• Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand (01)

    Petites-nouvelles-russes - Ilya et Rossignol-le-Brigand
    Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand

    Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand
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    Илья́ Му́ромец и Солове́й-Разбо́йник

    Ivan Arsentchouk - Иван Аксенчук (1978)

    Byline - Были́на

    Voici une version en dessin animé, arrangée et très abrégée de la chanson de geste (byline) d’‘Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand’ (Илья́ Му́ромец и Солове́й-Разбо́йник). Le dessin animé fut réalisé en 1978 par Ivan Arsentchouk (Иван Аксенчук). Il s’inspire, très librement, d’une byline collectée dans les campagnes russes, à la fin du XIX° et publiée en 1871 - lire (en russe).

    Voir le dessin animé 'Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand’ dans son intégralité sur Youtube.

    Пе́рвый эпизо́д - Premier épisode

    Из того́ ли то да го́рода из Му́рома,
    Из того́ села́ да с Карача́рова
    Подъезжа́л богаты́рь Илья́ Му́ромец.

    Ко сла́вному ко го́роду к Черни́гову.
    У того́ ли го́рода Черни́гова
    На́гнано-то вра́жьей си́лушки,
    Вра́жьей си́лушки черны́м-черно́!

    [Илья́ Му́ромец стал-то си́лушку вели́кую копьём коло́ть, топта́ть враго́в конём...]

    Ой, и поби́л Илья́ э́ту си́лу вели́кую.
    Отвори́ли воро́та во Черни́гов-град,
    Ходи́ли мужички́ да тут черни́говски
    А и зову́т Илью́ в Черни́гов воево́дою.

    Говори́т Илья́ таковы́ слова́:

    «Ай же, мужички́, да вы черни́говски!
    Не пойду́ я в Черни́гов воево́дою.
    Тороплю́сь я во сла́вный Ки́ев-град!
    Постоя́ть за зе́млю за ру́сскую,
    За вдов, за сиро́т, за бе́дных люде́й!»

    Petites nouvelles russes - fleur

    Venu de la ville de Mourom¹,
    Du village de Karatcharov
    S’approcha, chevauchant, le preux Ilya Mouromets.

    Vers la glorieuse cité de Tchernigov².
    Et tout près de cette ville,
    S’étaient regroupés de puissants ennemis,
    En une nuée indiscernable !

    [Ilya Muromets plante sa lance dans le cœur des ennemis, les piétinant sous le sabot de son cheval...]

    Oh, et Ilya vainquit ces ennemis si puissants.
    Et lui furent ouvertes les portes de Tchernigov,
    Les habitants de la ville s’avancèrent
    Tous priant Ilya de devenir leur voïvode³.

    Ilya leur répondit par ces mots :

    - Holà, vous tous, gens de Tchernigov !
    Je ne deviendrai pas votre voïvode.
    Je me hâte de rejoindre la glorieuse ville de Kiev !
    Pour défendre la terre de la Vieille Russie4,
    Pour protéger les veuves, les orphelins, les pauvres gens !

    1- Mourom (Муром) est une ville parmi les plus anciennes de Russie (son nom est déjà mentionné dès l’an 862 !), située dans la région de Vladimir, sur la rivière Oka, à environ 300 kilomètres à l’est de Moscou.
    2- Tchernigov (Чернигов), en ukrainien Tcherniguiv (Чернігів) est une ville située à un peu plus de 100 kilomètres au nord de Kiev. La première mention de la ville remonte à 907.
    3- Le terme voïvode (Воевода) signifie littéralement « chef de guerre ». Il désignait, à cette ancienne époque, n'importe quel dignitaire chargé d'un commandement militaire.
    4- Il faut entendre dans le texte les termes ‘Rus’’(Русь) et ‘russe’, comme se référant à ‘l’ancienne Russie’ qui s’est bâtie, au Moyen-Age, autour de la Rus’ de Kiev (Киевская Русь) qui fut fondée aux alentours de l'an 880 par le Varègue (le Viking) Oleg le Sage (Вещий Олег).

    Résumé du dessin animé :

    Petites-nouvelles-russes - Илья Муромец
    Ilya Mouromets (Илья Муромец)

    Ilya Mouromets – Ilya de Mourom (Илья Муромец), héros des légendes de l’ancienne Russie, après avoir libéré la ville Tchernigov des ennemis qui l’assaillent, se voit proposer d’en devenir le gouverneur (voïvode), honneur qu’il refuse. Il est décidé à rejoindre Kiev et à servir le Prince Vladimir Le beau Soleil (ou, selon les traductions, Vladimir le Soleil rouge) (Владимир Красное Солнышко), afin, dit-il, de « défendre la terre russe, et protéger les veuves, les orphelins, les pauvres ! ». En chemin, il croisera Tchourila Plenkovitch (Чурилa Плёнкович), un élégant chevalier, qui lui indiquera deux routes, tout en lui conseillant de prendre la première, certes plus longue mais bien plus tranquille. En effet, sur la seconde, moitié plus courte, sévit depuis trente ans Rossignol-le-Brigand (Соловей-Разбойник) qui terrorise par son sifflement tous ceux qui s’y hasardent. Quel chemin notre héros choisira-t-il ?

  • Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (04)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier
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    Как Илья́ из Му́рома богатырём стал

    Irina Karnaoukhova - Ирина Карнаухова

    Четвёртый эпизо́д - Episode quatre

    А Илья́ пошёл себе́ коня́ иска́ть.

    Вы́шел он за око́лицу и ви́дит — ведёт мужичо́к жеребёнка ры́жего, косма́того, шелуди́вого. Вся цена́ жеребёнку грош, а мужи́к за него́ непоме́рных де́нег тре́бует: «пятьдеся́т рубле́й с полти́ною.»

    Купи́л Илья́ жеребёнка, привёз домо́й, поста́вил в коню́шню, белоя́рой пшени́цей отка́рмливал, ключево́й водо́й отпа́ивал, чи́стил, хо́лил, све́жей соло́мы подкла́дывал.

    Че́рез три ме́сяца стал Илья́ Бу́рушку на у́тренней заре́ на луга́ выводи́ть. Поваля́лся жеребёнок по зо́ревой росе́, стал богаты́рски́м конём.

    Подводи́л его́ Илья́ к высо́кому ты́ну. Стал конь пои́грывать, попля́сывать, голово́й повёртивать, гри́вой потря́хивать, в лошади́ные но́здри пофы́ркивать. Стал че́рез тын взад-вперёд перепры́гивать. Де́сять раз перепры́гнул и копы́том не заде́л. Положи́л Илья́ на Бу́рушку ру́ку богаты́рскую — не пошатну́лся конь, не шелохну́лся.

    — До́брый конь,— говори́т Илья́.— Бу́дет он мне ве́рным това́рищем.

    Стал Илья́ себе́ меч по руке́ иска́ть. Как сожмёт в кулаке́ рукоя́тку меча́, сокруши́тся рукоя́ть, рассы́плется. Нет Илье́ меча́ по руке́. Бро́сил Илья́ мечи́ ба́бам лучи́ну щипа́ть. Сам пошёл в ку́зницу, три стрелы́ себе́ вы́ковал, ка́ждая стрела́ ве́сом в це́лый пуд*. Изгото́вил себе́ туго́й лук, взял копьё долгоме́рное да ещё па́лицу була́тную. Снаряди́лся Илья́ и пошёл к отцу́ с ма́терью:

    — Отпусти́те меня́, ба́тюшка с ма́тушкой, в сто́льный Ки́ев-град к кня́зю Влади́миру. Буду́ служи́ть Руси́ родно́й ве́рой-пра́вдой, бере́чь зе́млю ру́сскую от не́другов-во́рогов.

    Говори́т ста́рый Ива́н Тимофе́евич:

    — Я на до́брые дела́ благословля́ю тебя́, а на худы́е дела́ мое́го благослове́ния нет. Защища́й на́шу зе́млю ру́сскую не для зо́лота, не из коры́сти, а для че́сти, для богаты́рской сла́вушки. Зря не лей кро́ви людско́й, не слези́ матере́й да не забыва́й, что ты ро́ду чёрного, крестья́ънского.

    Поклони́лся Илья́ отцу́ с ма́терью до сыро́й земли́ и пошёл седла́ть Бу́рушку-Косма́тушку. Положи́л на коня́ во́йлочки, а на во́йлочки — по́тнички, а пото́м седло́ черка́сское с двена́дцатью подпру́гами шёлковыми, а с трина́дцато́й желе́зной, не для красы́, а для кре́пости.

    Захоте́лось Илье́ свою́ си́лу попро́бовать.

    Он подъе́хал к Оке́-реке́, упёрся плечо́м в высо́кую го́ру, что на берегу́ была́, и свали́л её в ре́ку Оку́. Завали́ла гора́ ру́сло, потекла́ река́ по-но́вому.

    Взял Илья́ хле́бца ржано́го ко́рочку, опусти́л её в ре́ку Оку́, сам Оке́-реке́ пригова́ривал:

    — А спаси́бо тебе́, ма́тушка Ока́-река́, что пои́ла, что корми́ла Илью́ Му́ромца.

    На проща́нье взял с собо́й земли́ родно́й ма́лую го́рсточку, сел на коня́, взмахну́л плёточкою…

    Ви́дели лю́ди, как вскочи́л на коня́ Илья́, да не ви́дели, куда́ поскака́л. То́лько пыль по́ полю столбо́м подняла́сь.

    * Пуд — уста́ревшая еди́ница измере́ния ма́ссы ру́сской систе́мы мер. С 1899 го́да оди́н пуд ра́вен 16,3805 кг.
    Petites nouvelles russes - fleur

    A présent, Ilya part à la recherche d’un cheval.

    Sortant du village, il aperçoit un paysan qui tient par la bride un poulain roux, au poil hirsute et couvert de gale. Ce poulain ne vaut pas un sou, mais le paysan en demande une somme folle : cinquante roubles et cinquante kopecks !

    Ilya achète pourtant l’animal. L’ayant ramené à la maison, il le conduit à l'écurie, l’engraisse en le nourrissant de blé tendre, l'abreuve d’eau de source, le frotte, le soigne, le couche sur de la paille fraîche.

    Trois mois plus tard, à l'aube, voilà qu’Ilya conduit son poulain, Bourouchka, dans le pré. Le poulain se roule dans la rosée du matin et deviendra un cheval de légende.

    Ilya le conduit vers un haut enclos et le cheval se met à jouer, danser, tourner la tête, à secouer sa crinière, s’ébrouer, renifler des naseaux. Le voilà qui, dix fois, bondit d’un côté à l’autre de la palissade sans jamais la toucher de ses sabots. Ilya pose sa main puissante sur son encolure sans que Bourouchka ne frémisse ni ne bouge.

    - Un bon cheval, s’exclame Ilya. Il sera mon fidèle compagnon.

    Puis Ilya part à la quête d’une épée à sa main. Mais lorsqu’il serre la poignée de l’une d’elles, celle-ci s’effrite et tombe en poussière. Ilya ne trouve aucune épée à sa main et les jette aux femmes pour qu’elles taillent avec des petits copeaux d’éclairage¹. Puis il se rend lui-même à la forge et se met à y fondre trois flèches, chacune pesant pas moins de trente livres ! Il se fabrique un arc à la corde bien tendue, se saisit d’une longue lance et d’un gourdin d’acier damassé.

    Ainsi équipé Ilya s’en va trouver son père et sa mère:

    - Mon père, ma mère, permettez-moi d’aller à Kiev, la capitale, et de me joindre au prince Vladimir². Je servirai et protégerai notre chère terre de Russie et défendrai la vraie foi contre les méchants ennemis.

    Le vieil Ivan Timoféévitch lui répond :

    - Je te bénis pour les bonnes actions que tu feras, mais non pour les mauvaises. Défends notre terre russe non pour l'or ni par intérêt, mais pour l'honneur, pour la gloire des braves ! Ne verse pas inutilement le sang humain, ne fais pas verser les larmes des mères et n'oublie jamais que tu es le fils d’une famille de pauvres paysans³...

    Devant ses parents, Ilya s'incline alors jusqu’à toucher la terre et s’en va seller Bоurоuchka-au-pelage-hirsute. Il a mis du feutre sur la croupe du cheval, et du molleton par dessus, puis une selle circassienne4 avec douze sangles de soie, et une treizième en métal, non pas pour la beauté, mais pour la résistance.

    Ilya veut à présent éprouver sa force.

    Il chevauche jusqu'à la rivière Oka, appuie son épaule contre la haute montagne qui la surplombe et renverse celle-ci dans la rivière. Au pied de cette montagne, le cours de l’Oka s’en trouve détourné à jamais.

    Ilya prend la fine croûte d’un pain de seigle et l’offre à la rivière, lui déclarant :

    - Merci, merci Petite-mère Oka, de ton eau, merci d'avoir nourri Ilya Muromets !

    En partant, il prend avec lui une petite poignée de sa terre natale, monte sur son cheval, agite sa cravache.

    Les gens virent Ilya enfourcher son coursier de légende, mais nul ne sut où il se dirigeait. Seule, derrière lui, dans la campagne, s’élevait une colonne de poussière…

    1- Méthode traditionnelle d’éclairage (горящая лучина) composée d’un long éclat de bois qu’on allumait, suspendu au-dessus d’un récipient d'eau. L'eau réfléchissait la lumière et protégeait également contre les incendies. Ces sortes de chandelles servaient également à allumer le poêle. Voir illustrations.
    2- Vladimir le Beau Soleil (Владимир Красное Солнышко), qu’on traduit souvent par ‘Vladimir le Soleil rouge’, prince légendaire des bylines, que l’on peut identifier à Vladimir Ier, Vladimir le Grand (958-1015). Grand prince de Novgorod puis de Kiev, renonçant au paganisme, c’est lui qui imposera aux ‘Rus’’ le christianisme de rite byzantin. Il est considéré comme le fondateur de la « Sainte Russie ». Pour en savoir plus sur le prince Vladimir : Lire (en russe).
    3- Le texte évoque ici les ‘paysans noirs’ (черносошные крестьяне) : classe de paysans de l’ancienne Russie exploitant des terres impériales ou communales et devant payer l’impôt à l’Etat. A la différence des serfs, ils pouvaient s’en libérer, voire même vendre leur parcelle, à la condition de la « blanchir », c’est-à-dire à régler les frais et taxes cadastrales. Pour en savoir plus sur les ‘paysans noirs’ : Lire(en russe).
    4- Circassien : de Circassie, région historique située au nord du Caucase sur la côte de la mer Noire.

    Ilya Mouromets, un héros de légende...

    Petites-nouvelles-russes - Богатыри
    Les preux chevaliers, Victor Vasnietsov (Богатыри, Виктор Васнецов), fin XIX°, avec, au centre Ilya Mouromets

    Ilya, fils de paysans vivant près de la ville de Mourom* est ce que l’on nommerait aujourd’hui un ‘super-héros’ capable de vaincre les guerriers nomades, les forces obscures et de tenir la dragée haute aux princes et aux boyards non seulement avec ses armes mais aussi avec ses mots.

    * Mourom (Муром) est une ville parmi les plus anciennes de Russie (son nom est déjà mentionné dès l’an 862 !), située dans la région de Vladimir, sur la rivière Oka, à environ 300 kilomètres à l’est de Moscou.

    En 1975 sort le dessin animé ‘Ilya Muromets - Prologue’ (Илья Муромец – Пролог) -, réalisé par Ivan Arsentchouk (Иван Семёнович Аксенчук) (1918-1999) - qui reprend grosso modo le même récit. Il sera suivi en 1978 de Ilya Mouromets et Rossignol-le-Brigand’ (Илья Муромец и Соловей-Разбойник). Voir page suivante.

    ‘Ilya Muromets - Prologue’ (Илья Муромец – Пролог) -,  1975

  • Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (03)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (Episode 3)
    Montage réalisé par T. Binevsky (Т. Н. Биневский)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier
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    Как Илья́ из Му́рома богатырём стал

    Irina Karnaoukhova - Ирина Карнаухова

    Тре́тий эпизо́д - Episode trois

    Пошёл Илья́ по́ воду, а его́ и впрямь земля́ не несёт: нога́ в земле́, что в боло́те, вя́знет, за дубо́к ухвати́лся — дуб с ко́рнем вон, це́пь от коло́дца, сло́вно ни́точка, на куски́ разорва́лась.

    Уж Илья́ ступа́ет тихо́хонько, а под ним полови́цы лома́ются. Уж Илья́ говори́т шёпотом, а две́ри с пете́ль срыва́ются.

    Принёс Илья́ воды́, нали́ли стра́нники ещё ко́вшичек.

    — Пей, Илья́!

    Вы́пил Илья́ во́ду коло́дезную.

    — Ско́лько тепе́рь в тебе́ си́лушки?

    — Во мне си́лушки полови́нушка.

    — Ну, и бу́дет с тебя́, мо́лодец. Бу́дешь ты, Илья́, вели́к богаты́рь, бе́йся-рата́йся с врага́ми земли́ родно́й, с разбо́йниками да с чу́дищами. Защища́й вдо́в, сиро́т, ма́лых де́точек. Никогда́ то́лько, Илья́, со Святого́ром1 не спорь, че́рез си́лу но́сит его́ земля́. Ты, Илья́, не ссо́рься с Мику́лой Селяни́новичем2, его́ лю́бит мать - сыра́ земля́. Не ходи́ ещё на Вольгу́ Всесла́вьевича, он не си́лой возьмёт, так хи́тростью-му́дростью. А тепе́рь проща́й, Илья́.

    Поклони́лся Илья́ кали́кам перехо́жим, и ушли́ они́ за око́лицу.

    ***

    А Илья́ взял топо́р и пошёл на по́жню к отцу́ с ма́терью. Ви́дит — ма́лое месте́чко от пенья́-коре́нья расчи́щено, а о́тец с ма́терью, от тяжёлой рабо́ты ума́явшись, спят кре́пким сном: лю́ди ста́рые, а рабо́та тяжёлая.

    Стал Илья́ лес расчища́ть — то́лько ще́пки полете́ли. Стары́е дубы́ с одного́ взма́ха ва́лит, молоды́е с ко́рнем из земли́ рвёт.

    За три часа́ сто́лько по́ля расчи́стил, ско́лько вся дере́вня за три дня не оси́лит. Развали́л он по́ле вели́кое, спусти́л дере́вья в глубо́кую ре́ку, воткну́л топо́р в дубо́вый пень, ухвати́л лопа́ту да гра́бли и вскопа́л и вы́ровнял по́ле широ́кое — то́лько зна́й зерно́м засева́й!

    Просну́лись оте́ц с ма́терью, удиви́лись, обра́довались, до́брым сло́вом вспомина́ли старичко́в стра́нников.

    Petites nouvelles russes - fleur

    Ilya se rend au puits chercher l’eau que lui ont demandée les kaliks, mais la terre, pour de bon, ne le porte pas : ses pieds s’enfoncent dans le sol comme dans un marécage. Il se cramponne à un chêne, mais le déracine ; enfin, il réduit en morceaux la chaîne du puits.

    Il marche, mais sous ses pas les lattes du plancher se brisent. Il tente de parler à voix basse, mais les portes sont arrachées de leurs gonds.

    Ilya rapporte l'eau et les vagabonds lui remplissent une nouvelle louchée.

    - Bois, Ilya !

    Ilya boit l'eau.

    - Combien de force as-tu maintenant ?

    - Une petite moitié, répond Ilya.

    - Eh bien, voilà qui te sera suffisant, jeune homme ! Tu deviendras, Ilya, un grand et preux chevalier. Combats, combats les ennemis de notre terre natale, les brigands et les monstres féroces ! Protège les veuves, les orphelins, les petits enfants ! Mais jamais, Ilya, ne cherche querelle au Sviatogor : le sol le porte avec peine. Ne te dispute pas avec Mikoula Sélianinovitch : sa mère - la terre généreuse – l'aime tendrement. Non plus ne va pas provoquer Volga Vsislaviévitch, il n’utilise pas la force, mais agit avec la ruse des sages. Et maintenant adieu, Ilya !

    Ilya s’incline devant les kaliks, puis ceux-ci s’en vont, et déjà s’éloignent au-delà des clôtures.

    ***

    Alors Ilya prend une hache et s’en va rejoindre son père et sa mère. Il voit qu’ils n’ont pu débarrasser qu’un petit espace des souches qui encombrent le champ, et que tous deux, épuisés, dorment profondément : ce sont des vieillards, et le travail leur est dur à présent.

    Ilya se met à défricher la forêt tout entière – et autour de lui les copeaux de bois fusent de tous côtés. Les vieux chênes d'un seul coup de hache sont abattus, les plus jeunes, de leurs racines, pleurent les larmes de la terre.

    En trois heures, Ilya défriche plus que ce que tout le village n’aurait pu faire en trois jours. Il a ouvert une grande clairière, a descendu les troncs jusqu’à la profonde rivière, et, plantant sa hache dans une souche de chêne, a saisi l’araire et labouré un vaste champ – prêt à être ensemencé !

    Ses parents se réveillent tout surpris et, au récit d’Ilya, remplis de joie, comblent de leurs vœux les vieux kaliks.

    Quelques héros légendaires des bylines :

    Petites-nouvelles-russes - Mikoula Selianinovitch
    Mikoula Selianinovitch, le Paysan-laboureur, héros de légende

    Mikoula Selianinovitch (Микула Селянинович)

    Voici un autre personnage de légende. Plus qu’un ‘preux chevalier’, il incarne la force et les vertus du paysan-laboureur.

    Pour en savoir plus (en russe) : Mikoula Selianinovitch.

    Petites-nouvelles-russes - Sviatogor
    Sviatogor, le Géant

    Sviatogor (Святогор) est un géant dont la Terre ne supporte pas le poids. Il partagera plusieurs aventures avec Ilya Mouromets.

    Pour en savoir plus (en russe) : Sviatogor, le Géant.

    Volga Vsieslaviévitch (Вольга́ Всеславьевич) ou Sviatoslavitch (Святославич), est un sorcier qui a la capacité de se métamorphoser et de comprendre le langage des animaux.

    Pour en savoir plus (en russe) : Volga Vsieslaviévitch.

    Petites-nouvelles-russes - Volga Vsieslaviévitch
    Vsieslaviévitch, le Sorcier
  • Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (02)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (Episode 2)
    Montage réalisé par T. Binevsky (Т. Н. Биневский)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier
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    Как Илья́ из Му́рома богатырём стал

    Irina Karnaoukhova - Ирина Карнаухова

    Второ́й эпизо́д - Episode deux

    Вот раз оте́ц с ма́терью пошли́ в лес пни корчева́ть, ко́рни выдира́ть, гото́вить по́ле под па́хоту. А Илья́ оди́н на печи́ лежи́т, в око́шко погля́дывает.

    Вдруг ви́дит — подхо́дят к его́ избе́ три ни́щих стра́нника.

    Постоя́ли они́ у воро́т, посту́кали желе́зным кольцо́м и говоря́т:

    — Встань, Илья́, отвори́ кали́точку.

    — Злы́е шу́тки вы, стра́нники, шу́тите: три́дцать лет я на печи ́си́днем сижу́, встать не могу́.

    — А ты приподними́сь, Илю́шенька.

    Рвану́лся Илья́ — и спры́гнул с печи́, стои́т на полу́ и сам своему́ сча́стью не ве́рит.

    — Ну-ка, пройди́сь, Илья́.

    Шагну́л Илья́ раз, шагну́л друго́й — кре́пко его́ но́ги де́ржат, легко́ его́ но́ги несу́т.

    Обра́довался Илья́, от ра́дости сло́ва сказа́ть не мо́жет. А кали́ки перехо́жие ему́ говоря́т:

    — Принеси́-ка, Илю́ша, студёной воды́. Принёс Илья́ студёной воды́ ведро́. Нали́л стра́нник воды́ в ко́вшичек.

    — Попе́й, Илья́. В э́том ковше́ вода́ всех рек, всех озёр Руси́-ма́тушки.

    Вы́пил Илья́ и почу́ял в себе́ си́лу богаты́рскую. А кали́ки его́ спра́шивают:

    — Мно́го ли чу́ешь в себе́ си́лушки?

    — Мно́го, мно́го, стра́нники. Ка́бы мне лопа́ту, я бы всю́ зе́млю вспаха́л.

    — Вы́пей, Илья́, оста́точек. В том остато́чке всей земли́ роса́, с зелёных луго́в, с высо́ких лесо́в, с хлеборо́дных поле́й. Пей.

    Вы́пил Илья́ и оста́точек.

    — А тепе́рь мно́го в тебе́ си́лушки?

    — Ох, кали́ки перехо́жие, сто́лько, сто́лько во мне си́лы, что, ка́бы бы́ло в небеса́х кольцо́, ухвати́лся бы я за него ́и всю́ зе́млю переверну́л.

    — Сли́шком мно́го в тебе́ си́лушки, на́до поуба́вить, а то земля́ носи́ть тебя́ не ста́нет. Принеси́-ка ещё воды́.

    Petites nouvelles russes - fleur

    Et voilà qu'un matin, son père et sa mère partent dans la forêt pour arracher de vieilles souches et débarrasser de leurs racines le champ à labourer. Mais Ilya, lui, reste allongé, seul près du poêle, portant son regard par la fenêtre.

    Soudain, il voit trois mendiants errants s'approcher de l’isba. Ils s’arrêtent au portail et, frappant sur son anneau de fer, disent :

    - Lève-toi, Ilya, ouvre-nous !

    - Méchante blague, voyageurs, vous vous moquez de moi : depuis trente ans je suis ici allongé près du poêle sans pouvoir me lever.

    - Et tu te lèveras et tu marcheras, gentil Ilya...

    Ilya se lève alors d’un bond de sa couche, se tient droit sur ses jambes, ne pouvant pas croire en sa chance.

    - Allez, va Ilya ! marche !

    Ilya fait un pas, et puis un autre - ses jambes le tiennent fermement, le portent sans effort.

    Ilya est si ravi qu’il ne peut trouver de mot pour dire sa joie. Et les kaliks¹ lui disent :

    - Apporte-nous donc de l'eau fraîche, Gentil Ilya. Et Ilya s’en va chercher un seau. L’un d’eux remplit une louchée d’eau fraîche.

    - Bois, Ilya ! Dans ce godet se trouve l'eau de toutes les rivières, de tous les lacs de notre petite mère, notre Vieille Russie.

    Et à l’instant où il boit une gorgée, Ilya sent monter en lui une force héroïque. Et les kaliks lui demandent :

    - Ressens-tu toute cette force en toi ?

    - Beaucoup, beaucoup de force, voyageurs... Si j'avais une araire², je labourerais la Terre entière !

    - Bois, Ilya, finis le reste ! Dans cette eau, de toute la Terre, se trouvent rassemblés la rosée, les vertes prairies, les hautes forêts, les champs de céréales. Bois Ilya !

    Et Ilya finit de boire l’entière louchée.

    - Et maintenant ressens-tu toutes ces forces en toi ?

    - Oh, kaliks, j'ai tellement de force en moi que s'il y avait un anneau dans le ciel, je le saisirais et soulèverais la Terre entière³.

    - Il y a bien trop de force en toi, il nous faut la réduire, sinon la Terre ne pourra te porter. Va donc Ilya nous chercher un peu plus d'eau...

    1- Kaliks (калики) : bardes itinérants (souvent aveugles, comme l’était, dit-on, Homère) qui allaient de village en village chantant et contant les anciennes légendes.
    2- Le récit ici parle de ‘pelle’ (лопата).
    3- Selon la formule attribuée par Plutarque à Archimède, ‘Donnez-moi un levier et je soulèverai la Terre’.
  • Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (01)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier (Episode 1)
    Montage réalisé par T. Binevsky (Т. Н. Биневский)

    Comment Ilya de Mourom devint un preux chevalier
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    Как Илья́ из Му́рома богатырём стал
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    Byline

    Auteure : Irina Karnaoukhova - Автор : Ирина Карнаухова

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    2012
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    D’après d’anciens récits traditionnels - По мотивам старинной сказки

    Пе́рвый эпизо́д - Premier épisode

    В старину́ старода́внюю жил под го́родом Му́ромом, в се́ле Карача́рове крестья́нин Ива́н Тимофе́евич со свое́й жено́й Ефроси́ньей Я́ковлевной.

    Был у них оди́н сын Илья́. Люби́ли его о́тец с ма́терью, да то́лько пла́кали, на него́ погля́дывая: трид́цать лет Илья́ на печи́ лежи́т, ни руко́й, ни ного́й не шевели́т. А ро́стом богаты́рь Илья́, и умо́м све́тел, и гла́зом зо́рок, а но́ги его не но́сят, сло́вно брёвна лежат́, не шеве́лятся.

    Слы́шит Илья́, на печи́, как мать пла́чет, оте́ц вздыха́ет, ру́сские лю́ди жа́луются: напада́ют на Русь враги́, поля́ выта́птывают, люде́й гу́бят, дете́й сиротя́т. По путя́м-дорога́м разбо́йники ры́щут, не даю́т они́ ни прохо́ду лю́дям, ни прое́зду. Налета́ет на Русь Змей Горы́ныч, в своё ло́гово де́вушек ута́скивает.

    Го́рько Илья́, обо всём э́том слы́ша, на судьбу́ свою́ жа́луется:

    — Эх вы, но́ги мои́ нехожа́ляе, эх вы, ру́ки мои́ недержа́ляе! Был бы я здоро́в, не дава́л бы родну́ю Русь в оби́ду врага́м да разбо́йникам!

    Так и шли дни, кати́лись ме́сяцы…

    Petites nouvelles russes - fleur

    Dans les temps anciens, dans le village de Karacharovo près de la ville de Mourom vivait le paysan Ivan Timoféévitch et sa femme Efrossinia Yakovlevna.

    Ils avaient un fils, Ilya, qu’ils aimaient tendrement, mais ne faisaient que sangloter en le regardant : depuis trente années, Ilya restait allongé près du foyer¹, ne pouvant bouger ni les bras ni les jambes. C’est ainsi qu’il avait grandi alors que son esprit avait gagné en clairvoyance et que son regard s’était fait chaque jour plus perçant. Mais ses jambes ne le portaient pas : elles demeuraient comme des bûches qui reposent immobiles près de l’âtre.

    Couché près du foyer, Ilya entend comme sa mère pleure, comme son soupire son père, combien se lamente le peuple russe : les ennemis attaquent la Vieille Russie², piétinent les champs, tuent les gens, laissant les enfants orphelins. Des brigands rôdent le long des routes, empêchant quiconque d’aller et venir. Le Serpent-dragon qui crache le feu survole tout le pays, enlevant les jeunes filles et les entraînant dans son antre.

    Amèrement, Ilya, entendant tout cela, se plaint de son sort :

    - Oh, vous, mes jambes chancelantes, oh, vous, mes mains impuissantes ! Si j'étais en bonne santé, je ne laisserais pas notre Vieille Russie ainsi insultée par les ennemis et les brigands !

    Ainsi passent les jours, ainsi s’écoulent des mois...

    1- Le texte ici dit précisément qu’Ilya reste allongé ‘sur le poêle’ (на печи). En effet, dans les maisons paysannes russes était disposée une couche au-dessus du foyer, généralement réservée aux vieilles personnes. Voir images d'un foyer traditionnel russe.
    2- Vieille Russie : traduction choisie ici du terme « ‘Rus’ »  (Русь) [prononcé ‘rousse’], correspondant à la Russie médiévale, qui s’est bâtie autour de la Principauté de Kiev (Киевская Русь), fondée aux alentours de l'an 880 par le Varègue (Viking) Oleg le Sage (Олег Вещий). « Rus’ » serait apparenté au finnois ‘Ruotsi’ : la ‘Suède’, et à l’ancien norrois ‘rōþr’ « rameur ». Les Varègues – les Normands de Russie - se désignaient eux-mêmes comme les Rameurs, les Navigateurs, clé de leur succès pour parcourir, en ces époques lointaines, sur leurs navires à fond plat les grands fleuves jusqu’à la Mer Noire.
    Petites-nouvelles-russes - Ilya Mouromet 2
    Byline d'Ilya Mouromets

    Les ‘bylines’, épopées des héros légendaires de l'ancienne Russie :

    Une byline (en russe : были́на) est un chant épique en vers qui narre les aventures et hauts faits d'un héros médiéval de la Vieille Russie. Ces chants furent collectés entre le XIX° et la première moitié du XX° siècle auprès de bardes des campagnes des régions périphériques de Russie, essentiellement dans le nord du pays. Composés à des périodes différentes par différents auteurs (mais tous avant le XVIII° siècle), chaque byline relate une aventure particulière vécue par un preux chevalier (bogatyr - богатырь).

    Pour en savoir plus sur les bylines : Lire (en russe).

    Pour en savoir plus et lire des traductions en français de bylines : russievirtuelle.com.

  • Les trains de Russie – Garik Soukatchev, 10 000 kilomètres

    Les trains de Russie (8)

    Garik Soukatchev – 10 000 kilomètres

    1997

    Гарик Сукачёв — 10 000 километров

    Traduction : Georges Fernandez

    Между нами 10 000 километров,
    Всё перроны, перегоны, да дожди...
    Горы белых облаков и стаи ветров,
    Но я скоро уж приеду, подожди...

    Там, где я, бабульки с паренной картошкой,
    Там подсолнухи осыпались в кульки,
    Там мохнатые окошки, да лукошки,
    Там палят свои цигарки мужики...

    Расплескался я чайком вокруг стакана,
    Стал вчерашнею газетной полосой.
    Я - стоянка 5 минут, рычаг стоп-крана,
    Я стал лесом, проводами, да луной...

    Между нами 10 000 километров,
    Утр, перронов, и деревень во тьме...
    Но уж очень скоро, в сереньком конверте,
    Я приеду и прижмусь к тебе.

    Но уж очень скоро, в сереньком конверте,
    Я приеду и прижмусь к тебе.

    Petites nouvelles russes : Garik Soukatchev
    Garik Soukatchev

    Entre nous 10 000 kilomètres,
    Rien que des quais, des correspondances et de la pluie…
    Des montagnes de nuages blancs et des volées de vents,
    Mais bientôt enfin j’arriverai, attends-moi…

    Là, où je suis, des grands-mères vendent leurs patates bouillies.
    Là, ce sont des cornets de graines de tournesols,
    Des petites fenêtres couvertes de mousse, et des paniers,
    Des hommes qui brûlent leurs clopes...

    Je suis ce thé renversé autour de mon verre,
    Devenu pareil à la page du journal d'hier,
    A un arrêt en gare 5 minutes, à un frein de secours.
    Moi, devenu forêt, câbles électriques, et la lune aussi...

    Entre nous 10 000 kilomètres,
    10 000 matins, 10 000 quais et villages dans la brume…
    Mais très bientôt, dans cette enveloppe grise,
    Je viendrai me blottir contre toi.

    Mais très bientôt, dans cette enveloppe grise,
    Je viendrai me blottir contre toi.

    Garik Soukatchev – ou Soukatchov (Игорь Иванович (Гарик) Сукачёв) est un chanteur, poète, compositeur 'pop-rock' né en 1959. Avant de se lancer dans la chanson, il obtient un diplôme du Collège des transports ferroviaires de Moscou, spécialisé en construction ferroviaire, voies et installations de voies. Il a notamment participé à la conception de la gare de Touchino (станция Тушино) entre Moscou et Riga.

  • Les trains de Russie – Ièvguéni Ièvtouchenko – Et tu pars…

    Les trains de Russie (7)

    Ièvguéni Ièvtouchenko - Et tu pars…

    1968

    Евгений Евтушенко - Ты уходишь, как поезд…
    ­

    Musique de Mikaël Tariverdiev - Музыка: Микаэл Таривердиев

    Traduction : Anne Puyou

    Поздно,
    Мне любить тебя поздно,
    Ты уходишь, как поезд,
    Поезд, поезд, поезд.
    И одна на перроне —
    Дождь и я.
    Нет, не плакать, дождь, не плакать!
    Пусть поплачу я за тебя.

    Ветер,
    Он меня понимает,
    Он меня обнимает,
    Ветер, ветер, ветер.
    Он, как я на перроне,
    Одинок.
    Нету Бога!
    Нету Бога!
    Есть лишь поезд, но он далёк.

    Поздно,
    Не стоит надеяться мне на стоп-краны,
    Поздно, поздно, поздно...
    А поезд, поезд уже вдали,
    Его не вернёшь.

    Рельсы,
    Вы так тянетесь, рельсы,
    Вы так тянетесь, рельсы,
    Рельсы, рельсы, рельсы.
    В этом поезде только
    Мне места нет.
    Лишь в ладони
    Лист осенний,
    Лист осенний, как мой билет.

    Поздно,
    Не стоит надеяться мне на стоп-краны,
    Поздно, поздно, поздно,
    А поезд, поезд уже вдали,
    Его не вернёшь.

    Поздно,
    Мне любить тебя поздно,
    Ты уходишь, как поезд,
    Поезд, поезд, поезд...

    Séparateur 3

    Il est tard
    Bien trop tard pour t'aimer
    Et tu pars
    Comme le train ! Sur le quai
    Je reste seule, sous la pluie

    Ne pleure pas !
    Ne pleure pas
    C'est moi
    Qui vais pleurer
    Pour toi.

    Le vent
    Me comprend
    Et me prend
    Dans ses bras
    Comme moi
    Il est seul sur le quai

    Où est Dieu
    Il n'y a que le train
    Si lointain !
    C'est trop tard !
    Pour déclencher l'alarme
    Bien trop tard !

    Le train va repartir
    Tu ne le feras pas revenir

    Rails déployés
    Rails rayés.
    Dans ce train
    Pas de place pour moi
    Dans ma main
    Une feuille d'automne est tombée
    Comme un billet
    C'est trop tard !
    Pour déclencher l'alarme

    Bien trop tard !
    Le train est loin
    Et tu pars, comme le train, comme le train.

    Petites nouvelles russes : Эстрадная поэзия
    Poètes réunis pour une soirée de poésie (à droite : Evgueni Ièvtouchenko), 1962

    Le phénomène de la ‘poésie-pop’ (Эстрадная поэзия)

    Dans les années 1960, celles du ‘dégel’ post-stalinien, Ièvguéni Ièvtouchenko, avec d’autres poètes de son époque, se joint au courant ou plutôt au phénomène qu’on qualifia de ‘poésie-pop’ (Эстрадная поэзия), réunissant des centaines, voire des milliers d’auditeurs dans des salles telles que des gymnases, des auditoriums, créant ainsi une relation vive, directe, souvent théâtrale avec un public venu inconditionnel…

    Pour en savoir plus (en russe) : Le phénomène de la ‘poésie-pop’.

    Petites nouvelles russes : Любить
    Affiche du film 'Aimer' (Любить),1968

    Aimer...’ (Любить…) : un film controversé et largement amputé

    La chanson 'Tu pars...' (Ты уходишь, как поезд…), interprétée par Elena Fiodorova (Елена Фёдорова) est extraite du film 'Aimer...' (Любить...),  datant de 1968

    En 1968, s’inscrivant dans le courant de la ‘Nouvelle vague soviétique’, Mikhail Kalik (Михаил/Моисе́й Наумович Калик) (1927-2017) réalise un film-manifeste sur l'érotisme en Union soviétique et les relations complexes entre hommes et femmes de son époque. Le film sera, écourté, en partie censuré, remonté, sans le consentement de son auteur. En 1990, en Israël, le film sera partiellement restauré, bien que certaines parties originales n’aient jamais été retrouvées...

  • Les trains de Russie – Ièvguéni Ièvtouchenko, Deux poèmes

    Les trains de Russie (6)

    Ièvguéni Ièvtouchenko – Le sifflement du train
    Interprété par Stanislav Lappo (Станислав Лаппо)

    Ièvguéni Ièvtouchenko - Le sifflement du train

    1951

    Евгений Евтушенко - Паровозный гудок

    Traduction : Anne Puyou

    Паровозный гудок,
    журавлиные трубы,
    и зубов холодок
    сквозь раскрытые губы.

    До свиданья, прости,
    отпусти, не неволь же!
    Разойдутся пути
    и не встретятся больше.

    По дорогам весны
    поезда будут мчаться,
    и не руки, а сны
    будут ночью встречаться.

    Опустевший вокзал
    над сумятицей судеб...
    Тот, кто горя не знал,
    о любви пусть не судит.

    Séparateur 3

    Le sifflement du train
    Les bielles aux longues pattes
    Le froid sur les dents
    Les lèvres qu'on écarte

    Au revoir, pardon
    Laisse-moi partir !
    Nos chemins s'en vont
    Pour ne plus revenir !

    Les trains fileront
    Sur les routes du printemps
    La nuit se croiseront
    Les songes, sans les mains

    La gare s est vidée
    Du tumulte des destins

    qui n'a pas connu le chagrin,
    A l’amour ne comprend rien

    Petites nouvelles russses - Ièvgueni Ièvtouchenko
    Ièvgueni Ièvtouchenko

    Le poète Ièvgueni Ièvtouchenko (Евгений Александрович Евтушенко) (1932-2017) se distingua également comme acteur, photographe et réalisateur de cinéma. Représentant emblématique de la génération du dégel intellectuel après la mort de Staline, il fut l'une des premières voix humanistes à s'élever en Union soviétique pour défendre la liberté individuelle, écrivant : « En Russie, un poète est plus qu'un poète » (Поэт в России больше, чем поэт).

    Ièvguéni Ièvtouchenko - Deux villes

    1964

    Евгений Евтушенко - Два города

    Traduction : Anne Puyou

    Я, как поезд,
    что мечется столько уж лет
    между городом Да
    и городом Нет.
    Мои нервы натянуты,
    как провода,
    между городом Нет
    и городом Да!

    Всё мертво, всё запугано в городе Нет.
    Он похож на обитый тоской кабинет.
    По утрам натирают в нем желчью паркет.
    В нём диваны — из фальши, в нём стены —
    из бед.
    В нём глядит подозрительно каждый портрет.
    В нём насупился замкнуто каждый предмет.
    Чёрта с два здесь получишь ты добрый совет,
    или, скажем, привет, или белый букет.
    Пишмашинки стучат под копирку ответ:
    «Нет-нет-нет…
    Нет-нет-нет…
    нет-нет-нет…»
    А когда совершенно погасится свет,
    начинают в нём призраки мрачный балет.
    Чёрта с два —
    хоть подохни —
    получишь билет,
    чтоб уехать из чёрного города Нет…

    Ну, а в городе Да — жизнь, как песня дрозда.
    Этот город без стен, он — подобье гнезда.
    С неба просится в руки любая звезда.
    Просят губы любые твоих без стыда,
    бормоча еле слышно: «А,- всё ерунда…» —
    и сорвать себя просит, дразня, резеда,
    и, мыча, молоко предлагают стада,
    и ни в ком подозрения нет ни следа,
    и куда ты захочешь, мгновенно туда
    унесут поезда, самолеты, суда,
    и, журча, как года, чуть лепечет вода:
    «Да-да-да…
    Да-да-да…
    Да-да-да…»

    Только скучно, по правде сказать, иногда,
    что даётся мне столько почти без труда
    в разноцветно светящемся городе Да…

    Пусть уж лучше мечусь
    до конца моих лет
    между городом Да
    и городом Нет!
    Пусть уж нервы натянуты,
    как провода,
    между городом Нет
    и городом Да!

    Séparateur 3

    Moi, je suis comme un train
    Qui depuis tant d’années
    Fonce de la Ville-des-Oui
    A la Ville-des-Non.
    Mes nerfs sont tendus
    de lignes à haute tension,
    entre la Ville-des-Non
    et la Ville-des-Oui !

    Dans la Ville-des-Non, tout est mort, apeuré.
    C’est un cabinet tout tapissé d’ennui.
    Le matin on y cire à la bile les parquets.
    Les sofas sentent le faux et les murs,
    Le dépit.
    Chaque portrait vous observe d’un air soupçonneux.
    Chaque objet reclus en lui-même se renfrogne.
    Ici, pour avoir un conseil avisé,
    Ou un salut, ou un bouquet blanc, tu peux toujours crever.
    Les machines à écrire tapent sur le papier carbone :
    « Non-non-non…
    Non-non-non…
    Non-non-non… »
    Et quand la lumière s’éteint tout à fait,
    Les fantômes commencent leur sinistre ballet.
    Tu peux toujours crever
    Pour avoir un billet,
    Et quitter la funeste Ville-des-Non…
    Mais dans la Ville-des-Oui, chantent les perdrix.

    C’est une ville sans murs, on dirait un nid.
    Dans le ciel les étoiles demandent qu’on les prennent.
    Sans honte des lèvres recherchent les tiennes,
    Murmurant à peine : « Ce n’est pas important ».
    Et où le réséda demande qu’on le détache,
    Et où en mugissant, son lait offre la vache,
    Où personne ne nourrit aucun soupçon,
    Et où que tu veuilles partir, en un moment,
    Te transportent les trains, les bateaux, les avions,
    Et où les eaux bruissent, comme les ans :
    « Oui-oui-oui…
    « Oui-oui-oui…
    « Oui-oui-oui… »

    Oui mais moi, à vrai dire parfois ça m’ennuie
    D’avoir tout à portée de la main sans souci
    Dans la ville rutilante des Oui…

    Je foncerai plutôt
    Jusqu’au bout de mes ans
    Entre la Ville-des-Oui
    Et la Ville-des-Non !
    Que mes nerfs soient tendus
    des lignes à haute tension,
    Entre la Ville-des-Non
    Et la Ville des Oui !

  • Les trains de Russie – A. Kotchetkov, La ballade du wagon enfumé

    Les trains de Russie (4)

    Alexandre Kotchetkov — La ballade du wagon enfumé
    Lecture Olecia et Ivan Savoskine (Олеся и Иван Савоськин)

    Alexandre Kotchetkov — La ballade du wagon enfumé

    1932

    Александр Кочетков - Баллада о прокуренном вагоне

    Traduction : Anne Puyou

    - Как больно, милая, как странно,
    Сроднясь в земле, сплетясь ветвями,-
    Как больно, милая, как странно
    Раздваиваться под пилой.
    Не зарастёт на сердце рана,
    Прольётся чистыми слезами,
    Не зарастёт на сердце рана -
    Прольётся пламенной смолой.

    - Пока жива, с тобой я буду -
    Душа и кровь нераздвоимы,-*
    Пока жива, с тобой я буду -
    Любовь и смерть всегда вдвоём.
    Ты понесёшь с собой повсюду -
    Ты понесёшь с собой, любимый,-**
    Ты понесёшь с собой повсюду
    Родную землю, милый дом.

    - Но если мне укрыться нечем
    От жалости неисцелимой,
    Но если мне укрыться нечем
    От холода и темноты?
    - За расставаньем будет встреча,
    Не забывай меня, любимый,
    За расставаньем будет встреча,
    Вернёмся оба - я и ты.

    - Но если я безвестно кану -
    Короткий свет луча дневного,-
    Но если я безвестно кану
    За звёздный пояс, в млечный дым?
    - Я за тебя молиться стану,
    Чтоб не забыл пути земного,
    Я за тебя молиться стану,
    Чтоб ты вернулся невредим.

    Трясясь в прокуренном вагоне,
    Он стал бездомным и смиренным,
    Трясясь в прокуренном вагоне,
    Он полуплакал, полуспал,
    Когда состав на скользком склоне
    Вдруг изогнулся страшным креном,
    Когда состав на скользком склоне
    От рельс колёса оторвал.

    Нечеловеческая сила,
    В одной давильне всех калеча,
    Нечеловеческая сила
    Земное сбросила с земли.
    И никого не защитила
    Вдали обещанная встреча,
    И никого не защитила
    Рука, зовущая вдали.

    С любимыми не расставайтесь!
    С любимыми не расставайтесь!
    С любимыми не расставайтесь!
    Всей кровью прорастайте в них,-
    И каждый раз навек прощайтесь!
    И каждый раз навек прощайтесь!
    И каждый раз навек прощайтесь!
    Когда уходите на миг!

    Petites nouvelles russes : С любимыми не расставайтесь
    Alexandre Kotchetkov « On ne quitte pas les gens qu'on aime ! »

    Quelle peine, ma douce, comme c’est étrange
    Nés dans la terre, nos branches mêlées.
    Quelle peine ma douce comme c’est étrange
    D’être en deux par une scie coupés.
    Le cœur blessé ne guérit pas,
    Jaillissent les armes transparentes,
    Le cœur blessé ne guérit pas,
    Jaillit la résine brûlante.

    Je suis là tant que tu vivras -
    L'âme et le sang sont insécables, -
    Je suis là tant que tu vivras -
    Mort et amour toujours ensemble.
    Tu porteras en toi toujours -
    Tu porteras en toi, amour, -**
    Tu porteras en toi toujours
    La terre natale, le foyer tendre.

    Mais si rien ne peut me garder
    De l'inguérissable pitié,
    Mais si rien ne peut me garder
    Du froid et de l'obscurité ?
    La rencontre suivra le départ,
    Ne m'oublie pas mon tendre ami,
    La rencontre suivra le départ
    Nous serons à nouveau unis.

    Mais si je me perds sans nouvelles -
    Bref rayon d'un jour de lumière, -
    Mais si je me perds sans nouvelles
    Dans la brume de la voie lactée ?
    - Je ferai alors des prières
    Pour que tu te retrouves sur terre,
    - Je ferai alors des prières
    Pour que tu nous reviennes entier.

    Cahots et wagon enfumé,
    Lui résigné et sans abri,
    Cahots et wagon enfumé,
    Lui qui pleure et dort à demi,
    Quand le train sur une pente glissante
    Se tord dans un repli affreux,
    Quand le train sur une pente glissante
    Déraille et perd ses essieux.

    Une force inhumaine et brutale
    Dans un pressoir a écrasé
    Une force inhumaine et brutale
    La terre à la terre arrachée
    Mais la rencontre promise, lointaine
    N’a pu sauver aucune vie
    Même ta main tendue, lointaine
    N'a pu sauver aucune vie

    On ne quitte pas les gens qu'on aime !
    On ne quitte pas les gens qu'on aime !
    On ne quitte pas les gens qu'on aime !
    Que dans votre sang croisse le germe,
    - Et dites adieu à jamais !
    Et dites adieu à jamais !
    Et dites adieu à jamais !
    Si pour un instant vous sortez !

    Variantes de la version sonore ci-dessus :
    * Душа и кровь неразделимы,
    ** Не забывай меня, любимый,

    * L'âme et le sang sont inséparables, -
    ** Ne m'oublie pas mon tendre ami,
    Séparateur 3

    Alexandre Kotchetkov (Александр Сергеевич Кочетков) (1900-1953) est un poète et traducteur russe. De son vivant seuls quelques uns de ses poèmes furent publiés – en 1926. Son plus célèbre poème, ‘La ballade du wagon enfumé’ (Баллада о прокуренном вагоне), datant de 1932, ne fut publié en URSS qu’en 1966, bien après sa mort. Des vers que les gens pourtant recopiaient et se récitaient durant la Grande guerre patriotique (1941-1945) : « On ne quitte pas les gens qu'on aime ! » (С любимыми не расставайтесь!)…

    Pour en savoir plus (en russe) sur le poème : kavtoday.ru.

    Le poème sera repris en 1975 dans le film ‘L'Ironie du sort’ (Ирония судьбы, или с легким паром!), réalisé par Edouard Riazanov (Эльдар Рязанов)…

    Alexandre Kotchetkov, La ballade du wagon enfumé (1932)
    Extrait du film ‘L’ironie du sort’ (1975)

  • Les trains de Russie – Marina Tsvetaïeva, L’aube sur les rails

    Les trains de Russie (3)

    Marina Tsvetaïeva — L'aube sur les rails
    interprété par Anna Papoucheva (Анна Папушева)

    Marina Tsvetaïeva — L'aube sur les rails

    1922

    Марина Цветаева - Рассвет на рельсах

    Traduction : Anne Puyou

    Покамест день не встал
    С его страстями стравленными,
    Из сырости и шпал
    Россию восстанавливаю.

    Из сырости – и свай,
    Из сырости – и серости.
    Покамест день не встал
    И не вмешался стрелочник.

    Туман ещё щадит,
    Ещё в холсты запахнутый
    Спит ломовой гранит,
    Полей не видно шахматных?

    Из сырости – и стай?
    Ещё вестями шалыми
    Лжет вороная сталь –
    Ещё Москва за шпалами!

    Так, под упорством глаз –
    Владением бесплотнейшим
    Какая разлилась
    Россия – в три полотнища!

    И – шире раскручу!
    Невидимыми рельсами
    По сырости пущу
    Вагоны с погорельцами:

    С пропавшими навек
    Для Бога и людей!
    (Знак: сорок человек
    И восемь лошадей).

    Так, посредине шпал,
    Где даль шлагбаумом выросла,
    Из сырости и шпал,
    Из сырости – и сирости,

    Покамест день не встал
    С его страстями стравленными –
    Во всю горизонталь
    Россию восстанавливаю!

    Без низости, без лжи:
    Даль – да две рельсы синие?
    Эй, вот она! – Держи!
    По линиям, по линиям?

    Petites nouvelles russes - Marina Tsvetaïeva
    Marina Tsvetaïeva (Марина Ивановна Цветаева), 1892-1941

    Tant que le jour n’est pas levé
    Avec ses ardeurs enflammées
    Dans tes traverses, ton air mouillé
    Je te revis
    Russie

    Tes poteaux, ton humidité
    Ta grisaille et ton air mouillé
    Le jour n’est pas encore levé
    Le poste d’aiguillage est fermé

    Le brouillard prend pitié
    La pierre concassée
    Dans une bâche enveloppée
    Dort. Des champs l’échiquier
    Disparaît.

    Ton air mouillé et tes volées
    D’oiseaux menteurs faux messagers
    Aile de corbeau acier trempé
    Où est Moscou ?
    Par là ! Au bout !

    Regardez-le attentivement
    Ce territoire désincarné
    Russie ! Débordement
    Des trois bandes tissées !

    Je vais desserrer les boulons
    Et sur ces rails invisibles
    Je vais lâcher tous ces wagons
    De sinistrés dans l’air humide

    De disparus dans le grand froid
    Aux yeux de Dieu aux yeux des hommes
    Huit chevaux et quarante personnes
    C’est ce qui est écrit sur les parois

    Ainsi au milieu des traverses
    L’horizon en barrière se dresse
    Dans tes traverses, ton air mouillé
    Ton air mouillé abandonné

    Tant que le jour n’est pas levé
    Avec ses ardeurs enflammées
    Dans ton horizontalité
    Je te revis
    Russie !

    Ni vilenie ni tromperie
    L’horizon et deux rails bleutés
    Ah ! Le voilà !
    Accroche-toi !
    Aux voies, aux voies…

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    Marina Ivanovna Tsvetaïeva (Марина Ивановна Цветаева) (1892-1941) fut une des poétesses de langue russe les plus originales du XXᵉ siècle. Après des années d'exil à l'étranger, à l'orée de la Grande guerre patriotique, sa sœur d'abord, puis elle et son époux retournent URSS. Celui-ci sera fusillé en 1939, sa sœur connaîtra les camps et Marina, seule et sans soutien, se suicidera en 1941, son œuvre rejetée par le régime stalinien.