de violation du droit d'auteur par un cinéaste. En effet, le producteur du film, Alexandre Drankov (Александр Осипович Дранков), n’avait conclu aucun contrat formel ni avec Vassili Goncharov, l'auteur du scénario original de la pièce de théâtre, ni avec Mikhail Ippolitov-Ivanov, le compositeur de la musique. Peut-être est-ce pour cela que, depuis, la Chanson de Stenka Razine est considérée, la plupart du temps, comme un air du répertoire folklorique et que le nom de son compositeur est passé sous silence. Voici ici que justice lui est rendue !

    Source : Stenka Razine - Cinéma russe et soviétique. Lire.

    En 1939, Ivan Pravov (Иван Правов) et Olga Preobrajenskaïa (Ольга Преображенская) réalisèrent un long métrage ‘Stéphane Razine’ (Степан Разин), qui n’eut pas, semble-t-il, le succès escompté.

    ‘Stéphane Razine’ (Степан Разин) 1939, réalisé par
    I. Pravov (И. Правов) et O. Preobrajenskaïa (О. Преображенская)

  • Sur la longue route

    Sur la longue route (Доро́гой дли́нною)
    Interprétée par Alexandre Vertinsky (Александр Вертинский)
    Version remastérisée

    Sur la longue route - Доро́гой дли́нною

    Musique : Boris Fomine - Музыка: Борис Фомин (1924)

    Paroles : Alexandre Vertinsky — Слова: Александр Вертинский (1926)

    Interprète : Alexandre Vertinsky - Исполнитель : Александр Вертинский

    Е́здили на тро́йках с бубенца́ми,
    А вдали́ мелька́ли огоньки́.
    Мне б сейча́с, соко́лики, за ва́ми,
    Ду́шу б мне разве́ять от тоски́!

    Припе́в:

    Доро́гой дли́нною, и но́чью лу́нною,
    И с пе́сней той, что вдаль лети́т, звеня́,
    И с той стари́нною, с той семистру́нною,
    Что по ноча́м так му́чила меня́.

    Так, живя́ без ра́дости, без му́ки
    По́мню я уше́дшие года́.
    И твои́ сере́бряные ру́ки
    Тро́йке, улете́вшей навсегда́!

    (Припе́в)

    Дни иду́т, печа́ли умножа́я.
    Мне так тру́дно про́шлое забы́ть.
    Как-нибу́дь одна́жды, дорога́я,
    Вы меня́ свезёте хорони́ть.

    (Припе́в)

    Séparateur 3

    Nous allions en troïka au son des clochettes,
    Et des lumières scintillaient au loin.
    O compagnons, comme j’aimerais vous suivre à présent
    Et pouvoir chasser de mon âme ce chagrin !

    Refrain :

    Sur cette longue route et par un clair de lune,
    Avec cette chanson qui résonne et s'envole au loin,
    Et cette vieille guitare à sept cordes,
    Qui tant me tourmentait la nuit.

    Alors, vivant sans joie, sans tourment
    Je me souviens des années passées.
    Et de tes mains argentées
    Saluant la troïka s’enfuyant à jamais !

    (Refrain)

    Les jours s’enfuient, multipliant les chagrins.
    C'est si difficile pour moi d'oublier le passé.
    Un jour, chérie,
    Vous me conduirez jusqu’à la tombe.

    (Refrain)

    Petites-nouvelles-russes - Alexandre Vertinsky
    Alexandre Vertinsky (Александр Вертинский) en costume de Pierrot

    Un air célèbre repris par différents paroliers...

    Cette version, la première popularisée hors de Russie, diffère du texte originel. Il s’agit en effet d’une adaptation écrite et enregistrée à Paris en 1926 par Alexandre Vertinsky (Александр Николаевич Вертинский) (1889-1957). En effet, dès 1920, le célèbre artiste s’était exilé d’URSS et, après quelques pérégrinations, avait rejoint la France. (Il rentrera au pays en 1943 pour poursuivre sa carrière). C’est sûrement à Paris, dans un des cabarets fréquentés par l’immigration russe, qu’il dut entendre la chanson 'Sur la longue route' pour la première fois et l’interpréta, conservant à deux mots près le refrain original tout en modifiant les couplets.

    Dès lors, sur cette mélodie se sont greffées d’innombrables versions textuelles (tant en russe qu’en différentes langues) dont je renonce ici à vouloir faire le catalogue des versions – lire (en russe).

    En quête des paroles originelles...

    Sur la longue route (texte de la première version)

    Доро́гой дли́нною (стихи первой версии)
    ­

    1924

    Paroles : Constantin Podrevsky — Слова: Константин Подревский

    Е́хали на тро́йке с бубенца́ми,
    А вдали ме́лька́ли огоньки́.
    Эх, когда́ бы мне тепе́рь за ва́ми,
    Ду́шу бы разве́ять от тоски́!

    Припе́в:

    Доро́гой дли́нною, пого́дой [да но́чью]* лу́нною,
    Да с пе́сней той, что вдаль лети́т, звеня́,
    Да с той стари́нною, да семистру́нною,
    Что по ноча́м так му́чила меня́.

    Да, выхо́дит, пе́ли мы зада́ром.
    Понапра́сну ночь за но́чью жгли.
    Е́сли мы поко́нчили со ста́рым,
    Так и но́чи эти отошли́!

    (Припе́в)

    В даль ину́ю [родну́ю]* — но́выми путя́ми —
    Е́хать нам судьбо́ю суждено́!
    [Нам отны́не е́хать суждено́!]*
    Е́хали на тро́йке с бубенца́ми,
    Да тепе́рь прое́хали давно́.

    (Припе́в)

    [Никому́ тепе́рь уж не нужна́ я,
    И любви́ было́й не вороти́ть,
    Коль порвётся жизнь моя́ больна́я,
    Вы меня́ вези́те хорони́ть.]**

    (Припе́в)

    Séparateur 3

    Nous allions en troïka au son des clochettes,
    Et des lumières scintillaient au loin.
    Oh, comme j'aimerais vous suivre maintenant,
    Pour chasser le chagrin de mon âme !

    Refrain :

    Sur cette longue route et par un ciel [une nuit]* de pleine lune,
    Avec cette chanson qui résonne et s'envole au loin,
    Et cette vieille guitare à sept cordes,
    Qui tant me tourmentait la nuit.

    Mais il s'avère que nous avons chanté en vain,
    Brûlant pour rien nuit après nuit.
    Si nous en avons fini avec le temps ancien,
    Ces nuits aussi sont derrière nous !

    (Refrain)

    Vers un autre lointain [vers notre patrie lointaine]* – par de nouveaux chemins -
    Nous sommes destinés [dès lors]* à nous rendre !
    Nous allions en troïka au son des clochettes,
    Il y a si longtemps à présent.

    (Refrain)

    [Personne n'a plus besoin de moi
    Et l’amour passé ne saura revenir,
    Si le fil de ma vie malade est rompu,
    Vous me conduirez pour qu’on m’enterre.]**

    (Refrain)

    * Selon les versions.
    ** Ce dernier couplet est habituellement absent des versions enregistrées.
    Petites-nouvelles-russes - Constantin Podrevsky
    Constantin Podrevsky (Константин Николаевич Подревский) (1888-1930)

    Un texte aujourd’hui repris mais tronqué et adapté…

    L’auteur des paroles originales de la chanson 'Sur la longue route' fut Constantin Podrevsky (Константин Николаевич Подревский) (1888-1930). Mais dans le climat politique de l’époque, en Union soviétique, dès l'été 1929, ses œuvres furent interdites y compris cette célèbre romance, ses textes étant considérés comme ‘contre-révolutionnaires’. Constantin Podrevsky lui-même fut déclaré chanteur « nepman » (нэпман) — terme signifiant ‘bourgeois’. Cette déchéance et les nombreuses tracasseries qui s’en suivirent eurent raison de sa santé. Il décéda quelques mois plus tard, en février 1930. Depuis lors, la version de Podrevsky a été ‘réhabilitée’ et réenregistrée mais rarement dans son intégralité. Aujourd’hui, les interprètes russes, ‘mélangent’ allègrement les deux versions, celle de Vertinsky et celle de Podrevsky, puisant dans l’une et l’autre leurs paroles, les modifiant parfois.

    Pour en savoir plus sur l’œuvre de Constantin Podrevsky : lire (en russe).

    Voici, semble-t-il, la tout premier enregistrement sonore de la chanson ‘Sur la longue route’ interprétée en 1925 par Tamara Tsérétéli (Тамара Церетели)...

    Dans cette dernière interprétation, le premier couplet est omis, mais on peut entendre le dernier couplet – aux paroles légèrement différentes de l’édition originale (déjà !).

    Paroles du dernier couplet :

    Никому́ быть мо́жет не нужна́ я.
    Ва́шу тро́йку мне не вороти́ть.
    Бог поймёт, а жизнь моя́ больна́я.
    Вы меня́ вези́те хорони́ть.

    Séparateur 3

    Peut-être, personne n'a besoin de moi.
    Je ne puis revenir en arrière.
    Dieu comprendra, mais ma vie est souffrance.
    Vous me conduirez pour qu’on m’enterre.

    Voici enfin, afin de prouver la ‘vitalité’ de cette romance, mais seulement pour les amateurs de heavy metal la version du groupe AZON (АЗОН) enregistrée en 2022. (J’avoue : c’est… ‘spécial’ 🤔 )...

    Dalida : Le temps des fleurs (1968)

    Au début des années 60, la chanson connaîtra à nouveau la renommée internationale, adaptée en anglais sous le titre ‘Those were the days' (Ainsi étaient les jours). En 1968, elle sera reprise en français sur des paroles d'Eddy Marnay, ce sera 'Le temps des fleurs'.

    Le tintement des grelots (Слышен звон бубенцов)
    Alekseï Vaciliev (Алексей Васильев)

    Le tintement des grelots - Слы́шен звон бубенцо́в

    (Fin des années 1920 ?)
    ­

    Musique : Vladimir* Bakaleïnikov - Музыка: Владимир Бакалейников

    Paroles : Alexandre Koussikov — Слова: Александр Кусиков
    ­

    * Selon certaines sources le compositeur en fut peut-être Nikolaï Bakaleïnikov, le frère de Vladimir.

    Се́рдце бу́дто просну́лось пугли́во,
    Пережи́того ста́ло мне жаль.
    Пусть же ко́ни с распу́щенной гри́вой
    С бубенца́ми умча́т меня́ вдаль.

    Слы́шу звон бубенцо́в издалёка,
    Э́то тро́йки знако́мый разбе́г.
    А вокру́г расстели́лся широ́ко
    Бе́лым са́ваном и́скристый снег.

    Пусть ямщи́к сно́ва пе́сню затя́нет,
    Ве́тер бу́дет ему́ подпева́ть.
    Что прошло́, никогда́ не наста́нет,
    Так заче́м же, заче́м горева́ть.

    Слы́шу звон бубенцо́в…

    Звон бубе́нчиков тре́петно мо́жет
    Воскреси́ть позабы́тую тень.
    Мою́ ру́сскую ду́шу встрево́жить
    И встряхну́ть мою́ ру́сскую лень.

    Слы́шу звон бубенцо́в…

    Séparateur 3

    C'est comme si mon cœur se réveillait effrayé,
    Désolé de ce que j’ai vécu.
    Que puissent les chevaux aux crinières déliées
    M'emporter au loin au son de leurs grelots.

    J'entends le tintement des grelots au loin,
    Il s’agit de l’élan familier d’une troïka.
    Et tout autour, s'étendant largement,
    La neige scintille tel un linceul blanc.

    Que le cocher reprenne sa chanson,
    Le vent chantera avec lui.
    Le passé jamais ne reviendra,
    Alors pourquoi, pourquoi s'affliger.

    J'entends le tintement des grelots...

    Le tintement des grelots peut, frémissant,
    Ressusciter une ombre oubliée,
    Déranger mon âme russe,
    Et bousculer mon indolence russe.

    J'entends le tintement des grelots...

    Petites nouvelles russes - Alexandre Koussikov
    Alexandre Koussikov (Александр Борисович Кусиков), 1896-1977

    Une chanson en écho à ‘Sur la longue route’...

    Cette chanson, composée au cours des années 1920, sonne, en quelque sorte, en écho avec la célèbre mélodie – écrite à la même époque - ‘Sur la longue route’ (Доро́гой дли́нною), devenue internationalement célèbre, d’abord auprès des nombreux émigrés ayant fuit l’URSS naissante.

    Son parolier, le poète Alexandre Koussikov (Александр Борисович Кусиков) (1896-1977), émigré lui-aussi dès 1922, restera, durant son exil, toujours proche du nouveau régime soviétique. C’est ainsi qu’en 1924 il crée à Paris la « Société des Amis de la Russie ». Loin de ses racines, craignant de rentrer dans son pays, sa verve créatrice se tarit dès les années 30. Il décédera à Paris, en 1977 sans jamais avoir revu sa terre natale.

    Pour en savoir plus sur la chanson et ses auteurs : lire (en russe).

  • Sur le chemin de Mourom

    Sur le chemin de Mourom (По му́ромской доро́жке)
    Interprété par Valentina Gotovtseva (Валентина Готовцева)

    Sur le chemin de Mourom

    По (или На) му́ромской доро́жке

    Sur un air du compositeur : Mikhaïl Obytchaïko
    На мелодию композитора: Михаил Обычайко)
    1908 ?

    Auteur des paroles : inconnu- Автор текста: неизвестно

    Sur le chemin de Mourom il y avait trois pins...

    По Му́ромской доро́жке
    Стоя́ли три сосны́.
    Проща́лся со мной ми́лый
    До бу́дущей весны́.

    Он кля́лся и божи́лся
    Одну́ меня́ люби́ть.
    На да́льней на сторо́нушке
    Меня́ не позабы́ть.

    Он на коня́ сади́лся,
    Умча́лся ми́лый вдаль.
    Оста́вил мне на се́рдце
    Тоску́ лишь, да печа́ль.

    [Я до́лго тоскова́ла,
    Все но́чи не спала́,
    Я пла́кала, рыда́ла,
    Всё ми́лого ждала́.]*

    Одна́жды мне присни́лся
    Тяжёлый стра́шный сон,
    Мой ми́ленький жени́лся,
    Наруши́л кля́тву он.

    Но я над сном смея́лась
    При я́рком све́те дня.
    Не мо́жет того́ сбы́ться,
    Чтоб мил забы́л меня́!

    Но ско́ро сон мой сбы́лся.
    И ра́ннею весно́й
    Мой ми́лый возврати́лся
    С краса́вицей жено́й.

    Я у воро́т стоя́ла,
    Когда́ он проезжа́л,
    Меня́ в толпе́ наро́да
    Он взгля́дом отыска́л.

    Уви́дел мои́ слёзы,
    Глаза́ вниз опусти́л.
    Он по́нял, что наве́ки
    Он се́рдце мне разби́л.

    По Му́ромской доро́жке
    Стоя́ли три сосны́.
    Проща́лся па́рень с де́вушкой
    До бу́дущей весны́.

    Séparateur 3

    Sur le chemin de Mourom,
    Il y avait trois pins.
    Mon aimé m’a fait ses adieux
    Jusqu'au printemps prochain.

    Il a juré et promis
    De n'aimer que moi seule,
    Et dans quelque pays lointain où il serait
    De ne jamais m'oublier.

    Mon aimé a pris son cheval,
    Et disparu dans le lointain,
    Ne me laissant au cœur
    Que tristesse et chagrin.

    [J'ai longtemps soupiré
    Toutes ces nuits je suis restée sans dormir,
    J'ai pleuré, j'ai sangloté
    J’ai toujours attendu mon aimé.]*

    Une fois j’ai fait un rêve,
    Un rêve terrible et lourd :
    Mon amoureux s’était marié,
    Rompant ainsi son serment.

    Mais j'ai ri de mon rêve
    Au matin, à la clarté du jour.
    Cela ne se peut pas
    Que mon aimé m’oublie !

    Mais bientôt mon rêve est devenu réalité.
    Et au début du printemps
    Mon amour était de retour
    Aux bras d’une belle épouse.

    Je me tenais près de la porte
    Quand il est passé,
    Et dans la foule
    Du regard il m'a cherchée.

    Voyant mes larmes
    Il a baissé les yeux.
    Et a compris que pour toujours
    Il m’avait brisé le cœur.

    Sur le chemin de Mourom
    Il y avait trois pins,
    Et un gars disant adieu à une fille
    Jusqu'au printemps prochain.

    * Cette strophe ne figure pas dans la version interprétée ci-dessus.

    Petites-nouvelles-russes : Mourom à la fin du XVIIIe siècle
    Mourom à la fin du XVIIIe siècle

    Mourom (Муром) est une ville parmi les plus anciennes de Russie (son nom est déjà mentionné dès l’an 862 !), située dans la région de Vladimir, sur la rivière Oka, à environ 300 kilomètres à l’est de Moscou.

    Petites-nouvelles-russes : Тоска - Михаил Обычайко
    'Mélancolie' (Тоска), valse

    Un auteur inconnu et un compositeur aujourd’hui largement ignoré :

    Malgré de nombreuses (et infructueuses) recherches le nom de l’auteur des paroles de la chanson ‘Sur le chemin de Mourom’ reste inconnu. Le compositeur, par contre, semblerait être Mikhaïl Obytchaïko (Михаил Георгиевич Обычайко) (1862—1944) qui, en 1908 (?), écrivit une valse, célèbre à son époque : ‘Mélancolie’ (Тоска). Même si beaucoup persistent à affirmer qu’il s’agit là d’un air populaire savamment repris par ce compositeur.

    Ecouter sur Youtube la valse ‘Mélancolie’ (Тоска).

    Pour en savoir plus, lire (en russe) : Mikhaïl Obytchaïko.

    Sur un air de valse triste...

    Depuis qu’on chante des chansons, c’est-à-dire depuis toujours, certaines racontent encore et encore le désespoir et le chagrin de femmes trahies par l’homme qu’elles ont aimé, aimé à en ‘perdre la tête’. Dans la même veine, écouter ‘Le Malheur’ (Беда), magnifique chanson de Vladimir Vyssotski.

    Sur le chemin de Mourom’, depuis des lustres passé dans le répertoire populaire, a connu de nombreuses versions, plus ou moins longues et… parfois plus tragiques encore. Dans une des variantes résonnent les vers : ‘Je vais aller dans la forêt de chênes. Là où coule une rivière. Elle me prendra dans ses froides étreintes…’ (Пойду я в лес-дубраву. Там реченька течёт. В холодные объятья она меня возьмёт.) C’est peu dire !

    Petites-nouvelles-russes - по муромской дорожке
    'Sur le chemin de Mourom'...
    Petites-nouvelles-russes - На Муромской Дорожке
    'Sur le Chemin de Mourom' (На Муромской Дорожке), 1993

    "Sur le chemin de Mourom" (На Муромской Дорожке), 1993 :

    En 1993, le film éponyme, "Sur le chemin de Mourom" (На Муромской Дорожке), réalisé par Fiodor Pétroukhine (Фёдор Федорович Петрухин) reprend le thème musical de la chanson : Voir le film dans son intégralité (en russe) sur Youtube.

    La chanson ‘Sur le chemin de Mourom’ faisait partie du répertoire de Lidia Rouslanova (Лидия Андреевна Русланова) (1900-1973), célèbre, en particulier, pour ses interprétations des airs folkloriques russes. C’est elle qui, en Union soviétique, aura initié la popularité de cette triste rengaine. Ecouter et voir sur Youtube les images du film de Fiodor Pétroukhine.

    Petites-nouvelles-russes - Ilya Mouromet 2
    Byline d'Ilya Mouromets

    Sur le chemin de Mourom…

    La chanson nous dit qu’une jeune femme y attend près de trois pins jusqu’au printemps suivant son amoureux. Peut-être y croisera-t-elle Ilya Mouromets (Илья Муромец), héros légendaire des contes de la vieille Russie partant sur la route de Kiev ? Mais ceci est une autre histoire…

    Lire : Comment Ilya de Mouron devint un preux chevalier.

    Voici, enfin, pour la route, une dernière version de la chanson interprétée par Nadiejda Kadycheva et l'ensemble 'Zolotoe Koltso' (Надежда Кадышева и Ансамбль "Золотое Кольцо")...

  • Les douze brigands

    Les douze brigands (Бы́ло двена́дцать разбо́йников…),
    interprété par le Chœur des Cosaques du Don (Хор донских казаков Сергея Жарова)

    Les douze brigands­
    Бы́ло двена́дцать разбо́йников…

    D’après un poème de Nikolaï Nekrassov (Николай Некрасов), 1876/77

    Compositeur : Nicolaï Manykine-Nevstrouev (?)
    Музыка: Николай Маныкин-Невструев (?)

    Crimes et châtiment - crimes et rédemption...

    Припе́в:

    Го́споду Бо́гу помо́лимся,
    Дре́внюю быль возвести́м!
    Так в Соло́вках нам расска́зывал
    Ино́к свято́й Питири́м.

    Жи́ло двена́дцать разбо́йников,
    Жил Кудея́р атама́н.
    Мно́го разбо́йники про́лили
    Кро́ви честны́х христиа́н!

    (Припе́в)

    [Мно́го добра́ понагра́били,
    Жи́ли в дрему́чем лесу́.
    Сам Кудея́р, из-под Кие́ва
    Вы́вез деви́цу красу́.]*

    Днём с полюбо́вницей те́шился,
    Но́чью набе́ги твори́л.
    Вдруг у разбо́йника лю́того
    Со́весть Госпо́дь пробуди́л.

    (Припе́в)

    Бро́сил свои́х он това́рищей,
    Бро́сил набе́ги твори́ть;
    Сам Кудея́р в монасты́рь пошёл
    Бо́гу и лю́дям служи́ть!

    (Припе́в)

    Séparateur 3

    Refrain :

    Prions le Seigneur Dieu,
    Proclamons l'histoire ancienne !
    Voici ce qu’à Solovki¹ nous a raconté
    Le saint moine Pitirim².

    Il y avait douze brigands
    Et, à leur tête, l’ataman Koudeyar³.
    Et ces brigands versèrent
    Beaucoup de sang d’honnêtes Chrétiens !

    (Refrain)

    [Détroussant et volant beaucoup de biens,
    Ils vivaient dans une forêt dense.
    Koudeyar lui-même, tout près de Kiev
    Enleva, dit-on, une jolie fille.]*

    Le jour, il profitait de sa maîtresse,
    La nuit, il partait faire ses coups.
    Quand soudain le Seigneur
    Vint éveiller sa conscience.

    (Refrain)

    Alors il abandonna ses acolytes,
    Il cessa ses mauvais coups ;
    Et Koudeyar lui-même se fit moine
    Pour servir Dieu et les hommes !

    (Refrain)

    * Cette strophe ne figure pas dans la version interprétée ci-dessus.
    1. Les îles Solovki (Соловецкие Острова) forment un archipel au nord-ouest de la Russie dans la mer Blanche.
    2. Pitirim (Питирим), du nom de l’évêque Pitirim (1645-1698), saint homme qui n’hésitait pas à s’engager à l’édification de ses ouailles et à la conversion des infidèles.
    3. Voir explication détaillée ci-dessous.

    Comme de nombreuses chansons passées dans le répertoire traditionnel russe, on trouvera des versions plus ou moins longues et… plus ou moins ‘arrangées' des Douze brigands (Lire – en russe).

    Pourtant, il s’agit bien (là aussi) d’une œuvre dont on connaît l’auteur des paroles : Le poète Nikolaï Nekrassov. (Même si son compositeur, quant à lui, reste incertain – le nom du compositeur et poète Nicolas Manykine-Nevstrouev (Николай Александрович Маныкин-Невструев) (1869-1920 ?) étant la plupart du temps cité.)

    Petites nouvelles russes - Nikolaï Nekrassov
    Nikolaï Nekrassov (1821-1877)

    A l’origine, un poème de Nikolaï Nekrassov :

    Nikolaï Nekrassov (Николай Алексеевич Некрасов) 1821-1877, fut aussi, entre autre, l’auteur des paroles de la chanson ‘La petite boîte (Lire et écouter). Page où figure une courte présentation de l’auteur.

    Les paroles de la chanson des ‘Douze brigands’ (Было двенадцать разбойников…) sont directement tirées de son poème A propos de deux grands pécheurs’ (О двух великих грешниках) – Lire (en russe) - , extrait du cycle Pour qui fait-il bon vivre en Russie’ (Кому на Руси жить хорошо) – Lire (en russe) dans son intégralité -, œuvre restée inachevée, sur laquelle l’auteur travailla de 1860 jusqu’à sa mort, en 1877, et qui raconte le voyage de sept paysans à travers le pays afin d’y trouver au moins une personne heureuse.

    La parabole des deux grands pécheurs :

    Dans la suite du poème de Nékrassov, qui se présente comme une parabole, Koudeyar (Кудеяр), bandit de grand chemin repenti, se retire en ermite dans la forêt. Afin d’expier ses péchés, il se verra confier par un ange la tâche irréalisable, à l’aide de la lame du couteau qui lui avait servi à tuer tant de gens, d’abattre un grand chêne. L’arbre s’effondrera le jour où Koudeyar aura, dans un accès de colère, poignardé un ‘pan’ – un grand seigneur - qui le narguait en se targuant, quant à lui, de n’avoir jamais eu de remords, malgré ses nombreuses cruautés envers ses pauvres gens.

    Le poème s’achève sur ces deux strophes :

    Petites nouvelles russes - Un vieil ermite
    Un vieil ermite russe

    То́лько что пан окрова́вленный
    Пал голово́й на седло́,
    Ру́хнуло дре́во грома́дное,
    Э́хо весь лес потрясло́.

    Ру́хнуло дре́во, скатило́ся
    С и́нока бре́мя грехо́в!..
    Го́споду Бо́гу помо́лимся:
    Ми́луй нас, тёмных рабо́в!

    Séparateur 3

    Juste au moment ou la tête du pan sanguinaire
    S’écroula sur la selle de son cheval,
    L’immense arbre s'effondra,
    Et son écho secoua toute la forêt.

    L'arbre s’écroula, emportant dans sa chute
    Le fardeau des péchés de l’ermite ! ..
    Prions le Seigneur Dieu :
    Qu’il ait pitié de nous, sombres esclaves !

    Séparateur 3

    Deux grand pécheurs donc, l’un qui sera pardonné et l’autre envoyé en Enfer :

    Si Koudeyar, le bandit de grand chemin, se verra pardonner ses péchés, malgré ses nombreux crimes et sa vie dissolue, le grand seigneur subira un juste châtiment, car ses crimes paraissent impardonnables (‘imprescriptibles’ dirions-nous de nos jours)...

    Nous n’épiloguerons pas ici sur la ‘morale’ chrétienne de cette ‘étonnante’ rédemption des péchés en ‘récompense’  un crime commis 'au nom de la Justice divine’. (Lire à ce propos (en russe) l’analyse qu'en donne le philologue Vladimir Melnik (В. И. Мельник)).

    Peut-être faut-il mieux y percevoir le germe de la révolte (восстание), voire de la révolution à venir, celle du peuple russe opprimé, marqué par des siècles de servitude et avide de Justice en ce bas-monde ? (Lire en russe : Lit.ukrvory.ru).

    Pour en savoir plus (en russe) : "’Des deux grands pécheurs’, analyse d’une légende".

    Petites nouvelles russes - L'ataman Koudéyar
    L'ataman Koudéyar : 'soi général, soi mort !', illustration d’A. Nojkine (А. Ножкин)

    Le légendaire ataman Koudeyar :

    ATAMÁN (АТАМА́Н) ; nom masculin (féminin : Атама́нша) – 1. Chez les Cosaques : chef d’une unité administrative / territoriale (village, ferme, etc.) ou au sein de l’armée cosaque. 2. Meneur, chef de gang, leader d’une bande de brigands.

    Dans notre ‘épopée’, ici, c’est par la seconde acception du terme qu’il faut comprendre ‘Ataman’.

    Koudeyar (Кудеяр) - du persan Khoudāyār « Bien-aimé de Dieu » ou bien signifiant « Le plus fort des sorciers » - est un brigand légendaire, personnage du folklore russe depuis le XVIe siècle. Dans certaines versions on dit même qu’il aurait été le frère du tsar Ivan le Terrible !

    Sa légende alors circulait dans toutes les provinces du sud et du centre de la Russie. Il aurait peut-être vécu avant le Temps des Troubles (Смутное Время) précédant l’avènement au trône de Michel Iᵉʳ Romanov, en 1613. Aujourd’hui encore son nom est associé à quelques lieux géographiques de la Vieille Russie (Русь).

    On raconte aussi qu’il aurait quelque part dissimulé une partie de ses rapines, et ces trésors sont depuis le XIX° siècle activement recherchés… sans résultat apparemment (à moins que...)

    Lire (en russe) à ce sujet : Koudeyar Vasiliévitch et ses trésors.

    Petites nouvelles russes - Les douze - Alexandre Blok
    Les douze, Alexandre Blok, 1918

    Les douze’ d’Alexandre Blok, une réminiscence du poème de Nekrassov ?

    Il serait enfin tentant de rapprocher le poème de Nicolaï Nekrassov de celui, écrit en 1918, par Alexandre Blok (Александр Александрович Блок) (1880-1921) : Les Douze’ (Двенадцать) (Lire en russe) où, dans la nuit noire, dans la tourmente et le blizzard douze soldats de l’Armée rouge avancent tels des brigands, pillent, assassinent et se soûlent, ivres d’une liberté « sans croix ni loi », abjurant le vieux monde et la Sainte-Russie.

    Mais même si cette réminiscence est parfois évoquée, selon les exégètes ce rapprochement est plus qu’incertain…

    Lire en particulier la note (7) in : 'А. Блок: «Жило двенадцать разбойников» (К истории создания поэмы « Двенадцать »)’, Schwarzband Samuel, 1986.

    Voici, pour terminer, une version des 'Douze brigands' interprétée par une basse-profonde...

    Les douze brigands (Бы́ло двена́дцать разбо́йников…)
    soliste Mikhaïl Krouglov (Михаил Круглов)

  • La petite boîte

    Petites nouvelles russes - Le colporteur - Rostov sur le Don
    Le colporteur, Rostov-sur-le-Don, Dmitri Lyndine (Дмитрий Васильевич Лындин), 2006

    La petite boîte (Les colporteurs)
    ­
    Коробушка (Коробе́йники)

    D’après un poème de Nikolaï Nekrassov (Николай Алексеевич Некрасов), 1861

    Arrangement musical de Yakov Prigoji (Яков Фёдорович Пригожий) 1888

    Voici la chanson des ‘Colporteurs’ (Коробе́йники) qui allaient, au temps de la Russie prérévolutionnaire, de village en village proposer leurs articles bien rangés dans une petite boîte (kоробушка) qu’ils portaient en bandoulière. Celui de la chanson saura-t-il séduire la belle paysanne ?...

    Les Colporteurs (Коробейники)
    Léonid Smatannikov - Леонид Сметанников (1977)

    Ой полным полна моя коробушка
    Есть и ситец и парча.
    Пожалей, душа-зазнобушка,
    Молодецкого плеча.

    Выйду, выйду в рожь высокую,
    Там до ночки погожу,
    Как завижу черноокую,
    Все товары разложу.

    Цены сам платил немалые,
    Не торгуйся, не скупись,
    Подставляй-ка губки алые,
    Ближе к молодцу садись.

    Вот уж пала ночь туманная,
    Ждёт удалый молодец...
    Чу, идёт! - пришла желанная,
    Продаёт товар купец.

    Катя бережно торгуется,
    Всё боится передать,
    Парень с де́вицей целуется,
    Просит цены набавлять.

    Знает только ночь глубокая,
    Как поладили они.
    Распрямись ты, рожь высокая,
    Тайну свято сохрани!

    Ой, легка, легка коробушка,
    Плеч не режет ремешок!
    А всего взяла зазнобушка
    Бирюзовый перстенёк.

    Дал ей ситцу штуку целую,
    Ленту алую для кос.
    Поясок - рубаху белую
    Подпоясать в сенокос.

    Всё поклала ненаглядная
    В короб кроме перстенька:
    "Не хочу ходить нарядная
    Без сердечного дружка!

    Séparateur 3

    Hé là, ma caisse est si pleine,
    J'ai de l’étoffe indienne et du brocart.
    Prends pitié, ô ma douce,
    De l'épaule du jeune homme que voilà.

    J'irai, j'irai dans les grands seigles,
    J'attendrai là jusqu'à ce que vienne la nuit,
    Et quand j'apercevrai la jeune fille aux yeux noirs,
    Je déballerai tous mes articles.

    Je ne les ai pas payés peu cher,
    Alors ne marchande pas et ne sois pas avare,
    Approche tes lèvres écarlates,
    Assieds-toi plus près du jeune homme que voilà.

    La nuit brumeuse est déjà là,
    Le jeune homme audacieux l’attend,
    Oyez, c'est elle ! Sa désirée est venue,
    Et le marchand lui fait l’article.

    Katia négocie avec soin,
    Elle a peur de payer trop cher,
    Le jeune homme couvre la belle de baisers,
    Et lui demande un prix plus grand encore.

    Seule la nuit profonde sait
    Quel fut leur accord.
    Redressez-vous maintenant, vous les hauts seigles,
    Et gardez rien que pour vous leur secret !

    Hé, ma caisse est légère, si légère,
    La lanière de ma bandoulière ne me déchire plus l'épaule !
    Alors que tout ce que la belle y a pris
    C'est seulement une bague ornée de turquoise.

    Je lui avais donné tout un coupon d'étoffe,
    Et pour ses tresses un ruban écarlate.
    Une petite ceinture pour sa chemise blanche
    Afin qu’elle la porte aux fenaisons.

    Mais la gentille a tout remis
    Dans la boîte, à part l'anneau :
    "Je ne sortirai parée
    Qu’avec mon amoureux !"

    Voici une autre version de la chanson, plus dynamique encore, suivie d'autres refrains tout aussi entraînants...

    La petite boîte du colporteur amoureux : 

    Les Colporteurs’ (Коробе́йники) est une chanson russe (aussi intitulée 'La petite boîte' - Коробушка) basée sur un poème du même nom écrit en 1861 par Nikolaï Nekrassov (Николай Алексеевич Некрасов) : lire (en russe) le poème original.

    Si en ‘Occident’ et dans le reste du monde, les paroles de cette chanson très populaire en Russie – qui a connu de nombreuses variantes au cours de l’histoire mouvementée du pays – sont ignorées, c’est son thème musical qui, tel un colporteur, a voyagé et est parvenu jusqu’à nous.

    Le jeune colporteur, Ivanovo,
    Dmitri Gorbounov (Дмитрий Горбунов), 2022

    Petites nouvelles russes - Colporteur - Ivanovo

    De ‘La petite boîte’ à la première Game-Boy© :

    « Voici la chanson russe, évidemment, la plus connue (et sans doute la seule connue pour les gens de ma génération) : elle est issue d'un jeu vidéo des années 90 extrêmement populaire. Il n'y a pas une seule personne de mon âge en France qui n'a pas joué à ce jeu pendant des heures… »
    (Magali Z. L., lectrice)

    En 1989, un siècle après sa création, cet air entraînant fut adapté par le compositeur japonais Hirokazu Tanaka pour servir de thème à l’un des plus célèbres jeux vidéo ‘ambulants’ proposé sur la première Game-Boy© de Nitendo.

    Cette console portative proposait à ses débuts comme seul jeu une sorte de puzzle animé : le Tétris (Тетрис). Un casse-tête imaginé en 1984 par l’ingénieur de l'Académie des sciences de l'URSS Alekseï Pajitnov (Алексей Леонидович Пажитнов). Un jeu chronophage que les autorités soviétiques s’empressèrent à l’époque de diffuser internationalement avec le slogan ‘From Russia with fun’.

    Sur la Game-Boy, l'air de 'La petite boîte', réarrangé pour l'occasion, obsédant, jouait, jouait, et rejouait encore sans discontinuer...

    Au XXe siècle, le thème musical de ‘La petite boîte’ a été repris (et réarrangé) dans de nombreux films, tant russes qu’étrangers, tel Snatch, de Tommy Richie (2000).

    Un air internationalement connu...

    Yakov Prigoji (Яков Фёдорович Пригожий) (1840 – 1920) fut, en son temps, un compositeur à succès et fort prolifique : il composa plus de 200 romances, chansons et valses, dont ‘Le sacré gaillard de marchand’ (Ухарь-купец), sur des paroles du poète Yvan Nikitine (Иван Саввич Никитин) reprenant le thème du marchand de passage qui séduit une jeune fille. Ecoutez sur Youtube.

    Petites nouvelles russes - Nikolaï Nekrassov
    Nikolaï Nekrassov (1821-1877)

    ...mais des paroles originales ignorées :

    Contrairement à la mélodie, les paroles de 'La petite boîte' sont méconnues hors de Russie. Pourtant, leur auteur, Nikolaï Nekrassov (Николай Алексеевич Некрасов) 1821-1877, fut un poète et écrivain célébré en son temps.

    Promoteur de talents, il publia Dostoïevski, Tourguéniev, et Léon Tolstoï, et les traductions en russe de (entre autres) Balzac, George Sand et Flaubert. Il fut le codirecteur du magazine littéraire ‘Le contemporain’ (Современник), revue fondée par Pouchkine en 1836 qui cessera de paraître en juin 1866, après l'attentat contre le tsar Alexandre II.

    Nikolaï Nekrassov est l'auteur du fameux poème Les femmes de Russie’ (Русские женщины) – Lire en russe. Sa verve se veut populaire, parfois satirique et mordante, souvent le reflet de la misère du petit peuple russe. Il fut aussi un ardent opposant au servage, qui n’a été aboli en Russie qu’en 1861. (Rappelons qu’en France l’esclavage, dans les colonies, ne fut définitivement aboli qu’en 1848).

    Три тяжкие доли имела судьба,
    И первая доля: с рабом повенчаться,
    Вторая — быть матерью сына раба,
    А третья — до гроба рабу покоряться,
    И все эти грозные доли легли
    На женщину русской земли.

    ‘Il y a trois grands malheurs : épouser une esclave, être mère d’esclaves, se soumettre à un esclave jusqu’à la tombe, et les trois malheurs pèsent sur la femme de la terre russe.

    (Extrait de Gel, le nez rouge’ – 1863 - Lire en français / 'Мороз, красный нос’ - Lire en russe.)

    Les Cosaques
    ­

    En France, c’est sur des paroles de Maurice Blanchot et Gérard Mouton (paroles qui n’ont rien à voir avec le texte original russe) que ce chant - scout d’abord (Lire et écouter ) - fut repris et adapté. Cette chanson étant aussi fort appréciée de la gente militaire...

    Et une dernière version, pour la route...

  • Page classique – Rimsky-Korsakov – Sadko (extrait)

    La Chanson du marchand indien, interprétée par David Mossoulikhine (Давид Посулихин)
    accompagné par par l'Orchestre Symphonique du Collège Gnessin, 2012

    La Chanson du marchand indien

    Extrait de de l'opéra 'Sadko
    ­

    Пе́сня Инди́йского Го́стя из о́перы 'Са́дко'
    ­

    Livret et musique : Nikolaï Rimsky-Korsakov
    Либретто и музыка: Николай Римский-Корсаков
    ­

    (1896)

    On ne compte plus les diamants...

    Extrait de l’ ‘opéra-byline’ ‘Sadko’ (Садко) de Nikolaï Rimsky-Korsakov (Николай Андреевич Римский-Корсаков) (1844 — 1908), inspirée de légendes russes narrant les aventures de Sadko, troubadour chassé de Novgorod qui, devenu riche, partit naviguer sur les mers du globe. Pour en savoir plus : Sadko-argument

    Не счесть алма́зов в ка́менных пеще́рах,
    Не счесть жемчу́жин в мо́ре полудённом
    Далёкой И́ндии чуде́с.

    Есть на тёплом мо́ре чу́дный ка́мень я́хонт;
    На том ка́мне Фе́никс, пти́ца с ли́ком де́вы,
    Ра́йские всё пе́сни сла́дко распева́ет,
    Пе́рья распуска́ет, мо́ре закрыва́ет.
    Кто ту пти́цу слы́шит, всё позабыва́ет.

    Не счесть алма́зов в ка́менных пеще́рах,
    Не счесть жемчу́жин в мо́ре полуде́нном
    Далёкой И́ндии чуде́с.

    Séparateur 3

    On ne compte plus les diamants dans les cavernes de pierre,
    Ni les innombrables perles dans les mers méridionales
    De l'Inde lointaine des merveilles.

    Il est dans ces mers chaudes un rubis merveilleux ;
    Sur cette pierre se trouve le Phénix, un oiseau au visage de jeune fille,
    Il chante avec douceur toutes les chansons célestes,
    Il étend son plumage et la mer se referme.
    Celui qui entend cet oiseau oublie tout.

    On ne compte plus les diamants dans les cavernes de pierre,
    Ni les innombrables perles dans les mers méridionales
    De l'Inde lointaine des merveilles.

    En 1952, sort le filmLe tour du monde de Sadko’ (Садко) – voir la version française -, réalisé par Alexandre Ptouchko (Александр Лукич Птушко) (1900-1973), où l’on peut entendre, ici et là, quelques passages de l’opéra de Rimsky-Korsakov – en particulier, vers la 60ième minutes l’évocation de la mélodie du marchand indien. (Visionner la version russe du film.)

    En 1955, en collaboration avec Pierre Spiers, Tino Rossi enregistre une version française sous le titre "Les diamants chez nous sont innombrables".

    Voici, enfin, une version remixée, ‘à l’indienne’, sur des images du film ‘Le tour du monde de Sadko’ (Садко)...

  • Page classique – Borodine – Les Danses Polovtsiennes

    Les Danses Polovtsiennes – extrait de l’opéra ‘Le Prince Igor’, sous la direction d'Artiom Makarov (Артём Макаров)

    Les Danses Polovtsiennes

    Extrait de de l'opéra 'Le Prince Igor
    ­

    Полове́цкие пля́ски из о́перы 'Князь И́горь'
    ­

    Livret et musique : Alexandre Borodine
    ­
    Либретто и музыка: Александр Бородин
    ­

    (1890)

    Envole-toi sur les ailes du vent...

    Voici, je pense, un air d’opéra russe parmi les plus connus hors de Russie, peut-être, en particulier, grâce au cinéma américain...

    L'intrigue s'inspire d'événements historiques décrits dans le poème épique médiéval ‘Le Dit de la campagne d'Igor’ (Слово о полку Игореве) narrant l’expédition infructueuse de 1185 des princes russes contre les Polovtsiens (ou Coumans, population nomade turcophone).

    Nota : il existe plusieurs versions légèrement différente du livret, nous avons retranscrit ici les paroles de la version vidéo ci-dessus.

    Пе́сня нево́льниц:

    Улета́й на крылья́х ве́тра
    Ты в край родно́й, родна́я пе́сня на́ша,
    Туда́, где мы тебя́ свобо́дно пе́ли,
    Где бы́ло так приво́льно нам с тобо́ю.
    Там, под зно́йным не́бом,
    Него́й во́здух по́лон,
    Там под го́вор мо́ря
    Дре́млют го́ры в облака́х.

    Там так я́рко со́лнце све́тит,
    Родны́е го́ры све́том залива́я,
    В доли́нах пы́шно ро́зы расцвета́ют.
    И соловьи́ пою́т в леса́х зелёных,
    И сла́дкий виногра́д растёт.
    Там тебе́ приво́льней, пе́сня,
    Ты туда́ и улета́й.

    (Пля́ска ма́льчиков)

    Пе́сня мужчи́н с хо́ром:

    По́йте пе́сни сла́вы Ха́ну! Пой!
    Сла́вьте си́лу, до́блесть Ха́на! Славь!
    Сла́вен Хан! Хан!
    Сла́вен он, Хан наш!

    Бле́ском сла́вы со́лнцу ра́вен Хан!
    Не́ту ра́вных сла́вой Ха́ну! Нет!
    Ча́ги1 Ха́на сла́вят Ха́на. Ха́на своего́.

    Хан Конча́к разгова́ривает со свои́м го́стем:

    - Ви́дишь ли пле́нниц ты с мо́ря да́льнего,
    Ви́дишь краса́виц мои́х из-за Ка́спия?
    О скажи́, друг, скажи́ то́лько сло́во мне,
    Хо́чешь, любу́ю из них я тебе́ подарю́.

    Пе́сня мужчи́н с хо́ром:

    По́йте пе́сни сла́вы Ха́ну! Пой!
    Сла́вьте ще́дрость, сла́вьте ми́лость!
    Славь!
    Для враго́в Хан гро́зен, он, Хан наш!
    Кто же сла́вой ра́вен Ха́ну, кто?
    Бле́ском сла́вы со́лнцу ра́вен он!

    (Пля́ска ма́льчиков.)

    Песня мужчин с хором:

    Сла́вой де́дам ра́вен Хан наш,
    Хан, Хан Конча́к.
    Сла́вой де́дам ра́вен он,
    Гро́зный Хан, Хан.
    Сла́вен Хан! Хан Конча́к!
    Сла́вен он, Хан наш!
    Хан Конча́к!

    Пою́т нево́льницы и нево́льники:

    Там так я́рко со́лнце све́тит,
    Родны́е го́ры све́том озаря́я,
    В доли́нах пы́шно ро́зы расцвета́ют.
    И соловьи́ пою́т в леса́х зелёных,
    И сла́дкий виногра́д растёт.
    Там тебе́ приво́льней, пе́сня,
    Ты туда́ и улета́й.

    Песня мужчин с хором:

    Сла́вой де́дам ра́вен Хан наш,
    Хан, Хан, Конча́к!
    Сла́вой де́дам ра́вен он!
    Гро́зный Хан! Хан Конча́к!
    Сла́вен Хан, Хан Конча́к!
    Сла́вен Хан, Хан Конча́к!
    Хан Конча́к!

    О́бщая пля́ска и хор:

    Пля́ской ва́шей те́шьте Ха́на!
    Пля́ской те́шьте Ха́на, ча́ги,
    Ха́на своего́.
    Пля́ской те́шьте Ха́на, ча́ги,
    Ха́на своего́.
    Пля́ской ва́шей те́шьте Ха́на!
    Пля́ской те́шьте!
    Наш Хан Конча́к !

    (За́навес)

     

    Séparateur 3

    L’air des femmes esclaves :

    Envole-toi sur les ailes du vent
    Vers le pays où nous sommes nées, toi notre chanson bien-aimée,
    Là-bas où nous chantions en toute liberté,
    Et où nous vivions sans contrainte.
    Là-bas, sous un ciel brûlant,
    L'air y est si délicieux,
    Là-bas où, dans le murmure des vagues,
    Songent les montagnes, au sein des nuages.

    Là-bas où le soleil brille si fort
    Qu'il emplit nos montagnes natales de lumière,
    Et où dans leurs vallées les roses fleurissent magnifiquement,
    Là où dans ces vertes forêts chantent les rossignols,
    Оù mûrit le doux raisin.
    Là-bas, tu vivras sans contrainte, chanson,
    Envole-toi là-bas !

    (La danse des jeunes Polovtsiens)

    Chant des hommes et du chœur :

    Chantons la gloire du Khan ! Chantons !
    Gloire à la puissance, à la vaillance de notre Khan ! Gloire !
    Gloire au Khan ! au Khan !
    Gloire à lui, notre Khan !

    L'éclat de sa gloire égale celle du soleil !
    Rien ne surpasse la gloire du Khan ! Non !
    Les tchagui¹ du Khan glorifient le Khan. Leur Khan.

    Le Khan Konchak s’adressant à son hôte :

    - Vois-tu mes captives ramenées de la mer lointaine,
    Vois-tu ces beautés venues de l'autre bout de la Caspienne ?
    Oh dis-moi, mon ami, dis-moi juste un mot,
    Si tu le veux, je te donnerai n'importe laquelle d'entre elles.

    Chant des hommes et du chœur :

    Chantons la gloire du Khan ! Chantons !
    Louons sa générosité, louons sa miséricorde !
    Gloire à lui !
    Le redoutable Khan face à ses ennemis, lui, notre Khan !
    Qui est égal en gloire à notre Khan, qui ?
    L'éclat de sa gloire n’est comparable qu’à celle du soleil !

    (La danse des jeunes Polovtsiens)

    Chant des hommes et du chœur :

    Notre Khan est à la hauteur de la gloire de ses aïeux,
    Notre Khan, le Khan Kontchak.
    A la hauteur de la gloire de ses aïeux,
    Le terrible Khan, notre Khan.
    Le glorieux Khan ! Kontchak le Khan !
    Gloire à lui, notre Khan !
    Le Khan Konchak !

    Chant des esclaves, hommes et femmes :

    Là-bas où le soleil brille si fort
    Qu'il illumine nos montagnes natales,
    Et où dans leurs vallées les roses fleurissent magnifiquement,
    Là où dans ces vertes forêts chantent les rossignols,
    Là-bas où mûrit le doux raisin.
    Là-bas, tu vivras sans contrainte, chanson,
    Envole-toi là-bas !

    Chant des hommes et du chœur :

    Notre Khan est à la hauteur de la gloire de ses aïeux,
    Notre Khan, le Khan Konchak !
    A la hauteur de la gloire de ses aïeux,
    Le terrible Khan ! Konchak le Khan !
    Gloire à lui, Konchak le Khan !
    Gloire à lui, Konchak le Khan !
    Le Khan Konchak !

    Danse générale et chœur :

    Dansez pour divertir le Khan !
    Vos danses pour divertir le Khan, Tchagui !
    Votre Khan.
    Dansez pour divertir le Khan, Tchagui !
    Votre Khan.
    Vos danses pour divertir le Khan.
    Dansez pour le divertir !
    Lui, notre Khan Konchak !

    (Rideau)

    1- Tchaga (Чага) : ici, mot emprunté au turc, synonyme d’esclave femme.

    Petites nouvelles russes - Alexandre Borodine
    Alexandre Borodine (Александр Бородин), 1833-1887

    Cette suite spectaculaire d’airs et de danses est extraite de l’opéra d’Alexandre Borodine (Александр Порфирьевич Бородин) (1833-1887) ‘Le Prince Igor’ (Князь Игорь), un opéra auquel le compositeur consacra plus d’une dizaine d’années et qu’il laissa inachevé. Après sa mort, les compositeurs Alexandre Glazounov (Александр Константинович Глазунов) (1865-1936) et Nikolaï Rimski-Korsakov (Николай Андреевич Римский-Корсаков) (1844 — 1908) compléteront l’œuvre. Il existe donc plusieurs versions de l’opéra et de son livret.

    Pour en savoir plus (en français) : ‘A propos du Prince Igor de Borodine.

    En 1955, sort le film musical ‘L'Étranger au paradis’ (Kismet en anglais) réalisé par Vincente Minnelli où l’on entend l’adaptation (très américanisée) du premier air des Danses Pololstiennes.

    La chanson sera alors reprise et adaptée en français, sur des paroles de Francis Blanche, par Luis Mariano, Dario Moreno, Gloria Lasso et d’autres...